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Adieu la finance : après Lehman et Nomura, j’ai quitté Merrill pour devenir styliste en maillots de bain

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Juste un peu plus cool que la finance...

Lyn Sia Rosmarin avait à peine la trentaine lorsqu’elle a quitté la finance, mais elle avait déjà une carrière riche en rebondissements : changement de pays, en poste chez Lehman Brothers au moment de la faillite, choc culturel chez Nomura….

Elle est aujourd’hui à la barre de K. BLU Swim, sa propre entreprise de maillots de bain de luxe ‘d’inspiration asiatique’ à Singapour. Et elle l’avoue simplement : elle ne peut que se féliciter d’avoir laissé derrière elle cet univers de la finance fait de pression et de politique.

Après un début de carrière passé pour l’essentiel chez Natixis à Singapour, Lyn Sia a rejoint Lehman Brothers à Hong Kong en 2008, pour occuper un poste en Forex. « J’avais déjà une formation dans ce domaine, et Lehman manquait d’associés dans cette division. Ils m’ont donc confié un gros portefeuille sur le nord de l’Asie », confie-t-elle. « C’était un vrai pas en avant que travailler pour une grande banque américaine, dans un environnement bien plus dynamique que ce que j’avais connu auparavant. »

« A cette époque, Lehman mettait vraiment le paquet sur le Forex. Nous étions en passe de devenir un acteur majeur – de 25 personnes à mon arrivée, nous sommes montés à 50 » poursuit-elle. « Et de façon générale, travailler dans la finance à Hong Kong à l’époque était très différent de maintenant – la plupart des banques d’investissement visaient encore la croissance. C’était une époque assez trépidante. »

Deux ans après son arrivée à Hong Kong pourtant, Lyn Sia Rosmarin a vu son job évoluer, sous l’effet d’un stress sans cesse croissant : « alors que Lehman courait à la faillite, il nous fallait faire bonne figure face à nos clients, en insistant sur nos forces et sur notre capacité de réussite. » Face à la difficulté – « il nous fallait aussi convaincre les autres banques de continuer à travailler avec nous. C’était très compliqué car la direction nous avait donné quelques arguments de base, mais nous n’étions en réalité pas sûrs à 100 % de ce qui se passait vraiment. »

C’est au journal télévisé que Lyn Sia a appris la faillite de son employeur : « jusqu’à la fin, même nos managers ne savaient rien de ce qui se passait. Cela a été un choc énorme, et il y avait très peu de postes en FX à Hong Kong. Au bout du compte, on a eu de la chance que Nomura garde 60 % à 70 % de l’équipe lors du rachat. »

L’arrivée de Nomura et le choc culturel

L’adaptation à la nouvelle banque n’a pas été de tout repos : « les Japonais ont d’autres façons de procéder – à l’époque, ils utilisaient toujours des timbres à date type années 80 pour les fiches de transaction, par exemple ».

Lyn Sia Rosmarin ajoute que Nomura semblait alors « braquée contre les femmes ». Ce qui ne signifie pas « que les choses n’ont pas évolué, mais à l’époque, il y avait encore moins de femmes qu’aujourd’hui à des postes seniors. Et leur progression vers les sommets de la hiérarchie était encore plus difficile. »

Rapidement pourtant, elle se surprend à apprécier encore plus son job. Pour preuve, « Nomura était souvent très mal perçue à Hong Kong – les gens ne voulaient pas traiter avec nous au simple motif qu’ils nous trouvaient à la traîne. Mais la direction a pris des mesures – comme celles visant à accélérer les procédures d’ouverture de compte. Nous sommes devenus plus compétitifs, nous avons lancé de nouveaux produits et après avoir été personne, nous sommes devenus quelqu’un ». En 2011, Lyn Sia Rosmarin rejoint Merrill Lynch à Singapour, passant par la même occasion de VP à directrice, évolution logique d’une carrière en banque d’investissement. Mais 18 mois plus tard, elle décide de quitter le secteur bancaire pour de bon. A l’origine de sa décision, une lassitude croissante face aux process toujours plus lourds : « je n’en pouvais plus de cette ambiance caractéristique de la banque, où tout est politique et où il faut envoyer des centaines d’emails pour faire valoir son point de vue. J’avais appris qu’un job est n’est qu’un job, rien de plus ni de moins, et que rien n’est jamais garanti – témoin ces collaborateurs de Lehman licenciés après 30 ans de bons et loyaux services. De nos jours en Asie, les professionnels de la finance sont suffisamment riches pour quitter le secteur avant même de franchir le cap des 40 ans – entre autres parce qu’ils ne veulent pas risquer leur santé mentale en s’éternisant dans la banque. »

De la finance à la mode

Alors pourquoi monter une entreprise de maillots de bain de luxe plutôt que de suivre le cheminement somme toute classique d’une carrière post-banque – autrement dit rejoindre la fintech ? La réponse est simple : « j’ai toujours pratiqué la voile et la natation, et constaté de ce fait que les maillots de bain n’étaient pas très attrayants – soit trop ‘sport’, soit trop sexy par rapport à mes besoins et mes attentes. Sans compter que la plupart d’entre eux n’étaient pas adaptés à la morphologie des asiatiques. »

Lyn Sia Rosmarin raconte avoir passé une année entière en recherches avant de lancer sa marque à Singapour : « je n’ai aucune formation de styliste, j’ai donc décidé de travailler avec des usines en Chine pour élaborer les designs de base. Je suis intervenue à leurs côtés à tous les stades de la conception et de la fabrication – le dessin, les patrons, la couture, l’impression… J’ai également trouvé les bons tissus en Italie et me suis attachée à obtenir la qualité de fabrication recherchée. »

Elle concède cependant qu’à mesure que ses modèles prenaient corps, son parcours dans la banque s’est révélé une expérience précieuse en termes de budgétisation et de prévisionnel. « J’ai commis beaucoup d’erreurs de débutante, mais dès le départ, j’avais un plan à cinq ans pour ma société. »

Les collections K.BLU ont d’abord été vendues exclusivement en ligne et dans les centres commerciaux de Singapour, mais Lyn Sia a depuis élargi sa distribution par le biais de revendeurs aux Etats-Unis et en Indonésie. « Le marché des maillots de bain mode est en pleine croissance dans les pays émergents d’Asie, et il y a pour l’instant très peu d’acteurs – je vends maintenant dans les centres commerciaux indonésiens, dont personne n’avait jamais entendu parler il y a trois ans. Les femmes asiatiques profitent aujourd’hui plus des vacances, prennent plus de temps pour elles, et qui plus est, elles n’ont pas peur du soleil, pas plus que de montrer leur corps. Elles accordent une place de plus en plus large à la mode au moment de choisir leurs maillots de bain, postent des photos sur Instagram avec des légendes du style ‘regardez-moi, je suis sur une plage sublime, au top avec un magnifique maillot’. »

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