☰ Menu eFinancialCareers

« Le Brexit ne signifie pas la fin du monde pour la City de Londres »

Une nouvelle aube...

Une nouvelle aube...

Quelques jours après que le Royaume-Uni a voté pour quitter l’Union européenne, les spéculations sur les conséquences probables du Brexit sur la City de Londres vont bon train ainsi que ceux qui disent : « Je vous l’avais bien dit ! ». Avant d’annoncer la fin de l’industrie financière londonienne, prenons du recul et regardons ce que cela signifie tout en gardant la tête froide.

Le vote de jeudi doit être replacé dans son contexte. Le Brexit vient de faire ressurgir deux menaces existantes pour les services bancaires.

La premiere menace concerne l’état général de l’industrie. Huit ans après la crise financière, de nombreuses banques européennes ont encore trop de dette et des bilans qu’elles ne peuvent alléger : les marchés ne sont tout simplement pas là pour le leur permettre. Ce qui rend difficile de générer des profits et des rendements dignes de ce nom sur les actions. En conséquence, il y a un effort continu à faire pour réduire les coûts.

Deuxième menace : la réglementation. Que ce soit Bâle III ou MiFID II, la tendance réglementaire a été négative pour le secteur bancaire. La réglementation Bâle exige que les banques détiennent davantage de capital et (naturellement) et fassent preuve de plus d’aversion au risque. D’une façon générale, MiFID réduit doucement mais sûrement l’enveloppe de revenus des banques d’investissement européennes. Ce n’est pas une bonne combinaison.

A ces tendances existantes s’ajoute désormais le Brexit. Les changements qui auront lieu dans les semaines et les mois à venir sont aussi susceptibles d’être le résultat de la situation actuelle que de la décision de quitter l’UE.

Une semaine seulement après le référendum, il ne fait guère de sens pour une entreprise de commencer à licencier des gens en évoquant le Brexit. Nous ne connaissons pas l’issue des négociations pour quitter l’Union européenne. Nous ne savons pas ce qu’il adviendra des régles de passporting, si le Royaume-Uni bénéficiera de l’équivalence, ou si le les travailleurs seront libres de se déplacer dans et hors du Royaume-Uni. Pour moi, l’idée même que vous puissiez vous lever dès à présent et prendre des décisions fondées sur un résultat qui est encore flou semble étrange.

Cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de licenciements. Et ces derniers peuvent très bien découler du Brexit. Il convient cependant de rappeler que les entreprises dans et hors du secteur financier ont souvent recours à des chocs exogènes pour annoncer des choses qu’elles allaient faire de toute façon. Brexit ou pas, les desks de fixed income sont en sureffectifs, les banques ont déjà délocalisé des emplois hors de Londres vers des destinations européennes moins chères, et elles ont déjà réduit les coûts.

Ces mouvements peuvent très bien n’avoir aucun rapport avec la sortie du Royaume-Uni de l’UE et être inspirés par des considérations basiques de rentabilité (P&L). Le coût de base au Royaume-Uni est trop élevé et la délocalisation est un phénomène continu depuis plus d’une décennie. Cela allait de toute façon sse produire, et si certaines personnes veulent utiliser Brexit comme une justification, grand bien leur fasse.

Oui, il y aura des vents contraires. Ce résultat a surpris beaucoup de monde (moi y compris), mais je suis optimiste quant à l’impact sur le Royaume-Uni en général et sur Londres en tant que centre de services financiers. Je n’ai pas souvenir que le peuple britannique ait fait de grandes déclarations contrre les étrangers. Il ne s’agit pas simplement d’un problème identitaire. Nous sommes devenus plus sceptiques quant à la façon dont l’UE fonctionne, la façon dont elle prend les décisions et la perception de sa légitimité du point de vue démocratique. Les Britanniques ont depuis un certain temps été mal à l’aise avec l’idée d’un tour-opetaror qui décide à leur place, et lors du référendum de la semaine dernière, ils ont clairement indiqué qu’ils ne pensaient pas les institutions européennes servaient les intérêts des peuples. Et compte tenu de la déconnexion croissante entre le revenu médian, la croissance du PIB et les classes d’actifs financiers, qui peut les blâmer ?

Les événements de vendredi dernier étaient instructifs. Si vous débarquiez d’une autre planète et regardiez un écran Bloomberg, ce n’est pas le Royaume-Uni qui aurait attiré votre attention, mais l’Espagne et l’Italie. Le Royaume-Uni a reculé de 3% tandis le reste de l’Europe était en baisse de 10% -11%. Bien qu’il soit encore un peu tôt, le marché semble déjà dire que cela est plus grave pour l’UE que pour le Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni est une nation de tolérance, avec des gens pragmatiques dotés d’une énorme quantité de capital intellectuel; et cela vaut toujours. Nous avons notre propre monnaie et notre banque centrale. Nous avons une réputation d’innovation. Nous saisissons l’opportunité de regrouper de ce qui se fait de mieux. Il semble que ce sera le siècle de l’Asie, et en tant qu’État-nation, je pense que les gens sous-estiment les avantages d’être réactifs et capables de prendre les bonnes décisions au bon moment.

Oui, il y aura à court terme des vents contraires. Les marchés détestent l’incertitude, et ce qui se passe est incertain. Et oui, il y aura quelques changements dans la City de Londres. Mais il restera de nombreuses raisons pour lesquelles Londres restera attractive auprès des investisseurs étrangers et des sociétés de services financiers. Londres est la capitale financière de l’Europe, et je doute fort que, dans un délai de cinq ans, ce ne soit plus le cas.

David Mortlock est responsable mondial des actions au sein de la banque d’investissement mondiale allemande Berenberg et dirige le bureau londonien.

commentaires (0)

Comments

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici