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Travailler dans la finance : les résultats du match entre Paris et Genève

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Pour faire carrière dans la banque, mieux vaut-il travailler sur la place financière de Paris ou celle de Genève ? Pour tenter de répondre à cette question, nous avons passé au crible une quinzaine d’éléments de différenciation allant de la rémunération à la qualité de vie en passant par le nombre d’acteurs ou bien encore les perspectives d’évolution professionnelle et le processus de recrutement. Voici, dans le détail, les résultats de ce ‘match amical’ :

Marché de l’emploi : léger avantage Genève

« Je dirais que le marché de l’emploi reste globalement plus attrayant à Genève même si l’écart avec Paris tend à se réduire depuis plusieurs années. L’eldorado suisse, une expression jadis en vogue, c’est terminé ! », indique Jérôme Jouanneau-Courville, CEO et associé du cabinet de chasse Norman Alex à Genève, qui travaille également sur le marché parisien. La fin du secret bancaire suisse en 2018 et le durcissement de la réglementation bancaire internationale n’y sont évidemment pas étrangers, certains acteurs de la place ayant relocalisé leurs activités vers d’autres centres financiers comme Londres par exemple.

C’est pourquoi les banques suisses, qui ont besoin de compétences nouvelles pour éviter que les fortunes rapatrient leur argent vers d’autres pays, cherchent à recruter des spécialistes à l’international pour la banque privée et la gestion d’actifs. Si des opportunités sont à saisir dans les grandes banques suisses (notamment chez Credit Suisse qui dans le cadre de sa réorganisation a décidé de se renforcer en Suisse), ce n’est peut-être pas le moment le plus opportun d’aller frapper à la porte des petites banques privées suisses, en phase de consolidation.

En France, si pratiquement plus aucun trader n’est recruté sur la place financière parisienne, les grandes banques continuent d’étoffer leurs équipes compliance (une fonction qui a également le vent en poupe à Genève). En 2015 et 2016, la Conformité de BNP Paribas recrutera plus de 1.000 postes partout dans le monde.

Salaire : net avantage Genève

Un rapide coup d’œil sur les différentes études de rémunération des grands cabinets de recrutement suffit pour se rendre compte qu’à profession égale, le différentiel peut être élevé. L’étude mondiale de Robert Walters montre ainsi qu’en banque d’investissement et de financement, un risk manager avec 5 à 7 ans d’expérience peut espérer toucher jusqu’à 95 k€ à Paris, et jusqu’à 140 k€ en Suisse.

L’écart est encore plus grand pour un analyste sell-side qui, avec la même ancienneté, pourra prétendre jusqu’à 90 k€ à Paris et 160 k€ côté suisse. La parité entre l’euro et le franc suisse (quasiment le même cours) font que vous ne bénéficierez pas de l’effet de change.

Coût de la vie : net avantage Paris

L’avance de la Suisse en matière de salaire est très vite contre balancée par le coût de la vie, l’un des plus élevés au monde. Qui plus est, c’est un leurre de croire que l’on paie moins d’impôts en Suisse qu’en France (surtout dans le canton de Genève). Sans oublier qu’en Suisse, Enfin, l’assurance maladie est une charge sociale intégralement payée par les employés.

« Lors de la phase de négociation de salaire, négociez une rémunération supérieure au minimum de 40% de plus que celle que vous touchiez à Paris », conseille Jérôme Jouanneau-Courville. Il vous faudra également prendre en compte votre situation personnelle : si vous déménagez avec votre famille, vous devrez vous pencher sur les différents coûts que cela représente en termes de dépenses en termes de logement, d’éducation, de transport…

Evolution professionnelle : léger avantage Genève

« L’un des premiers critères à prendre en compte est de savoir quel est l’intérêt du poste et votre évolution professionnelle possible », poursuit Jérôme Jouanneau-Courville. Si votre départ se fait dans le cadre d’une mutation intra-groupe, le fait d’avoir une expérience à l’international dans un autre pays peut être apprécié pour la suite de votre carrière dans l’entreprise.

