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Immobilier, luxe, sport et maintenant la banque : les Qataris (et bien d’autres) à l’assaut de Paris

Siège de la Qatar National Bank à Paris

Siège de la Qatar National Bank à Paris

Après le football, la banque ? Déjà, fin 2012, la Qatar National Bank, la banque d’État historique, s’était faite remarquer par son activisme en Afrique du Nord, où elle avait repris la filiale égyptienne de Société Générale. Si les Al Thani appliquent à la banque la même stratégie qu’ils déploient dans le sport, on peut s’attendre à des débauchages d’exception pour accompagner leurs ambitions de développement. Pour ouvrir le mercato, Gilles Dermaux, directeur général de QNB depuis 2008 a quitté son poste durant l’été, et a pris la tête de la filiale française d’un autre établissement qatari, la banque Al Khaliji, un groupe créé en 2007, par des actionnaires privés et publics de l’émirat. Son successeur à QNB, Christophe Bourland, ancien directeur général d’Ecobank Paris, est entré en fonction ce mardi 1er octobre 2013. Et d’autres Qataris sont actuellement en demande d’agrément auprès de l’ACPR pour ouvrir en France un établissement financier.

L’irrémédiable ascension des outsiders des pays émergents

Au-delà du cas particulier de l’émirat de Doha, ce sont plus largement les banques des pays émergents qui ont devant elles un avenir radieux. « Sur les sept dernières années (2006-2012), dans les pays émergents, la croissance des actifs bancaires est en moyenne par an de 10 % », s’enthousiasme Jean-Marc Velasque, directeur associé de Nouvelles Donnes, cabinet de conseil en stratégie, qui a dirigé une récente étude, analysant les ressorts de la croissance des secteurs bancaires des pays émergents.

Il ne s’agit pas seulement d’une conséquence du boom de ces économies, mais aussi d’un rattrapage de leurs secteurs financiers. Ce qui bien entendu se traduit en termes d’emplois. Selon Nouvelles Donnes, entre 2006 et 2012, plusieurs pays enregistrent des croissances de plus de 30 % du nombre d’employés travaillant dans le secteur financier : par exemple de 83 000 à 112 000 au Mexique, de 100 000 à 130 000 en Thaïlande, de 15 000 à 31 000 au Kenya.

L’internationalisation de champions nationaux

Partis à la conquête du monde, les banques des BRICS et des autres pays émergents doivent d’abord en passer par le développement d’un réseau international dans leur espace d’origine. Ce n’est qu’ensuite que se présente l’opportunité de s’implanter sur les grandes places financières des pays développés. Faisant ainsi une pierre deux coups Al Khaliji avait acheté en 2008 au groupe libanais BLC Bank sa filiale BLC Bank France, un établissement de droit français, et ses quatre succursales aux Émirats Arabes Unis.

Jean-Pierre Velasque décrypte cette stratégie : « L’intérêt pour ces établissements de s’implanter dans un pays développé comme la France est double : d’abord accompagner les flux corporate ; ensuite capter la clientèle de la diaspora, principalement pour les transferts d’argent. » Autre facteur, la géopolitique : « Ce sont souvent des banques publiques ou proches du pouvoir, et il y a donc parfois une volonté politique d’accompagner les entreprises nationales à l’export. »

Il tient aussi à nuancer les perspectives de croissance des filiales : « On a des freins de plus en plus importants, principalement réglementaires, autour de la lutte anti-blanchiment et de la lutte anti-terroriste, des contraintes Bâle II et désormais Bâle III. Sur les sept dernières années, en France, le nombre d’établissements bancaires a diminué de 10 %. » Moins d’établissements donc, mais avec des ambitions de développement plus grandes pour les champions des BRICS ou du Moyen-Orient.

Attijari, ICBC, VTB, QNB… : ils veulent tous un pied-à-terre à Paris

Le choix de Paris ne va pas de soi. « Pour ces banques des pays émergents, Paris est en compétition avec Londres et le Luxembourg. » Selon Jean-Marc Velasque, il faut tout d’abord mettre à part les établissements originaires des pays qui ont une relation particulière de longue date avec la France, et dont l’implantation à Paris est souvent ancienne. Il cite en premier les banques marocaines, notamment Attijariwafa, passée en 2008 de succursale à banque de plein exercice, qui sert une stratégie plus globale visant à occuper l’ensemble des marchés européens. « La France est son vaisseau amiral, pour déployer ses activités en Belgique, en Allemagne, en Italie et en Espagne, en adressant à la fois les flux corporate et les transferts d’argent. Ces transferts, véritables enjeux nationaux, représentent tout de même les premières sources de devises du Maroc, devant le tourisme. »

Autres exemples notables de banques implantées par des liens historiques : les banques libanaises, en retrait cependant depuis que les autres banques du Moyen-Orient ne passent plus par elles ; la togolaise Ecobank, seul établissement d’Afrique subsaharienne, dont vient le nouveau DG de la Qatar National Bank.

Depuis le milieu des années 2000, on assiste cependant à l’arrivée d’une nouvelle vague, celle des BRICS et des pays du Golfe. Du côté des banques chinoises, ICBC, première banque mondiale par sa capitalisation, s’est installée en 2010-2011 à un niveau européen, autour d’un siège luxembourgeois et d’antennes dans une dizaine de places, et a ouvert une succursale en France avec l’ambition de rejoindre le peloton des grands établissements étrangers à Paris. Croissance soutenue bien visible sur la page RH du site français d’ICBC, toujours fournie en offres. China Exim Bank, la banque d’État du commerce extérieur, a un pied à Londres et un autre à Paris, avec comme perspective d’utiliser la France comme point d’entrée vers les pays d’Afrique francophone. Dans la même catégorie, on pourrait aussi citer Banco do Brasil et le russe VTB.

Des équipes mixtes en développement

Le recrutement dépend essentiellement de stratégies culturelles. Il est fréquent par exemple pour des employés de banques marocaines d’avoir étudié en France, ce qui les rend plus directement opérationnels dans un établissement à Paris. Il reste néanmoins incontournable de débaucher quelques Français, sur les activités du legal, du reporting et dans le cadre des relations avec les autorités de tutelle. Thierry Mageux, chasseur de tête chez Robert Half Financial Services, confirme : « Chez nous, il y a eu avec ces banques quelques postes de senior bankers, quelques analystes crédits, des fonctions de support et quelques personnes en trade finance et en financement structuré. »

Des opportunités qui devraient se multiplier, alors que les objectifs attribués à ces établissements sont souvent très ambitieux. Aux commandes de Al Khaliji, Gilles Dermaux en témoigne déjà : « Al Khaliji France reste tournée vers les activités héritées du temps où elle était une filiale d’un groupe libanais. Désormais, les actionnaires souhaiteraient que nous accompagnions davantage les investissements et les citoyens qataris, dans le financement, dans le family office, dans le private banking et dans le trade finance. » Les équipes encore réduites – une trentaine à QNB, à peu près autant chez Al Khaliji – devront certainement grossir pour répondre à ces attentes.

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