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Bonus 2015 : Et si ce n’était pas ce que vous croyez…

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En matière de bonus, rarement une fin d’année n’avait aussi été incertaine pour les professionnels de la finance. Il faut dire que les messages sont contradictoires : jusque-là plutôt un bon cru du côté des résultats des banques mais les perturbations récentes sur les marchés ont jeté le trouble. Les grands gagnants désignés de la saison bonus 2015 devaient être les équipes M&A et les grands perdants les professionnels des taux. Sauf qu’avec la défiance soudaine des investisseurs, les premiers redoutent un coup de frein sur les opérations tandis que les seconds bénéficient de la volatilité sur les marchés.

Les dés sont lancés, et bien malin celui qui saura en prédire la donne. Mais qu’en pensent les intéressés ? Selon l’étude* en ligne d’eFinancialCareers, les financiers français comptent fermement sur leur bonus début 2015 pour 86% d’entre eux. C’est plus que partout ailleurs : 77% des professionnels allemands s’attendent à recevoir un bonus, ils sont 76% aux Etats-Unis, 71% au Royaume-Uni et à Singapour, et 59% au Moyen-Orient.

L’optimisme des Français s’arrête là. Ces derniers sont en effet minoritaires (42%) à penser que ce bonus sera en hausse alors qu’une large majorité de leurs confrères outre-Atlantique et outre-Manche, eux, y croient (tableau ci-dessous). Les plus optimistes – toutes catégories confondues – sont les jeunes banquiers de la City (3 à 5 ans d’expérience) avec 75% d’entre eux se préparant à un variable bonifié en 2015. Et ils n’ont peut-être pas tort tant les banques anglo-saxonnes sont à leurs petits soins cette année.

D’après vous, où se situera votre bonus au titre de l’année 2014 par rapport à celui de l’an passé ?

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À l’inverse, parmi les Français qui anticipent une baisse de leur bonus, ils sont près d’un tiers (31%) à craindre une sévère correction (baisse comprise entre 30 et 50%). Les banquiers français ont-ils raison de s’attendre au meilleur comme au pire ?

L’an 1 de la directive européenne CRD4

« La logique voudrait que les bonus soient en ligne avec les résultats assez bons de cette année, en particulier dans les métiers de haut de bilan et dans la gestion d’actifs », avance Philippe Perriot, consultant chargé des services financiers chez Towers Watson. Cependant, la configuration est nouvelle à l’an 1 de l’application de la directive européenne CRD4 qui plafonne le variable à 100% du fixe (200% avec l’accord des actionnaires). « Même si cela n’affecte pas énormément de personnes à Paris, on ne peut nier l’effet psychologique de CRD4 sur les banquiers et la pression médiatique qui va avec »,  assure ce spécialiste des rémunérations, pour qui les bonus à 7 chiffres sont de l’histoire ancienne désormais sur la place de Paris.

D’autant que l’Autorité Bancaire Européenne (EBA) a épinglé il y a 8 jours les mauvais joueurs : 39 institutions en Europe, y compris en France, qui ont mis place les fameuses « allowances », ces bonus déguisés en fixe, pour contourner la nouvelle réglementation. De quoi embarrasser la France, qui selon cette même institution, avait en 2013 les pratiques les plus extrêmes en matière de variable : le bonus représentait alors près de 5 fois le salaire de base des banquiers les mieux payés (contre 3,78 fois à Londres).

Outre la contrainte réglementaire, les banques françaises ont un autre argument pour jouer la mesure sur les prochains bonus : les risques de litiges. « Plus aucun établissement n’est à l’abri de poursuites judiciaires, et cela crée un facteur psychologique négatif supplémentaire dans le processus de décision liés au bonus », relève Philippe Perriot de Tower Watson. Tout le monde pense alors aux employés de BNP Paribas CIB, toujours sous le  choc des 9 mds de dollars d’amende infligée par les autorités américaines. Si les messages en interne se veulent rassurants, les prochains bonus « pourraient être massacrés », anticipe un chasseur parisien.

Brumeux

En réalité, le flou persiste encore largement sur les politiques de rémunération dans les établissements français. Ce qui est relativement inhabituel en cette période de l’année, fait remarquer Domitille Lamouroux, associée du cabinet de chasse Alchimie Conseil. « Il y a encore de nombreux aller-retours. Les managers sont discrets et prudents au regard de la nouvelle réglementation et des résultats incertains de la fin d’année », explique cette spécialiste du secteur financier. Pour autant, « les équipes qui ont souvent été déçues par leur dernier bonus, se veulent plutôt optimistes, se raccrochant à leur PNB de l’année ».

Sauf qu’en France, de bons résultats ne signifient pas (ou plus) forcément bonus en hausse. Les derniers bonus en sont la preuve : en baisse de -16% chez BNP et -7% chez SocGen. Pas étonnant que les Français aient été les plus nombreux (61%), toutes places financières confondues, à estimer leur bonus en-deçà de leurs attentes, selon la dernière enquête Bonus d’eFinancialCareers. Les financiers français sont marqués par l’ambivalence : ils vivent dans la mémoire de cette déception, qui s’accroit un peu plus chaque année et les oblige à la prudence, et en même temps un sentiment parfois d’injustice qui nourrit de vraies attentes de rattrapage.

Tendance baissière

Quels que soient les établissements, « aucun patron d’équipe n’aura les coudées franches », prévient Jérôme Hacquard, associé gérant du cabinet de chasse Singer & Hamilton, qui ne croît pas vraiment à une hausse des enveloppes de bonus l’an prochain, ni même à une générosité marquée pour les professionnels des M&A. Et pour cause : « le marché du recrutement à Paris est limité, et on voit déjà à quel point il est complexe pour les professionnels de bouger sans renoncer à une partie de leur rémunération », explique ce chasseur spécialiste des secteurs M&A, financements, et private equity. Bref, exit la surenchère.

Les chasseurs de têtes s’attendent à voir de nombreux déçus. « Les prochains bonus devraient globalement être en ligne avec ceux de l’année dernière, peut-être en hausse pour certains mais dans l’ensemble on est quand même sur une tendance baissière ces 5 dernières années. Même les “bonnes” années ne rattrapent pas les mauvaises », observe Jérôme Hacquard, qui témoigne d’une différenciation croissante entre les « bons » et les « excellents » éléments des équipes.

Les professionnels français ne se font d’ailleurs pas d’illusion : 51% anticipent une stabilisation des bonus sur les prochaines années, et 20% pensent qu’ils vont encore baisser. Raison de plus pour espérer une compensation rapide sur les salaires fixes, comme cela a pu être constaté il y a quelques années chez les anglo-saxonnes. L’étude montre que 47% des financiers français anticipent une augmentation de leur fixe dans les 6 prochains mois. Les chasseurs de têtes, eux, n’y croient plus. Seul espoir pour les professionnels auquel se raccrocher : une fin 2014 réussie pour les établissements français. Et un début de réponse en fin de semaine avec l’ouverture par BNP Paribas du bal des résultats trimestriels du secteur bancaire français.

*L’enquête eFinancialCareers a été menée en ligne courant octobre auprès de 3.000 financiers dans le monde, dont 267 professionnels basés en France. Les sondés en France travaillent majoritairement en banque (36%) et en gestion d’actifs (25%), mais aussi dans le conseil (13%), l’assurance (8%) ou encore chez un courtier ou un hedge fund (5%). Au total, deux tiers d’entre eux sont sur des postes de front office.


 

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