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Croyez-moi, vous ne devriez pas quitter votre job dans la banque pour rejoindre une licorne

Unicorn

A la mi-2015, j’ai été recruté par une licorne (enfin disons plutôt une société start-up qui sur le papier vaut plus d’un milliard de dollars) pour développer la partie britannique du business. Quelques mois plus tard, je mettais la clef sous la porte et me retrouvais avec toute mon équipe au chômage. J’ai passé plus de temps à passer des entretiens pour décrocher le job que dans le job lui-même.

Apparemment, les professionnels du secteur financier se bousculent pour enlever leurs costumes et leurs cravates contre un sweat à capuche et sont même prêts à abandonner leur salaire à six chiffes pour le plaisir de travailler dans une startup technologique à la pointe. Il y a certainement des bons côtés à travailler pour une start-up, mais comme je l’ai découvert moi-même, les inconvénients sont plus nombreux qu’on ne le pense…

PowerPoint et un sourire

Au cours des dernières années, des spéculateurs frénétiques s’évertuaient à dilapider de vastes quantités d’argent à quiconque avait une présentation PowerPoint et un sourire engageant. L’investissement en amont dans des start-ups a tellement augmenté que les licornes sont passées d’une poignée il y a quelques années à plus de 200 aujourd’hui. Tout le monde en a profité jusqu’à ce que l’économie chinoise s’essouffle vers la fin 2015. Subitement, tous ces investisseurs fraîchement débarqués été contraints de regarder en détail ce qu’ils avaient financé, et ce qu’ils ont trouvé n’était guère reluisant.

La société que j’ai rejointe en est un exemple classique. Quand je suis entré en fonction, je me suis vu confié une équipe déjà constituée de 30 personnes et un business model disruptif qui datait d’au moins deux ans. Il n’y avait pas de budget, pas de processus d’approbation sur les deals ou les coûts et, plus inquiétant encore, personne n’avait suivi le taux d’absorption des capitaux (burn rate) de la société.

Au bout de quelques semaines à mon poste, tout a radicalement changé lorsque les tours de financement se sont subitement taris. Il a fallu deux mois supplémentaires pour que l’entreprise se rende compte de certains dysfonctionnements et découvre qu’elle ne disposait plus que de quatre mois de répit avant que l’intégralité de sa trésorerie ne soit partie en fumée. Certaines choses qui ont été découvertes étaient colossales. Par exemple, plus de 100.000 dollars avaient dépensés chaque mois rien que pour payer les commissions d’un recruteur.

Le retournement brutal

L’entreprise a dû réduire rapidement les coûts si elle devait avoir un quelconque espoir d’attirer un financement supplémentaire. Ce fut brutal. Plus de 10% des employés ont été quasiment été licenciés sur le champ, la majeure partie d’entre eux ayant été recrutés à peine un ou deux mois plus tôt. Une multitude d’autres réductions et modifications ont été apportées, mais celle qui décrit le mieux la panique et la confusion fut lorsque l’on a demandé aux gens d’accepter des réductions de salaire importantes en échange d’options sur actions, tandis que dans la même semaine, le fondateur avait investi 500.000 dollars de ses économies dans un business qui n’avait rien à voir.

Au bout d’un mois, les gens qui dirigeaient la société ont soudainement perdu la foi dans le marché britannique et le couperet est tombé sur mon équipe. Même ce processus était dingue, puisqu’à un moment donné, on m’a demandé d’essayer de faire revenir des personnes qui avaient été licenciées. Ce que je ne fis pas.

Les gens qui dirigeaient l’entreprise où je travaillais étaient inexpérimentés et très stressés. Après le succès de leur financement initial, ils avaient acquis la conviction qu’ils étaient les élèves les plus brillants de la classe, et n’avaient en conséquence pas besoin d’être conseillés. Ils ont préféré apprendre tout à partir de zéro, ce qui les a amenés à faire une multitude d’erreurs inutiles et évitables, et a finalement contribué aux problèmes auxquels ils doivent désormais faire face. Ils ont été distraits par tout un tas d’éléments (les beaux discours, les voitures flashy, les relations publiques…) au grand détriment de l’entreprise pour laquelle ils ne se consacraient pas suffisamment.

A l’intérieur d’une startup…

Une start-up a besoin d’avoir une bonne idée, d’excellents dirigeants et un souci constant d’amélioration. Vous avez besoin de toutes ces choses en plus d’une énorme cuillerée de chance par-dessus. La majorité des sociétés startups échoueront et un grand nombre d’entre elles (y compris les licornes) sont déjà bien parties pour se planter. La startup de paiements britannique Powa Technologies, récemment évaluée à 1,8 M£ (2,25 M€) a implosé en mars et a depuis été démantelée. Celles qui n’échouent pas de façon spectaculaire devront certainement revoir complètement leur business model à maintes reprises avant qu’il ne réussisse, se séparant à chaque fois d’une partie des effectifs. Chaque job est un pari au sein d’une loterie et les chances de choisir le numéro gagnant et rester dans la course sont infimes.

Certes, les banques ne se gênent pas de licencier lorsque la conjoncture se dégrade, mais au final la plupart des personnes concernées se voient attribuer de généreuses indemnités de départ et ont l’espoir de retrouver relativement vite un job similaire. Dans une start-up, votre sécurité d’emploi ne dépasse pas celle d’un mauvais entraîneur de football et, croyez-moi, il n’y a pas beaucoup de possibilités de reconversion en ce moment.

James Brittan, un pseudonyme, est l’ancien CEO de la division britannique d’une startup technologique qui a récemment fermé. Il est actuellement à la recherche d’un nouveau poste.

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