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Quand journalistes (et recruteurs !) découvrent le monde impitoyable du recrutement

Une diffusion sur France 2 jeudi dernier à 23h15 : un créneau pas forcément prometteur pour le documentaire La Gueule de l’emploi, réalisé par Didier Cros. Le sujet ? Pas beaucoup plus vendeur, celui d’une session de recrutement collective pour un poste de commercial dans une compagnie d’assurances (Gan pour ne pas la nommer) épaulée par un cabinet de recrutement (RST). Quoique la scénographie 10 candidats postulant devant un jury impitoyable ait déjà fait ses preuves dans de nombreux show de téléréalité…

Dix candidats (une femme, neuf hommes) sont passés au gril pendant deux jours pour décrocher un poste dont ils ne connaissent pas les contours, la rémunération, ni même le nom de l’employeur.

Shocking !

Le sujet a fait pourtant le plein, non pas auprès du public (500.000 spectateurs), mais auprès des médias en général et des recruteurs en particulier. Les uns s’offusquent, les autres s’étonnent que de telles méthodes de recrutement, jugées humiliantes voire traumatisantes, puissent exister.

Pour Télérama, le documentaire montre l’obscénité du processus de recrutement et la violence du monde du travail. Pour 20 minutes, on voyait 10 candidats dans la gueule du loup. Le réalisateur Didier Cros le décrit, lui-même, comme un film sur la comédie de la cruauté du travail.

Les recruteurs enragent. Alain Gavand, qui dirige le cabinet de recrutement éponyme et qui a lancé l’association “À compétences égales”, prend vite la parole, sur son blog, au nom d’une profession bafouée. Il se dit scandalisé par le fait que ce genre de pratique porte ombrage à l’ensemble de la profession.

Et une autre recruteuse de s’énerver : Au bout du compte, sur quoi porte l’évaluation ? Sur la capacité du candidat à accepter le système, à se conditionner. Est-ce bien là la réalité du monde du travail ? […]Alors quand on visionne ce genre de documentaire qui donne une mauvaise image du recrutement, aux antipodes de la vision que nous avons de notre métier, ça nous énerve, il faut bien le dire, fulmine Marie-Anne Muller dans son post Les recruteurs au pilori .

Hypocrisie

Des réactions qui étonnamment font sortir le réalisateur de ses gonds:Il est assez scandaleux de voir les concurrents de RST se déchaîner contre ce cabinet, alors qu’ils participent de la même façon au processus décrit dans le film, juge Didier Cros.

Et d’ajouter : Cinq ou six étaient d’accord pour me laisser filmer leurs activités, nombre d’entre eux avaient des méthodes bien pires que celles montrées dans le documentaire. J’ai choisi RST Conseil parce qu’ils avaient une pratique moins discriminante que beaucoup d’autres (Le Monde).

Attitudes que l’on observe, de plus en plus

Géraldine Rieucau, chercheuse au centre d’étude de l’emploi et à Paris 8, confirme : Même s’il ne faut pas généraliser, ce documentaire met quand même en évidence des pratiques qui existent : l’infantilisation des candidats, la volonté de les déstabiliser, la discrimination de certains profils, un mépris affiché pour le demandeur d’emploi sont des attitudes que l’on observe, de plus en plus, explique-t-elle dans une interview donnée au Figaro.

Beaucoup d’offuscation donc (comme si les journalistes vivaient dans une dimension parallèle – ce qui n’est pas tout à faux – et que les recruteurs n’avaient finalement jamais recruté…) pour un phénomène auquel les candidats sont, eux, malheureusement plus accoutumés. À vous de nous le confirmer – ou pas – dans la boîte de commentaires, prévue à cet effet!

commentaires (1)

Comments
  1. ce qui est drôle c’est à quel point de voir que la nature humaine reste égale à elle même : on nous apprenait qu’avant 1789 les privlilégiés asservissaient le reste du peuple , ce qui reste à démontrer par ailleurs, désormais les privilégiés (managers , ou ceux qui ont un poste disons stable dans une grosse société), asservissent à souhait candidats potentiels ;
    la seule différence c’est qu’au temps des chevaliers, la fierté et l’honneur étaient au rendez vous alors qu’au final maintenant, on ne voit plus que des serpillières guider le destin d’un monde dont chaque jour révèle la fragilité des bases.

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