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Les habitudes alimentaires déplorables des banquiers juniors inspirent de nouvelles formes de business

banquiers juniors

Quand le temps vous est compté...

Les toutes premières années de carrière d’un banquier d’investissement consistent largement à réajuster les perspectives. Non, vous n’êtes pas Maître de l’Univers. Non, vous ne passez pas non plus votre vie dans les avions à courtiser vos clients. Vous êtes juste assis dans un bureau, à enchaîner les pitch books et à travailler sur des modèles financiers. Et vous vous nourrissez très mal.

Akshay Bhatia a occupé deux postes d’analyste, d’abord au sein du groupe International Securities (ISG) puis ‘associate’ à la gestion de l’investissement chez Morgan Stanley. Il a constaté de ses yeux les problèmes d’alimentation. « Les analystes en banque d’investissement mangent essentiellement des plats à emporter ou des plats préparés », raconte-t-il. « L’imagerie populaire associe un poste en finance à des repas coûteux avec les clients : dans les faits, la plupart des analystes et ‘associates’ engloutissent un sandwich sans même quitter leur poste de travail, aux heures les plus incongrues de la journée, comme 11 h 30 du matin ou 4 heures de l’après-midi, en fonction des délais qu’ils se sont engagés à tenir. »

Il précise que la plupart des banquiers juniors n’ont pas seulement des journées interminables, ils manquent aussi cruellement d’expérience pour se sustenter correctement en travaillant toute la journée. « La plupart sont issus d’un milieu où les seuls repas équilibrés et faits maison qu’ils connaissent sont ceux préparés par leurs parents. Et comme beaucoup se retrouvent loin de leurs parents… »

Akshay Bhatia a cependant observé que certains jeunes analystes se nourrissaient sainement, et qu’il leur arrivait d’apporter au bureau des plats qu’ils avaient eux-mêmes préparés pour leurs collègues.

Cette situation l’a fait réfléchir. Après quatre ans dans la finance, il décide de quitter le secteur et Londres, où il était installé, pour retourner en Inde et lancer Mutterfly – une application de ‘food-sharing’ qui permet à ses utilisateurs de proposer à des personnes situées aux abords immédiats, contre rémunération, des plats qu’ils ont préparés eux-mêmes.

« On trouve dans les classes supérieures en Inde des couples avec de très belles situations, où les deux conjoints travaillent ; mais dans les classes moyennes ou les plus modestes, ce sont toujours les hommes qui travaillent et les femmes restent à la maison, » explique-t-il. « Pour nombre de femmes ici, cette formule constitue une opportunité de démontrer ce qu’elles savent faire – entre autres se montrer plus productives et de gagner un peu d’argent. »

Malheureusement, la législation en la matière au Royaume-Uni est beaucoup plus restrictive qu’en Inde ; en d’autres termes, il est impossible de se faire rémunérer pour la fabrication de plats dits ‘faits maison’, surtout car rien ne garantit qu’ils ont été préparés dans les conditions sanitaires requises. Il est donc peu probable de voir débarquer à court terme à la City le concept élaboré par Akshay Bhatia.

Bhatia explique s’être rendu compte assez rapidement qu’il n’était pas fait pour la banque, en grande partie après avoir pris conscience qu’on lui avait vendu du vent. « Les meilleurs jeunes diplômés subissent un véritable lavage de cerveau qui vise à les convaincre que les carrières dans l’informatique et la finance sont les plus dynamiques ; mais je me suis vite aperçu que j’avais besoin de changer. Je suis d’abord parti en gestion d’actifs, puis au bout de 18 mois, j’ai dû me rendre à l’évidence : je ne me sentais pas particulièrement impliqué. »

D’après lui, le problème provient en partie de son désir d’innover et de la lourdeur de la bureaucratie : « quand on entre dans une banque, on vous déroule sur tous les tons de la gamme que vous êtes les leaders de demain, que vous êtes important et que l’on veut vous voir innover, » développe-t-il. « Mais le moindre changement dans les process peut prendre un an avant d’être mis en œuvre. Je peux comprendre, mais c’est frustrant. »

A l’instar de nombreux banquiers d’investissement qui partent vers de nouveaux horizons simplement parce qu’ils ont perdu leurs illusions, Bathia avoue que les compétences qu’il a acquises dans la finance lui ont été très utiles pour le lancement de son produit. « La banque vous apprend la discipline et le professionnalisme – et c’est ce qui m’a aidé à faire décoller mon business, » ajoute-t-il. « Je ne dirai jamais que je n’y retournerai pas, mais je veux me donner au moins trois ans pour gérer ma propre affaire avant même de l’envisager. »


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