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En 2013, les banques françaises ont confirmé leur goût pour la délocalisation

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En deux ans, les banques européennes ont supprimé 140.000 emplois, selon Bloomberg. Les quatre grands groupes français en sont comptables de « seulement » 10.000 (d’après nos calculs), dont un peu plus de 2.000 suppressions de postes annoncées ces derniers mois mais qui ne seront réalisées qu’au cours des prochaines années. Comment les groupes français font-ils pour limiter l’hémorragie ? Leur secret : l’art de la délocalisation, sous toutes ses formes.

L’année 2013 a été riche en illustrations. Derniers exemples en date : Natixis qui souhaite délocaliser 50 postes en Algérie ;  Société Générale annonçant la disparition programmée de 400 postes en France et parallèlement la création de 250 emplois à Bangalore en Inde, où elle compte déjà 3.000 employés ;  la BFI de BNP Paribas va délocaliser de son côté à Mumbai, toujours en Inde, entre 650 et 750 postes pourtant déjà externalisés chez des prestataires en Europe ; de même, les fonctions back-office de l’activité taux du groupe basées à New York seraient transférées à Montréal, au Canada…

Les back-offices ne sont plus les seuls services inquiétés

« Le phénomène n’est pas nouveau. En revanche, on constate que les délocalisations ne se limitent plus aux seules fonctions de back-office des BFI, elles s’étendent de plus en plus à des fonctions support type RH, Finance/Comptabilité, Informatique… », relève Marc Sabatier, associé et co-fondateur de SterWen Consulting, et auteur d’un volumineux rapport sur le devenir des banques françaises publié cet été. À titre d’exemple, Société Générale dans le cadre de son nouveau plan de réduction des coûts prévoit de délocaliser 230 postes liés aux ressources humaines vers Bucarest en Roumanie, selon Les Echos.

Au-delà des pertes d’emplois en France, les partenaires sociaux s’inquiètent des risques que ferait peser cette stratégie sur le futur des établissements bancaires français. « On ne parle pas d’un risque commercial mesuré comme lorsque l’on délocalise un centre d’appels, le risque est ici bien plus lourd du fait que l’on touche à des éléments stratégiques d’une organisation comme les RH ou les fonctions comptables », explique Régis Dos Santos, président national du syndicat SNB/CFE-CGC.

Un climat favorable aux transferts de postes de front-office…

Outre la délocalisation de fonctions de back-office ou de fonctions support, tout un pan de métiers de front-office disparaissent de France… pour réapparaître ailleurs. Depuis deux à trois ans, le climat politique (« Mon ennemi, c’est la finance » d’un François Hollande candidat à la campagne présidentielle) ; fiscal (taxe sur les transactions financières, projet de taxation à 75%) ; réglementaire (loi bancaire de séparation des activités de banque de détail et des activités de BFI) et économique ont créé les conditions d’une accélération des transferts de professionnels français à l’étranger, explique Marc Sabatier de Sterwern. Même si, souvent, l’éléphant a accouché d’une souris, le mal est fait !

Les observateurs de la place parisienne évoquent souvent des « centaines de postes » de front-office déplacés à l’étranger sur les dernières années. « Le marché parisien a été divisé par deux ou par trois en termes de volume d’offres d’emplois depuis le début de la crise. Des équipes ont tout simplement disparu ou ont été reconstituées ailleurs, à Londres, New York, à Luxembourg, ou encore en Suisse », confirmait récemment Anne-Sophie Luçon, Manager Executif Senior de la division Banque et Assurance pour le cabinet Michael Page à Paris.

Les postes de front-office et en particulier les postes de traders ont payé le plus lourd tribut avec respectivement des baisses de 10% et 20% des effectifs au cours de la seule année 2012, indiquait cet été l’AFB, qui ne s’attend pas à un renversement de tendance pour 2013 et au-delà.

… vers la City, et plus loin encore

Dans le même temps les rangs londoniens des banques françaises grossissent, à l’exception de Credit Agricole. D’après les données du cabinet IMAS consulting, qui traque l’évolution du nombre de professionnels « régulés » (approved persons) enregistrés chaque mois par le régulateur britannique – la Financial Conduct Authority (FCA) – Natixis a vu le nombre de ses employés “régulés” passer ainsi de 78 à 133 entre décembre 2009 et décembre 2013, soit une augmentation record de 70%. BNP Paribas – avec 1.056 professionnels enregistrés en cette fin d’année – enregistre une hausse de 20% sur la période et Société Générale, avec 877 employés, une augmentation de 5%. La tendance à l’augmentation des effectifs semble néanmoins marquer le pas cette année. Société Générale a même perdu une quinzaine de professionnels régulés sur un an. Un effet des plans de suppressions de postes ? Oui, mais pas seulement.

« En fonction des contraintes réglementaires (i.e. plafonnement des bonus dans l’UE) et des opportunités de business, les banques françaises déplacent progressivement leurs centres d’activités à l’étranger en suivant des cercles concentriques : concrètement, elles vont de plus en plus loin notamment aux Etats-Unis et en Asie », explique Marc Sabatier.

Le plan de développement de BNP Paribas en Asie dévoilé au premier trimestre 2013 en témoigne : 1.300 recrutements sont prévus dans la région sur les activités CIB d’ici à 2016. Autre exemple plus récent chez Natixis : son nouveau plan « New Frontier » porte bien son nom puisque le groupe se prépare à augmenter ses effectifs à l’étranger de près de 950 employés d’ici à 2017, à la fois sur ses métiers de la gestion et de banque de financement et d’investissement surtout sur les zones Amérique, Asie, et Moyen-Orient, alors que dans le même temps 700 suppressions d’emplois sont programmés « principalement en France ».

“More to come”

Les prochains grands plans stratégiques des établissements français (BNP Paribas et Credit Agricole en mars 2014, et Société Générale en mai 2014) devraient avoir la même saveur. Et cela, pour au moins trois raisons : 1) Les banques françaises n’ont en 2014 « d’autre choix que d’aller plus loin dans la réduction des coûts », assure l’agence de notation Fitch dans son dernier rapport publié début décembre ; 2)  « En matière de délocalisation, rappelle Marc Sabatier, les Français ont été un peu moins rapides que leurs confrères américains et britanniques notamment », qui déjà travaillent par exemple avec des bataillons d’analystes en Inde 3) Les foyers de croissance sont clairement à l’étranger.

Ainsi, Société Générale et BNP Paribas réalisent déjà respectivement 57% et 68% de leur chiffre d’affaires à l’étranger, et emploient 61% et 69% de leurs employés hors de France, selon les données collectées par le cabinet Ricol Lasteyrie.

« Compte tenu de la mondialisation, que les équipes soit plus proches des clients, c’est une chose logique, mais au moins que ce soit fait dans les règles, relève Régis Dos Santos. Faute d’informations de la direction, il nous est impossible d’accompagner sur le plan social ces transferts au sein des BFI. De surcroit, ces professionnels ne donnent souvent l’alarme que lorsque le feu a déjà pris dans la maison… ». Et de donner l’exemple des 150 employés désenchantés de BNP Paribas CIB Londres contraints d’abandonner cet été leur contrat d’expatriation pour un contrat local.

Toutefois, de l’aveu des RH et des chasseurs de têtes, même en l’absence de contrats d’expatriation, les banques n’auraient plus de mal à convaincre leurs professionnels de partir. Des banques françaises qui délocalisent donc, et des professionnels français de plus en plus enclins à les suivre, vraiment ?

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