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Ce que les banquiers font vraiment après la banque

Les ex-banquiers sont aspirés dans une autre dimension, composée de hedge funds et de sociétés entrepreneuriales.

Les ex-banquiers sont aspirés dans une autre dimension, composée de hedge funds et de sociétés entrepreneuriales.

Un trou noir s’est formé à la City de Londres. Les chiffres de la Financial Conduct Authority montrent que 21.600 professionnels régulés (« approved persons ») ont quitté les banques et autres brokers depuis 2008. Que sont-ils devenus ? Personne ne le sait vraiment. Plus de 20.000 banquiers ont disparu des écrans radars de la FCA et les rangs des professionnels nouvellement enregistrés par les hedge funds n’ont grossi que de 2.000 personnes sur la période. Un mystère donc ? Pas forcément.

Il y a plus d’ex-traders dans les hedge funds qu’il n’y paraît

Les avocats en charge des dossiers réglementaires affirment que les données de la FCA sous-estiment largement le nombre d’ex-banquiers ayant rejoint le secteur des hedge funds. « La FCA requiert une inscription sur les registres uniquement pour les professionnels qui travaillent avec des clients particuliers », explique Richard Everett, un associé du cabinet d’avocats Lawrence Graham. « Beaucoup de hedge funds sont enregistrés comme des sociétés délivrant des services à des structures offshore. Ces structures sont considérées comme les clients destinataires et les employés de ces fonds n’ont pas besoin d’être enregistrés auprès de la FCA », précise l’avocat.

De son côté, Chris Arnade, un ex-trader pour compte-propre chez Citigroup, nous explique que la plupart de ses anciens collègues qui ont quitté la banque ont en effet rejoint des hedge funds. En réalité, le statu-quo est de mise pour beaucoup : « La plupart des gens que je connais font toujours la même chose chez le même employeur bancaire ».

Chris Arnade était basé à Wall Street (ce qui explique peut-être pourquoi tant de ses amis banquiers sont toujours employés), ses ex-collègues ne peuvent ainsi pas apparaître sur le registre de la FCA. Néanmoins un ex-trader avec une expérience de plus de dix ans de responsable de desks de trading dans de grandes banques à Londres, et qui travaille aujourd’hui pour un hedge fund à Mayfair affirme que le retour d’expérience de Chris Arnade s’applique également à la City : beaucoup d’anciens de ses collègues banquiers ont rejoint le West End. Les autres sont restés en banque et occupent des postes très seniors mais s’ennuient… « Il n’y a plus vraiment de “fun” à travailler dans le secteur bancaire désormais », commente-t-il.

Le Saint Graal du mandat d’administrateur indépendant …

Pour les banquiers seniors en quête à la fois d’un revenu confortable et d’un mode de vie agréable, l’idéal est de cumuler plusieurs mandats d’administrateur non exécutif, qui sont rémunérés chacun environ 20k à 30k livres sterling en Grande-Bretagne pour seulement quelques semaines de travail chaque année. En France, la moyenne des jetons de présence dans les sociétés du CAC 40 est aujourd’hui de 35.000 euros par mandat, et inférieure de l’ordre de la moitié dans les autres sociétés cotées, selon l’Institut français des administrateurs.

Georges Pauget, ancien PDG du groupe Credit Agricole, s’en est fait une spécialité : il est administrateur de Club Med, de Danone Communities, de Tikehau ou encore de Valéo. Isabelle Seillier, l’ex-présidente de JP Morgan en France, mutée à Londres en début d’année, siège également au conseil d’administration de Danone et Club Méditerranée. Cependant, le monde de la finance et de l’audit reste encore sous-représenté en France dans les conseils d’administration.

Outre-Manche, Alan Carruthers, ancien responsable des marchés actions pour la zone EMEA chez JP Morgan, est maintenant administrateur non exécutif d’Hydrodec, une compagnie pétrolière et de produits chimiques. De son côté, John Tattersall, un ancien associé de PricewaterhouseCoopers, spécialiste des réglementations au sein de l’industrie des services financiers, additionne les mandats au sein des conseils d’administrations. Il en a 6 à son actif, dont un siège à UBS Limited et un autre chez Northern Rock. Pour autant, ce n’est pas si simple de décrocher un mandat dans leur domaine. « Il y a trop de conflits d’intérêts, nous a confié John Tattersall. C’est une chose plus aisée pour les banquiers d’affaires spécialisés sur un secteur donné, bien que les sièges restent, même dans ce cas, loin d’être garantis »

Et la réalité de l’entrepreneuriat …

Privés de mandats sociaux, nombreux sont les ex-banquiers à se lancer dans l’entreprenariat, sur plusieurs fronts à la fois. Un ex-trader sur les marché actions détient aujourd’hui quatre cartes de visite différentes. Il est impliqué dans la gestion d’un pub dans la campagne anglaise, d’une société de construction de panneaux solaires, et d’un cabinet de conseil dédié aux hedge funds. « Mes amis de la City blaguent régulièrement en me disant qu’ils me rejoindront dans ma société de panneaux solaires une fois qu’elle aura décollé », nous confit-t-il.

Heather Katsonga-Woodward, une ancienne banquière d’investissement chez Goldman Sachs, a quitté la banque pour mettre en place différents business sur le Web. L’un d’eux, Neno naturel, une société axée sur les produits pour les cheveux naturels des femmes à la peau noire, s’en sort même très bien. Lorsque nous avons contacté Heather Katsonga-Woodward, elle était sur ​​le point de faire une interview avec une station de radio sud-africaine. « C’était presque un accident, vraiment. J’ai commencé à bloguer sur les cheveux naturels des femmes noires, qui n’avaient pas été lissés avec des produits chimiques , et le succès a été tout de suite au rendez-vous. C’est un marché avec un très fort potentiel », explique-t-elle.

Pour le moment, Heather Katsonga-Woodward produit sa propre gamme d’huiles de soins pour cheveux avant de lancer bientôt une gamme plus complète de shampoings et d’après-shampoings. « Je gagne ma vie rien qu’avec ce business, et bientôt ma rémunération dépassera celle que je percevais en banque », assure-t-elle.

La possibilité de travailler dans n’importe où dès lors qu’elle peut brancher son ordinateur portable constitue l’une des plus grandes satisfactions, selon elle. Et de confier : « mes amis, ex-banquiers, plaisantent en me demandant de les embaucher une fois que j’aurais fait assez d’argent. Ils ne s’amusent plus dans leur job. Le secteur bancaire fut une grande industrie, mais aujourd’hui il devient tellement sur-réglementé que tout le monde veut en sortir ».

Certains ont quitté la banque sous la contrainte des « affaires », à l’instar de l’ex-boss de Kerviel, dont nous avions dévoilé il y a peu sa nouvelle passion pour le whisky, une nouvelle activité dont il espère manifestement tirer des revenus prochainement. Ou encore de l’ex-responsable mondial des marchés de crédit de Calyon Loïc Féry, licencié après 194 millions d’euros de pertes par l’un de ses traders, qui semble avoir réussi sa reconversion dans la gestion de fortune et le management du club de football de Lorient.

Cet artice a été rédigé avec la collaboration de Julia Lemarchand. 

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