TÉMOIGNAGE : « Comment une banque européenne en difficulté a vainement tenté de me recruter... »

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TÉMOIGNAGE : « Comment une banque européenne en difficulté a vainement tenté de me recruter... »

C’est un matin tranquille sur le floor, je suis arrivé tôt et il semblerait même que je sois en avance sur mon travail de production de la journée. J’affectionne particulièrement d’être en amont sur mon planning ; en finance, c’est un luxe qui est assez rare pour être apprécié et noté...

Mon téléphone personnel sonne une première fois, je ne réponds pas, le numéro ne m'est pas connu... je vois que la personne insiste, je me résigne à décrocher et comprends vite que c’est un chasseur de têtes qui cherche un profil comme le mien dans une grande institution bancaire concurrente pour un poste de VP.

Je cherche depuis quelques mois à être promu en interne, cela pourrait être bien un coup d’accélérateur non négligeable. Mais le chasseur est mystérieux sur la banque en question. Après lui avoir fait comprendre que je ne me positionnerai pas s'il restait évasif, il finit par lâcher le morceau.

En suivi un long blanc, puis ma réponse fut laconique : « non, et bonne journée ». Mais le jeu ne s’arrêta pas là...

Et voilà que je vois mon voisin partir avec son téléphone, puis un autre collègue qui s’éloigne dans une salle de réunion vide…  Je vais alors voir un collaborateur avec qui je m’entends bien ; on a toujours été franc l’un envers l’autre. Le bullshit n’était pas de mise avec ce compère.

Je lui lance :

« Il appelle tout le floor cet idiot ! »

Il me répond : «te jure, il n’est pas discret lui ! »   RIRE

« C’est vraiment des tocards »   RIRE

« Tu crois qu’il a appelé ma mère aussi »  RIRE

« Il n’est pas sérieux »   SILENCE.

Je n’ai pas pour habitude de tirer sur les ambulances mais la tentation est trop grande... pourquoi irai-je mettre les pieds dans ce colosse aux pieds d’argile !  Ce géant qui évolue dans des sables mouvants... Ce n’était pas la première fois que je me faisais chasser pour cette banque. Ma réponse était toujours la même : non ! J’ai toujours refusé de travailler pour ce titan, en voici les principales raisons :

Tout d’abord, le turnover y est très important et cela n’est jamais bon signe. Si les gens partent c’est qu’il y a un loup. L’ambiance de travail chez eux, y est connue pour y être délétère. Je détaillerai ainsi mon analyse en trois axes :

 - Des contentieux trop importants et aux quatre coins du monde ! Connu pour avoir joué un rôle important dans la crise des subprimes aux Etats Unis, cet ogre a été dans tous les plans foireux de ses dernières années ! Le profit, avant tout !

- Une stratégie à contre vent ; là où les autres banques ont réduit leurs voilures suite à la difficulté d’exercer les activités de trading sous les nouvelles règlementations multiples, cette institution a voulu rester un acteur majeur dans le monde faisant fi du nouvel environnement dans laquelle elle évolue. Elle paye aujourd’hui le prix fort de cette négation du réel.

- Très soucieuse des coûts pour maintenir ses activités, elle procéda un outsourcing à outrance mettant en péril son image jadis d’excellence et de qualité ; Il ne suffit pas de nommer ses pôles « centre d’excellence ».

Pour finir, la création d’une bad bank arrive décidément bien trop tard et la fin de la dernière banque d’investissement européenne laisse maintenant place à l’unique vainqueur de cette triste chute : les banques américaines.

Ingénieur de formation, Gabriel Lesuffleur a travaillé pour de grandes institutions bancaires françaises, anglaises et suisses. Il est l'auteur du roman Le Baiser de Dieu chez Edilivre Edition.

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