Un financier sous couvert d’anonymat indique « qu’il est plus facile de gravir les échelons dans les banques suisses qu’en France, où la culture est plus ‘pragmatique’ que ‘politique’ ». Ce n’est en tout cas pas le franco-ivoirien Tidjane Thiam, CEO du Crédit Suisse, qui dira le contraire. Par contre, depuis l’affaire Hervé Falciani, l’ex-informaticien de HSBC qui a permis au fisc français de récupérer des milliards cachés en Suisse et qui vient d’être condamné à cinq ans de prison par la justice helvète, les informaticiens bancaires français risquent de voir leur évolution professionnelle quelque peu freinée dans la Cité de Calvin.

Classement des places financières : net avantage Genève

Dans les différents classements des places financières, Genève figure généralement en bonne posture, loin devant Paris. C’est notamment le cas dans le dernier Global Financial Center Index publié en septembre 2015 par Z/Yen Group et où Genève se classe au 13e rang mondial et Paris… au 37e rang mondial !

Même si la méthodologie retenue pour ce genre de classement n’est pas exempte de critiques, on comprend mieux dès lors pourquoi la Ville Lumière a décidé de tirer la sonnette d’alarme sur le devenir de sa place financière. Tout comme la fondation Genève Place Financière, Paris Europlace multiplie les initiatives pour tenter de rendre sa place attractive.

Processus de recrutement : léger avantage Paris

Les Suisses sont connus pour avoir le sens aigu de la ponctualité (arriver en retard en entretien n’est tout simplement pas envisageable) et celui du détail. « Un CV français par exemple tiendra quasi obligatoirement sur une seule page, ce qui n’est pas le cas d’un CV suisse, ou on trouvera souvent 2 pages, parfois 3, voire 4 », note David Talerman, spécialiste de l’expatriation et de l’emploi en Suisse, sur son blog Travailler en Suisse.

En outre, les délais de recrutement sont un peu plus longs en Suisse qu’en France. Selon une étude de Robert Half, un tiers des managers en France réussit à pourvoir un poste en 2 à 3 semaines, un autre tiers en 4 à 5 semaines. En Suisse, ils sont 43% à pourvoir un poste en 4 à 5 semaines. Par contre, le nombre moyen de 2 à 3 entretiens prévaut en France comme en Suisse.

Taux de chômage : net avantage Genève

Selon le Bureau international du travail (BIT), le taux de chômage est proche des 5% en Suisse. Soit un taux plus de deux moins élevé qu’en France où il atteint 10,2 % de la population active en France métropolitaine au troisième trimestre, soit le taux de chômage au plus haut depuis fin 1997, alors qu’il baisse globalement en Europe.

Temps de travail : net avantage Paris

Les 35 heures n’ont pas cours en Suisse, où la durée légale hebdomadaire de travail est de 42 heures et où les salariés bénéficient de quatre semaines de congés payés, même si de nombreux employeurs en accordent cinq, comme en France.

Qualité de vie : net avantage Genève

Vous en avez marre des embouteillages parisiens, des grèves à répétition, et plus encore du climat général d’insécurité suite aux récentes attaques terroristes ? Quitter Paris pour Genève peut alors faire sens si vous êtes à la recherche d’un environnement plus calme, moins pollué, plus sécurisant pour vous (et vos enfants si vous décidez de partir en famille).

D’après l’étude Mercer, Genève se classe au huitième rang mondial des villes ayant la meilleure qualité de vie en 2015, derrière Zurich en numéro deux.

Sécurité de l’emploi : léger avantage Paris

Le droit du travail suisse est beaucoup plus souple et libéral que le droit du travail français. Si vous perdez votre job en Suisse, ne comptez pas sur des indemnités de départ élevées. Mais la Suisse n’est pas pour autant un no man’s land : la protection sociale y reste très encadrée et vous pourrez toucher des indemnités chômage s’élevant à 70% du salaire de référence pour une durée d’indemnisation variant de 9 à 24 mois.

