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Pourquoi la nouvelle génération de banquiers juniors donne la migraine aux banques…

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Une pilule magique pour aider les banques à résoudre leur problème avec les juniors ?

Il est assez révélateur qu’une banque comme J.P. Morgan éprouve le besoin de dédier une partie de son site de recrutement aux parents qui aident leur progéniture à trouver un job en finance : « demandez à votre fille ou votre fils de réfléchir sérieusement à ce qui l’intéresse et à ses atouts forces » suggère la section, avant d’indiquer que « les sites de carrières, d’emploi et les réseaux sociaux constituent des ressources dignes d’intérêt. »

Si tout cela peut paraître évident à ceux qui ont un jour cherché un emploi, cela nécessite pourtant quelques précisions pour la génération actuelle de juniors – qui ne se donnent même pas la peine de faire eux-mêmes la démarche, et préfèrent laisser leurs parents la faire pour eux.

« Ils ont vraiment besoin d’aide », explique un responsable RH d’une banque internationale de Londres à propos des jeunes recrues. « Il est très difficile de leur faire passer le cap du statut d’étudiant à celui de collaborateur. Ils sont habitués à avoir quelqu’un qui leur tienne la main ».

Il y a incontestablement des signes de frustration. Colm Kelleher, responsable des activités banque d’investissement chez Morgan Stanley, indiquait récemment que travailler en finance ne signifiait plus aujourd’hui devenir riche en peu de temps, et que les candidats mus par cette seule ambition ne constituaient de toute façon pas de bonnes options de recrutement. Aussi implicite soit-il, le message avait le mérite d’être clair : la finance n’est pas pour les tire-au-flancs qui veulent se la couler douce. Dans le même temps, Guy Hands, à la tête du fonds de capital-investissement Terra Firma, se plaint des candidats qu’il reçoit en entretien – souvent arrogants, aigris et cruellement dépourvus de tout sens de l’humour. « Personne ne semble satisfait, tout le monde a l’air envieux et passe son temps à critiquer », précise-t-il. S’il est de bon ton d’admettre que la charge de Guy Hands ne se réduit pas aux collaborateurs juniors, il faut aussi reconnaître qu’il est l’une des rares figures du capital-investissement à embaucher des jeunes diplômés tout juste sortis de l’école.

Le problème au premier chef n’est pas tant d’attirer les étudiants vers la banque – certaines, comme Goldman Sachs, continuent de se prévaloir de dizaines de milliers de recrutements chaque année ; en réalité, la difficulté constitue plutôt à les garder après leur arrivée. Comme le souligne Andy Pringle, directeur du cabinet de recrutement Circle Square, « tous savent qu’ils vont devoir travailler dur ». Mais, poursuit-il, « ils n’imaginent pas à quel point et surtout n’y sont pas préparés. Je me suis entretenu avec un analyste arrivé en janvier et qui n’avait pas eu un seul jour de repos depuis ses débuts ». Et il n’y a pas que les conditions de travail : ils n’aiment tout simplement pas ce qu’ils font. Comme s’en plaignait récemment sur ce site un collaborateur junior, « nous sommes tous d’excellents étudiants, issus des meilleurs établissements de la planète. Je passe 90% de mon temps de travail à faire du copier-coller. Quel intérêt quand on pense que j’aurais pu faire un doctorat et être en passe d’enseigner à l’université ? »

Les banques sont parfaitement conscientes du problème. Goldman Sachs offre des promotions plus rapides à ses juniors et tente d’automatiser et de délocaliser leurs tâches les moins intéressantes. La responsable RH indique que la banque tente de donner une meilleure visibilité aux juniors auprès de la direction : « c’est un changement dans les habitudes de travail – les managing directors (MD) sont généralement peu au bureau, plutôt en rendez-vous avec des clients. Nous les incitons maintenant à passer plus de temps au bureau, à être plus visibles et présents pour les juniors, et à s’impliquer dans des rôles de mentors. »

Parallèlement, les recruteurs aiment à nier l’impression selon laquelle la banque n’est plus une option particulièrement lucrative. Pour Logan Naidu, du cabinet de recrutement Dartmouth Partners, « la nouvelle génération est bien moins attirée par la banque que ne l’étaient ses prédécesseurs. Le boulot est difficile, et bien moins glamour aujourd’hui que par le passé – mais il continue de payer très correctement ! »

Reste que la question se pose : la banque paie-t-elle suffisamment ? Et la réponse est Oui : vous pouvez parfaitement obtenir une rémunération annuelle à six chiffres. Néanmoins, compte tenu du coût de la vie – en particulier à Londres, il est devenu difficile d’utiliser la banque pour s’établir financièrement et préparer d’autres projets d’avenir. Rien de surprenant donc à ce que les jeunes banquiers d’aujourd’hui cherchent à se poser à long terme, et quand ils n’y parviennent pas, ils partent. « Dans le secteur des nouvelles technologies par exemple, nous avons les moyens de prendre soin de nous, physiquement et mentalement, afin de vivre et travailler dans de bonnes conditions, pendant longtemps. C’est un autre monde, très différent de la banque », déclarait Megan He, ex-Goldman Sachs, lors d’une interview il y a quelques mois.

Megan He et sa collègue Nina Faulhaber sont très représentatives de cette nouvelle génération de jeunes ex-banquiers. Toutes deux ont obtenu des résultats exceptionnels durant leurs études, avant de passer deux ans chez Goldman Sachs, puis de partir pour monter leur propre structure. Les banques regrettent qu’un premier job dans le secteur soit devenu aujourd’hui la première étape d’un processus de ‘crédibilisation’. Comme l’indique le responsable RH, « les étudiants d’élite ne visent qu’une chose après leur diplôme : se trouver un poste dans la banque pour pouvoir inscrire le titre et le nom de l’établissement sur leur CV. Ils restent deux ans, histoire de montrer qu’ils ont fait leurs preuves, et s’envolent vers d’autres aventures ». Dans un plan de carrière, la démarche est tout à fait censée. Une étude menée en 2013 par des universitaires de Wharton School et McGill University a révélé qu’intégrer une banque de premier plan en début de carrière induit toujours un salaire supérieur.

Il n’en reste pas moins que pour les banques à la recherche d’un vivier de jeunes talents, tout cela s’apparente de très près à un cauchemar. Et donner plus de visibilité aux juniors auprès des cadres dirigeants ne fait en réalité guère de différence. Megan He raconte : « nous avons vu bon nombre de nos anciens copains restés dans la banque s’épuiser à n’en plus finir. Ils partaient en vacances et finissaient affalés sur une plage, incapables d’autre chose, simplement à cause de la fatigue accumulée, alors qu’ils n’avaient guère plus de 30 ans ». Un recruteur avec qui nous nous sommes entretenus ne dit rien d’autre, quoiqu’en des termes juste un peu plus directs : « les jeunes banquiers regardent les MD et déclarent qu’ils ne veulent pas devenir comme eux. Ils ne veulent pas avoir la même vie, et ça, c’est un problème. »

Crédit photo : Jaypeg

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