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KERVIEL : Société Générale, meilleure banque du monde et nous, ses fidèles employés, les plus grands traders du marché

Nous sommes partis pour Deauville dans des voitures de location un vendredi soir, à cinq ou si cents membres du département des produits dérivés – environ quatre cents Français et deux cents étrangers -, pour l’essentiel des collègues traders.

Le Palace Royal nous était réservé. La Société Générale ne lésinait pas sur la dépense pour honorer ses traders. Après un repas et une soirée tranquilles, promenade, flânerie dans la ville, pot au bar de l’hôtel, nous avons passé notre première nuit dans l’attente des grands évènements du lendemain.

Détestant les réjouissances collectives et forcées, je n’ai pas été déçu. Nous fûmes d’abord conviés à divers jeux, puis à un rallye truffé de questions mystérieuses à travers la ville. Je parvins à m’en extirper rapidement pour entrer à l’hôtel. Le soir, dîner suivi d’un concert privé donné par Yannick Noah.

Ensuite commença le grand délire, le défouloir organisé. Sketches, chansons, saynètes se succédèrent pour la plus grande joie des participants, dans une ambiance d’hilarité collective que la consommation d’alcool ne faisait qu’accroitre.

Comme les autres, je me retrouvai pris dans cette ambiance, riant bêtement des plaisanteries douteuses, des caricatures lourdes et des charges épaisses auxquelles j’assistais.

Avec le recul, et après avoir revu la vidéo de ce soir-là, les bras m’en tombent. Tout le monde en prit pour son grade : les clients, les concurrents, nos managers eux-mêmes dont les défauts et les tics étaient tournées en ridicule ; ce qui n’empêchait pas la Société Générale d’être la meilleure banque du monde et nous, ses fidèles employés, les plus grands traders du marché.

Sketches et chansons tournaient autour des mêmes thèmes : le sexe, les performances, les bonus. Christophe Mianné, coresponsable avec Luc François de la salle des marchés, prêta son nom de bon cceur à la parodie de son propre entretien d’embauche. A la question posée : Qu’est ce qui vous intéresse dans le finance , la personne qui l’incarnait n’hésita pas à répondre avec le plus grand calme : Le pognon . Hurlements de joie dans la salle.

La patronne du département Risque, qui devait savoir de quoi elle parlait, chantonna langoureusement : On prend des risques au-dessus des lois… Dans un autre sketche, le patron des vendeurs jouait au boneteau. Mesdames et messieurs, il s’agit pour vous comme pour les clients de trouver la marge… Où elle est passée, la marge ? Ni là… Ni là… Ah ! Elle est dans ma poche ! Les rires tournaient à l’hystérie. Les chansons ne déparaient pas dans le tableau général : Si ça te plaît de jouer au baron, achète-toi une Porsche rose bonbon.

Les vannes étaient grandes ouvertes, les censures tombaient les unes après les autres. Le grand patron de notre salle de marchés, Luc François en personne, riait à gorge déployée.


Jérôme Kerviel est l’auteur de L’Engrenage, Mémoires d’un trader paru en mai 2010 aux éditions Flammarion et dont est tiré ce court extrait.

NOTE : Le tribunal correctionnel de Paris rendra son jugement sur l’affaire Jérôme Kerviel demain. L’ancien trader de la Société Générale est poursuivi pour une perte de près de 5 milliards d’euros début 2008.

Jugé pour avoir pris sur les marchés financiers des positions spéculatives de dizaines de milliards d’euros, dissimulées à l’aide d’opérations fictives et de fausses écritures, il encourt un maximum de cinq ans d’emprisonnement et 375.000 euros d’amende pour “abus de confiance”, “faux et usage de faux” et “introduction frauduleuse de données dans un système informatique”.

commentaires (7)

Comments
  1. eh oui tu as l’air tellement con maintenant de voir qui tu as été et finalement qui tu es au fond de toi ….tu as mis du temps à comprendre la bêtise des salles de marchés ; ne va surtout pas croire que parce qu’ils ont eu quelques facilités en mathématiques ces personnes là sont intelligentes au sens noble du terme : ce sont des bourrins , des beaufs bourrés d’argent de suffisance et de médiocrité

  2. Autant je suis d’accord sur le fait de dire que Kerviel n’est pas le seul coupable autant je trouve sa ligne de défense pitoyable. Le metier de trading n’était pas une vocation. Ni pour lui et ni pour ses pairs, il a toujours été question d’argent. Alors qu’il dépéigne ses anciens collègues comme d’affreux banquiers sanguinaires et interessés (dont il n’est pas si différent finalement) cela me fait doucement rire ! Car au final … aucun d’entre n’a engagé 50 Mdrs d’euros sur les marchés

  3. C’est un honneur civique que de défendre Jérome Kerviel dans cette affaire
    Jérome Kerviel est un trader passionné. Il a montré la preuve de ses anticipations et de ses gains largement au dessus de la moyenne des autres traders.
    Jérome Kerviel n’a pas la responsabilité de la limite des encours qui lui a été accordé et limite continuement repoussée par son chef de desk évincé depuis

    S’il y a abus de confiance , celà ne serait etre de sa part. Comme le mentionne très justement Jérome , le management ne pouvait pas ne pas savoir. Dès lors, il n’y a pas faux non plus. Ce sont des opérations de spéculations pures couvertes par les lignes d’encours accordées en attente de débouclage ….

  4. Tout continue dans les banques comme si il ne s’était rien passé. La SG se paie des quants à prix d’or sur les places anglo-saxonnes et asiatiques qui se foutent pas mal de la gestion des risques à Paris. Bizarrement les opérations de titrisation servant de base au calcul du capital réglementaire se résume chez SGCIB à trois quatre programmes de titri sur lesquelles bourrinnent des dizaines de business analysts manipulant les tables Fermat dans tous les sens, pendant que l’on titrise à tout va à NY ou à Shanghai. CaLyon s’est finalement résolu à apprendre les règles de calcul des RWA à ses traders londoniens début 2010, après avoir fait passé sous les tapis ses distressed assets. Il ne s’est pas trouvé un banquier pour s’interroger sur l’efficacité des règles de gestion des risques selon Bâle II qui considérent toujours que le risque souverain sur les bons du trésor américain ou sur les OAT nexiste pas. Enfin, tout cela est risible.

  5. Ouch! Tu as pris cher Jerome, va falloir en vendre des livres…

    Ca va aller en appel de toute facon.

  6. kerviel paie pour tout un systeme! et pdg et directeurs rien !! voila la justice! comme chirac

  7. Il est evident que JK a adoré le trip a deauville comme tous les gens ki ont eu la chance d’y participer.

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