Ouverture à l’international : léger avantage Genève

Du fait de son multilinguisme et des nombreux acteurs internationaux qui y sont présents, la Suisse est naturellement plus orientée vers l’international que la place financière parisienne. « A compétence égale, je préfèrerai embaucher un financier qui vient de Genève plutôt que de Paris », confie sous couvert d’anonymat un recruteur basé à Londres.

Un constat pas partagé par tout le monde, et notamment ce recruteur parisien qui rétorque que « quel que soit l’endroit d’où vous venez, c’est surtout votre track-record et votre capacité à générer des revenus et des nouveaux clients qui fera au final la différence ».

Nombre d’établissements financiers : léger avantage Paris

D’après la fédération bancaire française (FBF), la France comptait l’an dernier 390 banques embauchant 370.700 salariés et qui ont recruté 35.000 personnes. Mais la volonté de grandes banques de réduire leur nombre d’agences pourrait peser sur l’emploi dans les années à venir.

La Suisse, elle, comptait l’an dernier 283 établissements bancaires, soit 14 de moins que l’année précédente, pour 37.000 emplois localisés à Genève. « Il faut s’attendre à ce que quelques établissements présents sur la place bancaire suisse ferment leurs portes ou soient rachetés, comme on l’a vu récemment », met en lumière le Baromètre bancaire 2015 réalisé par l’Association suisse des banquiers (ASB).

Actifs sous gestion : net avantage Genève

Vous souhaitez travailler dans la gestion d’actifs ? Sachez que les actifs sous gestion dans les banques en Suisse se montaient fin 2014 à 6.656 milliards de francs suisse, soit une hausse de 518 milliards (+12,8%) par rapport à 2013. Une progression que l’ASB explique par la croissance des portefeuilles de titres, des engagements envers la clientèle et des dépôts à terme.

A la même période, la France de son côté enregistrait 3.200 milliards d’euros sous gestion (dont 1.600 milliards sous forme d’organismes de placement collectifs), ce qui situe la France derrière la Suisse mais « aux premiers rangs européens, tant pour la gestion que la domiciliation de fonds », précise l’association française de la gestion financière (AFG).

Résultats des grandes banques : net avantage Paris

En dépit d’un environnement de taux toujours bas et de la volatilité des marchés en août et septembre, les derniers résultats trimestriels des grandes banques françaises sont bons : BNP Paribas enregistre une hausse de son résultat net de 14,5% à 1,82 milliard d’euros, SocGen de 27,7% à 1,13 milliard d’euros, BPCE de 23% à 937 millions et Crédit Agricole de 15% à 930 millions. Au total, les quatre premiers groupes bancaires français dégagent près de 5 milliards d’euros de bénéfice net sur le trimestre.

Côté Suisse, en dépit d’un vaste remaniement de l’activité avec notamment à la clé 5.000 suppressions de postes au niveau mondial, les résultats trimestriels Credit Suisse ont été jugés décevants par les analystes. Guère chez UBS qui, malgré un résultat net qui a pratiquement triplé en une année, en passant de 762 millions à 2,07 milliards de francs suisses, a vu son cours de bourse chahuté à cause de perspectives assez sombres et d’une hausse attendues de ses coûts.

Cela dit, les bons résultats des banques françaises ne sauraient occulter les difficultés rencontrées par les activités de BFI qui souvent voient leur contribution aux résultats diminuer.

Fintechs : net avantage Paris

Paris semble avoir pris une petite longueur d’avance en matière de fintechs. A l’occasion de la deuxième édition de Fin&Tech Community le 24 novembre à Bercy, le Pôle Finance Innovation a labellisé 40 nouvelles fintechs, portant à 100 le nombre de start-up financières labellisées par le Pôle en 2015. A cela vient s’ajouter la création à la rentrée 2015 de l’association France Fintech regroupant 36 jeunes pousses financières.

Mais Genève n’a pas dit son dernier mot, avec le lancement en octobre dernier de Fusion, premier incubateur fintech qui a pour partenaires le leader mondial des logiciels bancaires Temenos, le gestionnaire d’actifs Notz Stucki et le leader suisse des cartes bancaires Swisscard.

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