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Ce que le trading nous demande d’être est contre-nature

Caroline Domanine

Caroline Domanine

Vous souhaitez devenir trader en banque d’investissement ou en prop’ trading ? Il va falloir savoir gérer votre stress. Pour vous y aider, nous avons interviewé Caroline Domanine, trader en compte propre et coach de trader sur l’aspect psychologique et comportemental. Son positionnement particulier, un mélange d’expertise en développement personnel et en trading, lui permet d’aider les traders à créer un mode de travail performant et cohérent avec leur personnalité. Elle partage ses recherches sur le blog https://neuro-trading.fr et sur sa chaîne youTube.

Beaucoup d’annonces pour des emplois de traders en banque font état d’une bonne résistance au stress comme qualité première. Pourquoi le métier de trader est-il stressant ?

Ce que le trading nous demande d’être est contre-nature.

Nous allons revenir longtemps en arrière : tous nos instincts primaires visent à accroitre nos chances de survie. L’être humain est un animal physiquement vulnérable, il n’a ni crocs, ni griffes ; il ne court pas vite et il n’est pas particulièrement doué pour grimper aux arbres. Pour survivre, l’homme archaïque devait donc compter sur son intelligence et sur son appartenance à un groupe. La stratégie de l’être humain était donc d’anticiper les dangers potentiels, ce qui a développé son imaginaire et sa réactivité ; et d’intégrer un groupe fort, ce qui induit l’instinct grégaire.

Lorsque nous faisons du trading, nous nous exposons régulièrement au danger et nous sortons volontairement du groupe car le trading est une activité solitaire : ceci va à l’encontre de la nature humaine.

De façon plus pragmatique, le stress est un signal d’alarme qui dit : « je suis en danger, je dois me mobiliser pour me mettre en sécurité. » Toute situation considérée à tort ou à raison comme dangereuse induit du stress. Hors, les marchés financiers sont imprévisibles et bien qu’il y ait des analystes zélés, voir talentueux, la seule réalité est que personne ne peut prédire avec certitude le comportement d’un marché. Donc, le trader qui expose du capital sur les marchés court toujours le risque de perdre de l’argent. Certains considéreront ce risque comme négligeable, ils seront peu sujet au stress mais auront tendance à agir de façon inconséquente avec l’argent qu’ils gèrent, d’autres auront conscience, parfois avec trop d’implication, de ce qu’ils peuvent perdre et seront sujets au stress en permanence.

Pour résumer : soit le trader est une tête-brulée qui va prendre des risques trop importants car il n’a pas conscience du danger, soit il en a conscience et peut facilement se retrouver dans des réflexes archaïques.

Un bon trader est une personne qui a conscience d’être en danger mais qui ne réagit pas de façon stéréotypée. En d’autres termes, il a conscience des risques, il les accepte et il tente autant que possible de se prémunir de façon rationnelle ; un équilibre précaire en constante évolution.

Quelles sont les conséquences d’un trader trop stressé sur son travail ?

Une personne qui ne sait pas gérer son stress a trois reflexes possibles, pas un de plus, pas un de moins. Le premier, c’est la fuite. Le trader est paniqué et il n’a qu’une seule idée en tête : être ailleurs. Il aura tendance à couper trop vite ses positions et à accumuler les petites pertes alors que la position, conforme à un système de travail, ne demande pas forcement d’être coupée. Le second, c’est la lutte. Ici, il aura tendance à vouloir combattre et à se montrer agressif. Il prend alors des risques inconsidérés et irrationnels. Le troisième, c’est l’inhibition, comme s’il faisait le mort ou comme un chat tétanisé devant les phares d’une voiture. Il n’a plus la possibilité d’agir, il est bloqué.

Ces trois reflexes ont tous un point commun, ils sont vecteurs de perte d’argent. La fuite en fait perdre peu mais souvent, la lutte en fait perdre beaucoup rapidement, l’inhibition empêche le trader de réagir.

Dans ces moments, la motivation du trader n’est plus de gagner de l’argent, même s’il n’en a pas conscience. Dans la fuite, la motivation est de se mettre en sécurité. Avec la lutte, il veut combattre et gagner. Lors de l’inhibition, il veut disparaître pour ne plus être agressé. Ces motivations sont évidemment des facteurs de perte car elle l’empêche d’observer rationnellement la situation et d’agir opportunément.

Comment le trader peut-il se prémunir du stress ?

Schématiquement, nous dirons qu’il y a deux axes de travail : opérationnel et psychologique.

Le travail opérationnel clarifie un mode opératoire. Le trader prend position sur tel marché et pour tel horizon de temps. Il entre dans telle configuration avec une politique de gestion claire et prédéfinie. C’est comme dans tous les métiers, mieux on est préparé, plus on est compétent, moins nous sommes vulnérables.

Le travail psychologique vise à accepter une vérité cruelle : nous sommes responsables des ressources mises en place pour gagner mais nous ne sommes pas responsables de leur résultat à court terme. Je peux avoir un bon système de trading et perdre de l’argent aujourd’hui, cette semaine, ce mois-ci.

Le trader doit donc assoir une confiance légitime dans un système de travail : « Je sais que mon mode opératoire aurait été gagnant par le passé sur un large éventail de transactions. J’ai confiance dans ce système ». Mais tout système de trading vit des hauts et des bas, les périodes de pertes sont inévitables, le trader devra donc travailler sur sa capacité d’acceptation : « Mon système performant dans la durée me fait perdre de l’argent en ce moment mais je dois continuer à le respecter ».

Il doit donc définir en amont des limites, des seuils clairs qui invalideront le système de travail : « Si je perds tant, je considère que ce système n’est plus efficient et que je dois le modifier ».

Pour se prémunir du stress, il doit donc veiller à accroitre une confiance légitime sur ce qu’il contrôle et accepter de n’avoir aucune prise sur ce qu’il ne contrôle pas.

Enfin, pour finir, quels conseils donneriez-vous à un trader qui vient de débuter ?

Ici aussi, il y a deux pôles de travail : la compétence et la cohérence.

Devenir compétent : lire des livres d’analyse technique, télécharger une plateforme de trading en démo, comprendre comment lire un graphique sont des apprentissages indispensables. Il faut être curieux. Il n’y a pas de secret, la compétence s’acquiert par le travail.

Etre cohérent : N’importe qui ne peut pas appliquer n’importe quel système de trading. Il y a une infinité de méthodes gagnantes en trading et tout l’enjeu revient à trouver celle qui correspond à la personnalité de l’opérateur. C’est ça mon job : diagnostiquer l’ensemble de reflexes de l’opérateur pour y apposer un système de travail par effet miroir. C’est un vaste sujet, j’ai écrit tout un livre sur la question, alors, pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, je les invite à lire « Trader avec succès grâce au Neuro-trading »  qui explique comment devenir cohérent dans son trading, ou à me contacter directement via mon site.

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