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Analyste financier, une profession en chute libre dans l’Hexagone ?

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Si la disparition progressive ces dernières années des traders des salles de marchés parisiennes au profit des trading desk londoniens est un secret de polichinelle, saviez-vous par contre que la place de Paris avait perdu 20 % de ses analystes financiers en quinze ans, passant de 700 analystes en 2000 à 550 analystes aujourd’hui ? Telles sont en tout cas les dernières estimations de la Société françaises des analystes financiers (SFAF), qui rassemble environ 1.600 membres, spécialistes de l’analyse et de l’investissement en valeurs mobilières mais aussi de l’analyse crédit et du risk management.

Pierre Yves Gauthier, vice-président de la SFAF et François Digard, administrateur en charge des relations de Place, font le constat, dans un récent article paru dans Les Echos, d’une baisse du nombre d’analystes ainsi que de celle des valeurs suivies, des règles contraignantes qui s’empilent surtout depuis la dernière crise et qui seront encore plus coûteuses avec MIF 2.

Voici donc ci-dessous les raisons qui expliquent cette diminution du nombre d’analystes financiers indépendants dans l’Hexagone, les répercussions que cela engendre sur la profession toute entière, ainsi que les ébauches de solutions destinées à enrayer cette baisse structurelle qui ont été mises en place par les pouvoirs publics et les organisations professionnelles. Toujours bon à savoir si vous voulez candidater comme analyste financier…

De la place de Paris vers celle de Londres

Qu’ils travaillent dans le sell-side, le buy-side, le credit ou autres, les analystes semblent tout comme leurs collègues traders – attirés comme des aimants par la City de Londres. Il faut dire que depuis quelques années, de grands établissements financiers ont décidé de renforcer leur implantation dans la capitale britannique pour se rapprocher de leurs clients internationaux, entraînant ainsi dans leur sillage des équipes entières de professionnels de la finance de marché (traders, vendeurs, structureurs, analystes…).

Ainsi, toujours selon les estimations de la SFAF, Paris ne regrouperait plus qu’entre 20 et 25 % des effectifs globaux de la recherche actions, exception faite de Natixis Global Markets et CM-CIC Securities dont les équipes sont toutes basées en France, grâce notamment à un réseau de partenariat avec des brokers locaux dans d’autres pays européens. D’autres bureaux d’analyses comme Kepler Cheuvreux ou Oddo conservent elles aussi près des deux tiers de leurs effectifs d’analystes à Paris. Il est donc encore possible d’exercer le métier d’analyste financier en France, à condition de savoir quelle est la bonne porte à laquelle frapper…

Des valeurs small & midcaps pas ou peu couvertes

Selon la SFAF, 50 % des valeurs petites et moyennes qui ne donneraient lieu à aucune couverture de la part d’analystes financiers. Et pour cause : la plupart d’entre elles font l’objet d’échanges insuffisants pour justifier à elle seule la rémunération de l’analyse. C’est pourquoi la SFAF a annoncé fin janvier, avec le pôle Finance Innovation, la création du groupe thématique de réflexion « Analytika » sur les nouveaux enjeux de l’analyse financière et de l’analyse crédit pour mieux contribuer au financement des entreprises, notamment PME et ETI.

Pour ces entreprises, le modèle d’analyse financière classique est inadapté (trop cher, trop long, trop spécifique). « Ce changement pose donc la question du financement de l’analyse, du renouvellement de son modèle économique, voire de sa re-monétarisation ! Celle-ci n’étant plus assurée du côté des actions par le partage traditionnel des coûts des exécutions boursières et de la recherche (dégroupage post MIFID 1) et du côté crédit non bancaire s’appuyant sur les marchés financiers tant publics que privés, par un modèle économique qui reste à reconcevoir », expliquent les fondateurs d’Analytika.

Il s’agit donc de réinventer de nouveaux outils, pour certains, mutualisés. Des pistes s’ouvrent du côté du développement des FinTechs en France, notamment via la modélisation. « Les premiers entretiens d’Analytika confirment l’importance prise par les nouvelles technologies qui apportent aux professionnels directement en contact avec les entreprises et souvent avec leur créateur un appui leur permettant une analyse efficace, indispensable pour mieux financer les entreprises », Jean Hervé Lorenzi, Président du Pôle Finance Innovation.

L’analyste sell-side délaissée au profit du buy-side

Non seulement la recherche actions est de moins en moins excitante mais elle est aussi de plus en plus risquée depuis que les banques d’investissement et les courtiers en quête de rentabilité ont réduit leurs effectifs d’analystes sell-sides. Sans surprise, un nombre croissant d’entre eux sont partis rejoindre les investisseurs et gérants pour travailler dans le buy-side, à tel point que les banques sont de plus en plus préoccupées par une pénurie de compétences. A noter que ce phénomène n’est pas franco-français mais international.

Ce genre de reconversion nécessite cependant certaines qualités. « Vous aurez besoin de mettre en avant l’originalité de vos idées, la pertinence de votre recherche et la capacité de penser hors des sentiers battus. C’est un état d’esprit différent de celui du sell-side où tout tourne autour du client », rappelle dans nos colonnes Victoria McLean, responsable carrières chez City CV à Londres.

Car après tout, la recherche buy-side ne consiste pas tant à trouver des axes pour l’équipe de vente de la banque d’investissement ou à présenter des clients aux patrons des entreprises que vous couvrez, que de faire preuve d’imagination pour gérer les portefeuilles. « Pour être honnête, la plupart des analystes sont peu regardants sur les objectifs du client et préfèrent se concentrer uniquement sur la recherche », indique sous couvert d’anonymat un chasseur de têtes spécialisé dans la recherche actions.

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