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L’âge est vraiment plus qu’une histoire de nombre, surtout après 40 ans

worried banker

La plupart des grandes banques suivent aujourd’hui peu ou prou le même plan d’action : augmenter le recrutement de juniors, tout en réduisant les coûts et les effectifs. Conséquence : la portion de banquiers seniors aux rémunérations généreuses a tendance à baisser.

À la différence d’il y a quelques années, les employés ne sont pas poussés vers la porte à cinquante ou soixante ans, la guillotine tombe désormais beaucoup plus tôt. La peur gagne les rangs des banquiers quadras, nous confirme une enquête* menée par eFinancialCareers sur la diversité dans la finance mondiale.

C’est particulièrement vrai à Singapour et aux Etats-Unis ou respectivement 40% et 32% des professionnels des services financiers âgés entre 41 et 50 ans interrogés se disent « très inquiets » à la perspective de rechercher un emploi du fait que leur âge constituerait un obstacle.

En France, l’inquiétude se manifeste de manière moins marquée, ou plutôt intervient un peu plus tard dans la carrière en comparaison aux places anglo-saxonnes. Ainsi, 43,5% des financiers français quarantenaires pensent que leur recherche ne serait pas affectée par leur âge.  Cependant, 45 ans marque un vrai tournant dans l’Hexagone : l’inquiétude, qui a déjà gagné 45% des financiers français âgés de 40 et 45 ans, atteint 68% pour ceux âgés de 45 à 50 ans.

Gestion des talents au détriment des seniors

« La discrimination des seniors est un vrai problème dans le secteur financier en France, sur lequel nous progressons beaucoup moins vite que sur les autres sujets traitant de la diversité (femmes, ethnicité…), assure Matthieu Beaurain, CEO du cabinet Lincoln HR Group, et membre fondateur de l’association A Compétence Egale. Et pour cause : La pyramide des âges étant aujourd’hui très large au somment des institutions financières, « la gestion des talents incite à la rééquilibrer au profit des plus jeunes, et donc au détriment de seniors expérimentés », explique ce consultant expert du secteur financier.

Et, tout cela ne se passe pas en interne forcement en douceur… Environ un tiers (34%) des professionnels basés en France pensent ainsi que leurs collègues cinquantenaires font face à des discriminations – le chiffre le plus élevé toutes places financières confondues, et jusqu’à deux fois plus qu’en Allemagne.

Les seniors aussi doivent changer 

« Il y a encore un gros travail de pédagogie à faire pour démonter les stéréotypes – le contrat de génération et les accords intergénérationnels ont aidé, mais cela ne suffit pas, selon Matthieu Beaurain. C’est aussi aux seniors d’avancer. « Ils arrivent qu’ils rechignent ou mettent du temps à se repositionner sur des postes plus experts, avec moins de management par exemple, et ils ne sont pas toujours très flexibles sur l’aspect rémunération. Or il faut être parfois capable de reculer pour mieux sauter », explique—t-il.

Aucune place financière n’épargne cependant ses seniors. L’inquiétude des effets de l’âge sur une potentielle candidature a un emploi à Wall Street et à la City, par exemple, intervient bien plus tôt qu’en France dans la vie des employés : là-bas, 40 ans semble indiquer le nouveau seuil d’alerte, tandis qu’en Asie, la nervosité gagne les professionnels dès 35 ans, montre l’étude.

Wall Street : l’obsession de la jeunesse

Pourquoi la quarantaine est-elle en train de devenir à ce point un seuil marquant dans la recherche d’un emploi en finance ? Simple et néanmoins terrible constat des effets de cette finance post-crise, tranche Neil Patrick, ancien banquier et auteur de 40pluscareerguru, un blog sur les défis professionnels auxquels sont confrontés les baby-boomers. Pour lui, la confiance en soi n’est pas la source du problème. Il s’agit plutôt d’une question de coûts et de perception.

« Je pense qu’il y a une croyance persistante parmi les employeurs du secteur, selon laquelle la jeunesse et la soif de réussir surpassent l’expérience et la sagesse, y compris dans des activités qui requièrent a priori beaucoup de savoir-faire », relève ce coach américain.

Ceci est particulièrement vrai en banque d’investissement où, de manière justifiée ou non, la capacité et la volonté de travailler dur sont perçues comme des qualités essentielles. « Les quadras ont généralement une famille, ce qui peut affecter leur capacité à s’investir dans le travail, pensent certains », explique Neil Patrick.

Le piège de l’argent

Il ne faut pas mettre non plus de côté le facteur argent. D’une part le niveau des rémunérations des banquiers les met à risque en période de réduction des coûts. D’autre part, les dépenses et le train de vie de ces banquiers les rend vulnérables en cas de perte de leur poste, d’où leur anxiété.

« Les banquiers seniors ont le sentiment de DEVOIR gagner très bien leur vie simplement parce qu’ils ont besoin de cet argent – et aussi parce qu’ils ont la conviction qu’avec tous les efforts et les sacrifices qu’ils font, ils le méritent bien après tout », décode Neil Patrick.

Conséquence : c’est toute une génération de financiers quadras gagnée par la nervosité, car devenue extrêmement lucide sur la réalité du marché qui les voit comme coûteux et remplaçables.

*L’enquête eFinancialCareers Diversité a été menée au mois d’août 2014  auprès de 5.000 professionnels des services financiers dans le monde (GB, US, France, Singapour, Hong-kong, Australie, Allemagne, et Moyen-Orient). L’enquête française a obtenu 466 réponses. Ce dernier panel est composé principalement d’employés du secteur bancaire (39%), de cabinets de conseil (14%), de la gestion d’actifs (13%) et de l’assurance (7%). 


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