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Carrière : Pourquoi la DRH séduit les banquiers

La DRH plus attractive pour la carrière des banquiers

Un détour payant...

« Dans les années 80-90, il n’y en avait que pour les directeurs financiers, puis vint le tour des patrons informatiques autour des années 90-2000. Depuis 10 ans, c’est incontestablement la fonction RH qui a le vent en poupe », a déclaré le mois dernier Antoine Morgaut, CEO Europe du cabinet de recrutement Robert Walters à l’occasion de la sortie de sa nouvelle étude de Rémunération 2015.

Qu’en est-il dans l’industrie financière ? Les directions des ressources humaines, autrefois perçues comme la dernière roue du carrosse, pourraient-elles aujourd’hui offrir des opportunités de carrières insoupçonnées aux professionnels de la finance ?

Les exemples d’opérationnels de la BFI rejoignant les DRH se sont multipliés ces dernières années : Martine Boutinet, MD responsable de la vente de produits de taux promu l’an dernier au poste de DRH de CACIB ; Edouard-Malo Henry, DRH du groupe Société Générale depuis 2012 après une carrière internationale chez SGCIB ; Alain Delouis, ex-COO de la BFI de Natixis nommé DRH du groupe en 2010…

Pourquoi les RH attirent ? La DRH est devenue stratégique, globale, et politique…  Signe de son nouveau statut, les DRH siègent au comité exécutif des banques et opèrent à l’échelle internationale. Les rémunérations ne sont plus un obstacle. Les directions générales ont compris que pour attirer des opérationnels aguerris à la DRH – dont elles ont tant besoin pour accompagner la transformation des métiers – la revalorisation salariale s’imposait.

Des rémunérations en forte hausse

Chasseuse de têtes depuis 2007, après 20 ans passés dans les métiers de banque de financement et d’investissement, Florence Soulé de Lafont ne s’étonne pas des progressions salariales dans le secteur. Pour les fonctions RH, sur lesquelles elle a mené récemment des missions, la hausse des rémunérations en quelques années l’a surprise. « Les fonctions RH ont été  revalorisées, le DRH d’une banque de financement et d’investissement basé à Paris touche en moyenne 180 k€ de fixe avec un variable pouvant atteindre  25 à 50% du fixe » , indique la directrice associée de  Boyden, en charge de la practice Financial Services.

Certains postes de responsables au sein des RH ont connu une inflation salariale plus impressionnante que d’autres. C’est le cas pour les expertises liées au développement RH, à la gestion des talents et surtout aux rémunérations (« comp & ben »). Pour ce dernier profil international, les banques d’investissement déboursent plus de 250 k€ contre 100 k€ il y a dix ans, nous précise Didier Hoff, ancien banquier devenu expert en fiscalité et rémunération à Londres, puis à Paris où il vient d’intégrer EY Société d’Avocats en tant qu’associé en charge du nouveau pôle Human Capital. Dernier exemple, la rémunération des directeurs de la mobilité internationale d’une BFI a progressé de 10% par an en moyenne sur ces 4 à 5 dernières années, selon cet expert.

“Business partners”

De véritables expertises se sont développées au sein des RH. Chez Société Générale, le directeur adjoint des ressources humaines de GBIS (banque de grande clientèle et solutions investisseurs) Hugues Fourault, un ancien chef de projets des systèmes d’information des marchés de capitaux, témoigne : « La professionnalisation des RH au sein des BFI est impressionnante en quelques années. Qu’il s’agisse de la partie rémunération, avec des aspects nouveaux d’ingénierie et de conformité (controles et reporting reglementaires, rencontres avec les régulateurs…), ou bien de la partie ‘people’ avec des initiatives nombreuses (plans de succession, mentoring, coaching, co-developpement, parcours de formation adhoc…) ». Les RH s’inscrivent aussi dans les politiques RSE (responsabilité sociale des entreprises) avec notamment la question du bien-être au travail (mesurée notamment via le Baromètre Employeur”) ».

Ces enjeux incroyablement techniques ont attiré de nouveaux profils (contrôle, audit, finance…) et ont contribué à faire émerger de nouveaux métiers comme le big data ou la gestion des réseaux sociaux.  Surtout la porosité avec l’opérationnel s’est renforcée. Les RH ont mis les mains dans le cambouis, aux côtés des divisions opérationnelles, avec une exigence renforcée d’efficacité. « C’est devenu un réflexe, assure Hugues Fourault. Les HR Business Partners sont impliqués dans tous les projets pour accompagner la transformation des métiers (réorganisations, intégration, offshoring, outsourcing…) ».

Nouveau rôle, nouvelle image

Le rôle des RH, notamment au sein des établissements financiers, a radicalement changé en 20 ans, constate Sylvie Bernard-Curie, associée et DRH Talents chez KPMG. « Nous sommes passés de la gestion du personnel (paye, administration) à la gestion des compétences avec une accentuation de la notion de « ressources humaines » au milieu des années 90, puis – crise financière et révolution digitale aidant – à la gestion et au développement des talents », témoigne cette ancienne auditrice et expert-comptable, aujourd’hui également psychologue du travail.

Face à l’incertitude d’un contexte économique, réglementaire, technologique changeant, les RH sont donc désormais aussi là pour aider les organisations et leur personnel à s’adapter à l’évolution des métiers et des organisations. De fait, « les RH sont beaucoup plus proches des employés, et ce tout au long de leur carrière. Elles communiquent plus, sont de plus en plus légitimes et en conséquence , le métier devient plus attractif », confirme Elisabeth Karako, qui a exercé de nombreuses fonctions au sein de la RH du Groupe BNP Paribas depuis 20 ans.

Les RH, une voie de garage ?

Reste une réticence pour les opérationnels tentés par un passage chez les RH : le retour vers les métiers n’est pas toujours aisé. Longtemps, les RH étaient perçus comme une route de sortie honorable pour des professionnels accomplis. Certains professionnels seniors refusent encore d’y aller par peur d’être ensuite coincés professionnellement. Ces craintes ne sont pas totalement injustifiées, reconnaissent nos interlocuteurs.

« Cela va dépendre de la culture d’entreprise, relève Sylvie Bernard-Curie. D’où la nécessité de bien regarder les parcours professionnels des RH au sein du groupe ». Chez LCL, par exemple, ces allers-retours sont très ancrés dans la culture avec des passages sur des responsabilités RH en moyenne de 3 ans, nous indique Florence Soulé de Lafont. Dans les BFI, les exemples se sont multipliés : l’ancienne DRH de CACIB Ivana Bonnet est retournée côté métier en prenant la direction de l’Italie en 2013. Anne-Marion Bouchacourd, ex-DRH de SGCIB, a pris a été promue en 2012 responsable de la Chine pour le groupe bancaire…

« On peut aussi se construire aujourd’hui une belle carrière dans les RH : les mobilités entre les différents métiers RH sont courantes, avec une palette de sujets très variés », conclut Elisabeth Karako qui, après une année sabbatique s’apprête à revenir dans le Groupe… dans une direction métier. Confirmation que les RH offrent aujourd’hui de véritables perspectives de developpement professionnel ET ouvrent pour les banquiers sur de nouvelles opportunités de carrière.


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