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Les chasseurs de têtes : « les banques n’ont plus les moyens de s’offrir nos services »

Headhunters and recruiters: fading out in the future?

Comme des amants éconduits, les chasseurs de têtes en finance vont voir ailleurs. Histoire de prouver qu’en réalité, ils n’ont pas besoin des banques d’investissement pour vivre et sont parfois même capables de trouver de meilleurs partis.

Coupes budgétaires obligent, les banques recherchent aujourd’hui autant que possible à contourner la structure des commissions utilisée par les chasseurs de têtes – généralement un tiers de la rémunération annuelle du candidat versée en trois tranches : au lancement de la recherche, à la présentation de la « short list » (ou 30 jours après le lancement de la mission), et au placement final du candidat.

« Pour les missions où notre intervention reste indispensable, les banques négocient ardemment, soit sur le taux de la commission, soit sur l’inclusion du bonus dans le calcul, en particulier quand celui-ci n’est pas garanti la première année », relève un chasseur parisien, qui rappelle surtout qu’en banque d’investissement, il y a « moins de recrutements que de licenciements en France ».

Diversification sectorielle et géographique

Aussi les boutiques parisiennes profitent de cette période de grand calme pour nouer ou développer leurs relations avec des acteurs dans des secteurs parallèle comme l’assurance, l’asset management, ou l’IT Finance. « Il m’est arrivé récemment de faire des missions pour des fonds d’investissement pour des postes de responsable de participation », confie un chasseur parisien spécialisé en banque d’affaires. Un nouvel associé l’a rejoint l’an passé pour développer le secteur de la gestion d’actifs et des missions en Suisse. « Moi-même, je suis en train de développer une activité sur le Luxembourg », précise-t-il.

La diversification sectorielle mais aussi géographique est donc en marche. Ainsi, la chasseuse de têtes Diane Segalen, après 20 ans de chasse à Paris, s’est installée cet été à Londres. A cette occasion, sa consœur Odile Couvert, co-fondatrice du cabinet Amadeo Executive Search, nous confiait elle-aussi réaliser désormais la moitié de son chiffres d’affaires à l’étranger.

À La City, environ 70-75% des recrutements des banques d’investissement se font désormais sans le recours à un prestataire externe, nous ont indiqué plusieurs responsables du recrutement de grandes banques à la City lors de la dernière table-ronde organisée par eFinancialCareers à Londres. En 2012, UBS a précisé que seulement 10% de ses postes étaient pourvus grâce aux services de recruteurs externes.

À Londres, les hedge funds et le chant des sirènes

Ce quasi-gel des missions a conduit là-bas aussi les plus grands cabinets de recrutement à opérer de manière urgente une diversification de leurs activités au détriment des services financiers, tout en essayant de maintenir leurs relations avec les banques. Pour les cabinets de recrutements plus entrepreneuriaux, la situation nécessitait simplement une toute autre stratégie.

« Nous nous concentrons surtout sur ​​les hedge funds ces derniers temps, nous explique le directeur général d’un petit cabinet de chasse renommé à Londres. Les banques offrent 25% de la rémunération de la première année du candidat placé, alors que les hedge funds payent encore un taux de 30%. Sur les niveaux de poste sur lequel nous intervenons, cela signifie une commission de 500k livres sterling versus 125k livres maximum pour une mission au service d’une banque. Le choix est vite fait : nous nous détournons des clients bancaires, au moins  le temps que la situation dans le secteur s’améliore. »

La clé de cette stratégie, explique ce dernier, consiste à mettre à profit ses relations avec les banquiers et les traders qui cherchent à changer de secteur, auprès des grands hedge funds avec un fort appétit pour embaucher. BlueCrest Capital Management, Blue Mountain Capital Management et Millennium Partners sont parmi les hedge funds cherchant actuellement à débaucher au sein des banques.

Travailler plus pour gagner moins

Le directeur général londonien d’une grande firme internationale spécialisée dans l’approche directe convient de l’importante baisse des commissions, liée « en grande partie au fait que les bonus garantis sont devenus une denrée rare ». « Il faut placer dix candidats pour obtenir la même rémunération réalisée il y a trois ans avec seulement six placements », argumente-t-il. Pourtant, ce cabinet n’a pas fait le choix de s’éloigner de ses clients bancaires. « Nous travaillons dur pour gagner moins, à l’image de ce qui se passe au sein de l’industrie financière en somme », commente-t-il.

Ce chasseur est surtout prosaïque : les hedge funds recrutent encore plus en direct que les banques, par conséquent ce rebond des missions dans ce secteur n’est que temporaire, selon lui. En outre, il est persuadé que le recrutement en banque d’investissement étant cyclique, la croissance sera bientôt au rendez-vous. D’ailleurs, les signes d’une reprise se multiplient, d’après lui : les banques sont à la fois davantage prêtes à embaucher et aussi à utiliser des recruteurs externes pour le faire.

Les banquiers ont-ils, quant à eux, encore intérêt à passer par des cabinets ? « Nous avons une meilleure vue d’ensemble du marché, nous proposons aux candidats un large éventail d’opportunités et nous sommes capables d’obtenir, pour eux, un meilleur accord salarial », assure ce chasseur londonien.

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