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Ce que révèle la nomination de Tidjane Thiam à la tête de Credit Suisse

Tidjane Thiam

Après 8 ans comme CEO de Credit Suisse, l’américain Brady W. Dougan va cèder la place au franco-ivoirien Tidjane Thiam, actuel CEO de Prudential, a annoncé la banque suisse dans un communiqué ce matin.

Cette nomination intervient « après un processus d’évaluation minutieux, qui a considéré aussi bien des candidats internes qu’externes », précise la banque, qui emploie près de 46.000 personnes dans le monde. Certains y verront la confirmation d’une réorientation des priorités du groupe, qui n’est pas de nature à rassurer les employés de la banque d’investissement. Secteur auquel le nouveau CEO de 52 ans, issu du monde de l’assurance et du conseil en stratégie, n’est pas familier à l’inverse de l’ex-trader Brady W. Dougan, qui avait fait toute sa carrière en banque d’investissement avant d’être promu en 2007 patron du groupe suisse.

« Nouveau souffle »

« Thiam va apporter un nouveau souffle à Credit Suisse, bien que sans background bancaire, a indiqué Andreas Venditti, analyste bancaire chez Vontobel à Zurich à Bloomberg. Réduire les activités de banque d’investissement deviendra peut-être ainsi plus facile ».

Les analystes de Deutsche Bank confirment cette impression dans une note : « Ce nouveau management offre l’opportunité d’une nouvelle stratégie. Compte tenu du parcours du nouveau CEO, nous nous attendons à ce que l’accent soit mis sur les flux de revenus récurrents (gestion de fortune), sans doute le développement sur les marchés émergents, et de nouvelles réductions des activités de banque d’investissement, en particulier dans les métiers FICC [ndlr : trading obligataire, de change et de matières premières]».

Le groupe suisse doit s’adapter au renforcement de la réglementation du régulateur suisse et, par ailleurs, payer l’amende de 2,6 milliards de dollars infligée l’an dernier par le fisc américain. Aussi, le mois dernier, Credit Suisse avait déjà annoncé à la publication de ses résultats de nouveaux efforts en matière de réduction des coûts. Un objectif de 200 millions d’euros d’économies supplémentaires a été fixé d’ici à 2017, tandis que les derniers bonus ont accusé une baisse de 9% pour les collaborateurs et jusqu’à -25% pour les membres du conseil d’administration.

Des atouts précieux pour le groupe suisse

Tidjane Thiam a de véritables atouts pour poursuivre la transformation de Credit Suisse : « Sa vaste expérience internationale, y compris dans les activités de wealth and asset management ainsi que le développement fructueux de nouveaux marchés, sont un gage solide pour diriger le Credit Suisse. En tant que CEO, il a mené Prudential sur la voie du succès dans une conjoncture très difficile », a rappelé Urs Rohner, président du conseil d’administration de la banque.

Preuve à l’appui, Prudential a publié ce matin – hasard du calendrier (ou pas) – des résultats 2014 en nette progression : augmentation du chiffre d’affaires de 15% sur un an et bond du bénéfice net de 65% à environ 3 milliards d’euros.

Un parcours éclair et un profil atypique

Embaucher Tidjane Thiam peut néanmoins apparaître comme un pari audacieux voire risqué pour certains supris par la nomination de ce non-banquier au profil atypique. Né en Côte d’Ivoire, il grandit en France où il réalise un brillant parcours académique – diplômé de l’École polytechnique et de l’École des mines de Paris, major de sa promotion, Tidjane Thiam a également obtenu MBA de l’INSEAD en 1986. Un parcours d’excellence qui le conduit chez McKinsey à Paris et à New York.

De 1994 à 2000, il occupe des fonctions de directeur du plan, puis ministre de la Planification et du Développement au sein du gouvernement ivoirien. Après le coup d’État de 1999 en Côte d’Ivoire, il retourne chez McKinsey à Paris de 2000 à 2002. Faute de parvenir à briser en France le « plafond de verre » qu’il a dénoncé à plusieurs occasions, il intègre à Londres l’équipe dirigeante d’Aviva en 2002 et Pudential en tant que CEO en 2009.

Credit Suisse salue dans son communiqué « une réussite impressionnante dans l’industrie globale des services financiers ». Tidjane Thiam est un gros travailleur, multitâche. En plus de ses fonctions chez Pudential, il a accepté de participer en 2013 pour le gouvernement français à un groupe de travail pour la réalisation d’un rapport sur le développement des relations franco-africaines.

« Un professionnel courageux »

Tidjane Thiam a aussi su surmonter des périodes difficiles comme l’échec en 2010 du rachat par Prudential d’AIA, filiale asiatique de l’assureur américain AIG, qui a bien failli lui coûter sa carrière. Une histoire qui a coûté 30 millions de livres à Prudential, sanctionné par le régulateur britannique qui n’avait pas été informé des intentions du groupe d’assurance. Tidjane Thiam avait alors également reçu un blâme par la FSA.

Une ancienne collègue de McKinsey, aujourd’hui partner à Paris, se dit impressionnée par ce « professionnel courageux, capable de prendre des risques et à la fois puissant intellectuellement et très indépendant dans sa pensée. En dépit des pressions liées à ce type de responsabilités, Tidjane Thiam est capable d’avoir une vision et développer une stratégie très ancrée dans l’analyse des fondamentaux de l’industrie ».


commentaires (1)

Comments
  1. Je ne suis pas bonne connaisseuse des us et coutumes respectifs des places financières de Paris et Londres, mais il semble qu’outre-manche, on n’hésite pas à promouvoir et tresser des louanges à posteriori à une personne “blâmée” par le FSA. cela participe peut-être également au caractère plus accueillant de Londres par rapport à Paris.

    Je souhaite bonne chance à Tidjane Thiam, surtout s’il a appris de ses erreurs passées, ce qui est la marque des grands capitaines.

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