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Bonus 2016 : un expert en rémunérations décrit les grandes tendances

Philippe Perriot, consultant senior au sein du cabinet Towers Watson

Philippe Perriot, consultant senior au sein du cabinet Towers Watson

A quoi ressemblera la saison des bonus pour les financiers parisiens cette année ? Pour le savoir, nous avons interviewé un spécialiste des rémunérations de l’industrie des services financiers, Philippe Perriot, consultant senior chez Towers Watson, qui, comme il l’avait déjà fait l’an dernier dans nos colonnes, décrypte les grandes tendances des bonus qui seront annoncés en février 2016 dans les grandes banques françaises.

Globalement, 2016 sera-t-il un meilleur cru que 2015 ?

Non, cela devrait être dans le même trend que l’an passé. Les résultats des banques vont être contrastés pour 2015, selon les établissements et les activités. Mais dans l’ensemble, les performances vont être positives.

Qui seront les grands gagnants…

Les activités de fusions et acquisitions (M&A) devraient avoir bien performé, ainsi que les activités actions. Dans une moindre mesure, les métiers du financement devraient également bénéficier d’une enveloppe de bonus en hausse. Les juniors enfin devraient mieux s’en sortir comparativement aux banquiers seniors cette année, pour des enjeux à la fois de rétention des talents, mais aussi parce qu’ils sont moins contraints par la réglementation du fait de niveau de variables moins élevés.

 …et les grands perdants ?

Le fixed income a moins bien performé. D’une manière plus générale, les individus qui n’auront pas performé selon leurs objectifs seront peut-être davantage pénalisés qu’avant-crise où les bonus étaient plus lissés, surtout en France. Ainsi, le bonus zéro va s’inscrire durablement dans cette culture d’individualisation et de différenciation des rémunérations.

Les grands perdants sont en réalité les professionnels bancaires les mieux payés (les rares bonus à 7 chiffres à Paris). En effet, au-delà de la question de la rentabilité, il y a aussi l’attention médiatique et l’exigence croissante de transparence, qui obligent les banques à soigner leur image. Reste que les professionnels des marchés ne trouveront pas d’autres secteurs plus rémunérateurs que la finance.

Le plafonnement des bonus à 100% du fixe décidé par Bruxelles dans le cadre de la directive CRD4 entrée en vigueur l’an dernier, a-t-il modifié la donne ?

Le plafonnement est, en effet de 100%, mais il peut aller jusqu’à 200% avec l’accord de l’assemblée général des actionnaires (ce qui est le cas pour presque toutes les banques). Ce plafonnement a entrainé, de facto, une modification (à la baisse) des rémunérations moyennes. Mais cette tendance est également due à l’évolution des contraintes réglementaires de fonds propres, notamment, qui diminuent la rentabilité des activités de BFI. La plus part des banques ont réduit sensiblement leurs effectifs dans ces activités.

Les banques françaises ont-elles mises en place de nouvelles primes type “role-based allowances” (“allocations liées à la fonction”) comme c’est le cas à la City pour contourner la contrainte du plafonnement ?

Oui, ces allowances sont également utilisées par les banques françaises mais dans des proportions moindres que leurs consœurs à Londres et pour des populations très ciblées, peu nombreuses dans une logique de collaborateurs clés et de forte expertise. Ces allowances sont de toute façon dans l’œil du régulateur. On voit bien ici que les banques doivent modifier la façon dont elles rémunèrent leurs professionnels régulés mais tâtonnent. Cependant il y a deux tendances lourdes auxquelles ces derniers ne pourront se soustraire. 1- Les bonus n’atteindront plus les niveaux d’avant-crise ; 2 – La sélectivité dans l’attribution des bonus va continuer à se renforcer.

Les banques ne craignent-elles pas une fuite de leurs talents vers d’autres acteurs non régulés ?

C’est, en effet, une crainte qu’elles peuvent avoir et qui peut se produire. On ne peut pas parler d’hémorragie mais on voit déjà depuis quelque temps des banquiers partir pour des plus petites structures, souvent non cotées, comme des hedge funds, des boutiques M&A ou des banques d’affaires comme Lazard ou Rothschild.

De son côté, la gestion d’actifs est soumise par la nouvelle réglementation AIFM aux variables différés mais pas au plafonnement des bonus, qui dépassent rarement les 100 à 150% du fixe sauf pour les gérants stars ou dans quelques activités de gestion alternative.

Enfin, la directive CRD4 crée des distorsions géographiques car elle s’applique uniquement aux équipes des banques européennes dans le monde et également aux équipes de banques non-européennes basées au sein de l’UE. La fuite vers les « non-régulés » devrait donc logiquement se poursuivre tant que ces derniers échapperont aux contraintes imposées aux établissements régulés.

Le montant des amendes infligées aux banques dans le monde ont atteint un record. Dans quelle mesure cela affectera-t-il l’enveloppe des bonus des banques françaises ?

Il y a peu de banques françaises touchées par ces amendes en 2015 mais on peut imaginer que si c’est le cas, cela pourrait avoir une incidence sur les enveloppes de bonus. Pour les banques concernées, les amendes pèsent naturellement sur les résultats et donc par ricochet sur le bonus pool.

Même pour les professionnels dont l’activité a enregistré des résultats exceptionnels, les bonus ne seront pas en lien avec les performances. Car, au-delà du principe de plafonnement, la réglementation européenne exige une corrélation entre la performance des activités mais aussi des résultats de la banque dans son ensemble et le montant de l’enveloppe de bonus accordé aux professionnels, selon un principe de coresponsabilité.

Pour finir, pouvez-vous faire un point sur les tendances liées aux bonus des banquiers en France (politique de différés, rachat de bonus, clawback) ?

La donne n’a pas changé depuis l’année dernière, à savoir qu’une partie des bonus est différée et soumise à des conditions de performance (différé en cash ou en actions). Ils s’appliqueront presque partout encore au variable au-dessus de 100k€. En dessous de ce seuil, les bonus continueront d’être versés en cash de manière plus ou moins immédiate. Les paiements de variables soumis aux différés sous forme d’actions ou instruments équivalents continueront, eux, de s’appliquer sur une période de 3 à 5 ans. Le rachat de bonus peut également exister, comme il existe depuis longtemps.

Concernant les « clawbacks » (c’est-à-dire la rétention des différés de bonus en raison de mauvaises performances), il n’y a pas eu à ma connaissance de cas en France à ce jour et seulement quelques cas en Grande-Bretagne. D’un point du vue du code du travail, il est difficile en réalité d’appliquer cette règle en France.

Le rachat de bonus en cas de changement d’employeur peut également exister, comme il existe depuis longtemps. Il est difficile de donner une tendance claire du fait notamment de la faible mobilité des professionnels parisiens ces dernières années. Cela pourrait changer cette année, mais quoiqu’il en soit ce seront très certainement des négociations au cas par cas.

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