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Les conditions de travail des banquiers juniors pires que jamais. J’aurais dû m’en douter…

L’heure de la fin de la récréation a sonné

L’heure de la fin de la récréation a sonné

La banque d’investissement n’est pas un choix de carrière facile. Ayant passé ces dernières années à travailler comme analyste dans une banque d’investissement américaine, je peux en témoigner à partir de mon expérience personnelle ardue, même si les choses peuvent encore évoluer.

Les heures travaillées par les banquiers juniors ont fait les devants de la scène à l’été 2013, lorsque Moritz Erhardt, stagiaire chez Bank of America Merrill Lynch stagiaire, est décédé d’une crise d’épilepsie suite à 72 heures de travail en continu.

La mort d’Erhardt a donné au public un aperçu des conditions de travail difficiles rencontrées par bon nombre de ces étudiants qui ont choisi une carrière dans le monde supposément glamour de la banque d’investissement. Certes, il y a eu de l’empathie, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que celle-ci aurait été plus importante pour une profession moins décriée. Imaginez si un jeune médecin était mort après trois nuits sans sommeil…

Ce que les gens n’apprécient pas, c’est que les cas de jeunes financiers travaillant littéralement jusqu’à la mort ne sont pas le résultat d’un événement exceptionnel ou bien de conditions médicales individuelles. Ils sont la conséquence inévitable d’une culture envahissante qui encourage les jeunes banquiers à aller jusqu’au bout de leurs limites, encore et encore. Le tout dans une tentative désespérée visant à prouver ce qu’ils valent, être applaudis par leurs managers pour les gains qu’ils réalisent et concourir pour la première place lors de l’évaluation annuelle.

D’après mon expérience, il n’est pas inhabituel de voir des analystes dormir ou pleurer dans les toilettes. Les pétages de plombs et autres burnouts sont également monnaie courante.

Depuis la mort d’Erhardt, les banques d’investissement ont déployé de nombreux programmes permettant à leurs employés les plus jeunes d’atteindre un meilleur équilibre travail-vie privée. Les analystes de Goldman Sachs sont interdits de travail le samedi, et JP Morgan a introduit un ‘week-end protégé’ une fois par mois. Citigroup et d’autres ont mis en œuvre des variations similaires sur le même thème.

La machine de propagande des banques a universellement salué ces mesures comme de grandes avancées, mais lorsque vous interrogez les analystes en banque d’investissement à propos de la culture actuelle sur la base de leurs expériences, le tableau apparaît plus nuancé. Chez Goldman, l’interdiction du travail le samedi est compensée par des horaires à rallonge en semaine et le travail à domicile le dimanche. Le schéma de JP Morgan a entraîné une accélération du système de rotation où les analystes peuvent être désormais appelés pour remplacer au pied levé un collègue qui a pris son ‘week-end protégé’.

Et si des quotas de jeunes employés ont été mis en place dans un certain nombre de banques pour surveiller l’équilibre travail-vie privée, il semblerait qu’entre la théorie et la pratique il y ait un gouffre. Comment en effet attirer l’attention sur le fait que l’équilibre travail-vie privée peut être conciliable avec la semaine de travail de 75-80 heures en vigueur dans certaines banques américaines ?

Ce contraste entre la perception externe et la réalité interne est apparu une fois de plus cet été, quand certains membres du personnel de JP Morgan ont envoyé à leurs employés juniors une note interne sur la politique de vacances. Celle-ci rappelait crûment que pendant leurs vacances aucune information ne leur serait fournie sur les deals en cours, que les ordinateurs portables étaient censés être connectés à distance en cas de besoin et qu’il fallait vérifier chaque jour les courriels de travail et y répondre. La note se terminait par une recommandation consistant à ne pas avoir recours à un mail automatique d’absence.

Il est facile d’en conclure qu’en banque d’investissement vous ne ferez pas de pause estivale dans votre travail. Vous travaillerez simplement depuis la plage, dans un climat plus tempéré.

La seule façon d’améliorer l’environnement de travail pour les juniors en début de carrière est de concevoir un changement de culture des banquiers seniors et intermédiaires, ce qui est loin d’être gagné. Dans de trop nombreuses banques, le fait de consentir à des horaires à rallonge, sacrifier sa santé et sa vie de famille est toujours considéré comme un «rite de passage».

Dans une même entreprise, contrairement aux futurs dirigeants, les juniors sont traités comme des denrées périssables. Ces attitudes machistes et ces comportements enfantins sont précisément les mêmes qui ont contribué à provoquer la crise financière. Il est alarmant de voir combien ils sont encore présents dans nos institutions financières ‘nouvellement réformées».

Jim Keen est le pseudonyme d’un analyste en 3e année dans une grande banque d’investissement.

Crédit photo: Marvin Lee

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