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L’ex-boss de Kerviel se reconvertit dans le whisky

Nouveau look, nouvelle vie

Nouveau look, nouvelle vie

Loin de l’agitation médiatique qui a entouré hier le nouvel épisode, cette fois prudhommal, du feuilleton judiciaire de l’affaire Kerviel – avec Jean-Luc Mélenchon en guest star – Eric Cordelle, l’ancien boss du “rogue trader”, s’épanouit dans sa nouvelle vie en Bretagne.

Quinze ans d’expérience à la Société Générale à Paris et Tokyo, puis brutalement la finance n’a plus voulu de lui. Qu’à cela ne tienne, ce polytechnicien franco-américain,  père de trois enfants, a décidé d’ajouter une autre corde à son arc que le trading sur produits dérivés. D’après son profil LinkedIn, Eric Cordelle s’est reconverti depuis 8 mois dans la distillation de whisky en Bretagne, berceau du whisky français avec l’Alsace. Exit la reconversion dans le vignoble, vus, revus et re-revus.

Installée tout proche du littoral en plein centre de Saint-Quay-Portrieux, une petite ville bourgeoise des Côtes-D’armor en Bretagne, la « Distillerie Moderne » de l’ex-financier qui arbore désormais une moustache à la José Bové, donnera son premier fût de “single malt” en 2014.

Les Français et le whisky, une histoire d’amour méconnue

Le secteur est porteur de toute évidence : la France est le premier marché mondial en volume pour le whisky écossais, devant les Etats-Unis et la Grande-Bretagne et cet alcool est aussi le spiritueux le plus consommé en France. Or les Français produisent peu : environ 40.000 caisses de 9 litres, selon les estimations pour 2010, alors qu’ils consomment dans le même temps 16 millions de caisses de 9 litres, selon les chiffres que nous a transmis le Centre International des Spiritueux, basé près de Cognac. Ce centre de référence a accueilli Eric Cordelle en avril lors d’un training de 5 jours intitulé « La Connaissance des Spiritueux », avec au programme dégustations et première approche de la distillation.

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Eric Cordelle n’est pas le premier à avoir flairé le potentiel de ce marché, encore largement méconnu en France sinon localement. « En l’espace de 10 années, le marché français est passé de 3 ou 4 producteurs de whisky à près d’une trentaine aujourd’hui », explique Alex Roche, porte-parole improvisé et passionné, qui a lancé le site web FranceWhisky.fr en 2010.

Tout le monde s’y est mis, un peu partout en France, d’abord les distilleries classiques et les brasseurs de bières, et plus récemment des passionnés ou des business men hors des circuits battus de l’industrie des alcools. « Ces derniers temps, on voit s’associer des profils financiers et des personnes issues du monde de l’œnologie notamment », relève Alex Roche.

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Cette diversité de parcours rend aussi « difficile la définition d’un style français : entre les whiskys au goût rustique proche de la bière, ceux plus frais et fruités évoquant davantage les saveurs d’une eau de vie, et les whiskys qui revendiquent une certaine fidélité dans l’approche, le goût et la méthode aux maîtres écossais », fait remarquer Alex Roche. Certains producteurs vont plutôt réaliser des assemblages alors que d’autres préfèrent produire du Single Malt. Le choix de distribution, entre cavistes haut-de gamme et grande distribution, peut également varier.

Un projet encore très discret

De quel courant Eric Cordelle va-t-il se revendiquer ? Quel type de whisky va-t-il produire ? Mystère. Contacté, l’ex-responsable du desk Delta One de la Société Générale  n’a pas souhaité communiquer. « Trop tôt », argumente-t-il.

Son projet intrigue les connaisseurs et les producteurs locaux contactés, qui n’étaient pas au courant du lancement de la « Distillerie Moderne ». Pour mériter l’appellation whisky, cette eau-de-vie de céréales fermentées, de bière en quelque sorte, nécessite théoriquement un vieillissement en fût d’au moins trois années. Or Cordelle annonce sur LinkedIn une production dès 2014.

Antoine Bocheux, chargé d’études et de veille au Centre International des Spiritueux, basé près de Cognac, explique « qu’un whisky jeune d’au moins deux ans peut plaire aux amateurs et avoir une certaine typicité sous certaines conditions (qualité des matières premières, choix des fûts, soin apporté à la distillation) ».

Pari ambitieux mais risqué

Séduisant en apparence, le pari de Cordelle n’en est pas moins risqué, si l’on en croit  David Roussier, dirigeant de la plus importante distillerie en France, la distillerie Warenghem à Lannion, à 30 km seulement de celle de l’ex-banquier. « La mise de départ peut être extrêmement lourde. Entre le bâtiment, le matériel, les fûts, il faut compter au minimum un demi-million d’euros. Sachant qu’en principe il y a zéro chiffre d’affaires et uniquement des dépenses pendant trois ans », confie David Roussier, dans une autre vie auditeur chez Ernst&Young à Genève couvrant le secteur bancaire, avant de reprendre la distillerie familiale. En outre, confie ce dernier : « avec la crise, ce marché s’est légèrement contracté avec des ventes en baisse en France pour la première fois en 30 ans ».

Sur les registres la société d’Eric Cordelle affiche 125.000 euros de capital social. L’ex-banquier n’est pas cependant sans filet : le retrait de plainte aux Prudhommes en mars 2013 laisse penser certains qu’une somme satisfaisante en a été négociée avec SocGen en sa faveur. En outre, le quadra a monté en parallèle une société de conseil financier, EC2, lancée en février 2012 également à Saint-Quay-Portrieux.

« Pour réussir dans le whisky, il faut une grande technicité, être entouré et surtout être un bon commercial, savoir parler de son produit et de ses spécificités, bien choisir son image de marque et ses distributeurs », relève Antoine Bocheux.

La recette a fonctionné pour la distillerie Warenghem, premier à vendre du whisky en France en 1987, sous le nom “Armorik”. Plus de 25 ans plus tard, Armorik est élu meilleur whisky Européen. C’était il y a trois mois. Un prix qui booste l’image de marque à l’étranger du producteur, premier producteur français également à se lancer à l’assaut du marché international. « Avec un certain succès, y compris en Ecosse quoique certains marchés restent difficiles à pénétrer notamment les Etats-Unis et l’Asie », explique David Roussier, dont la société emploie désormais 13 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 2,6 millions d’euros. « Ce n’est pas le meilleur secteur pour faire fortune, assure-t-il cependant. Les marges peuvent être confortables mais le business est moins rémunérateur que la finance ».

L’imagination des financiers est sans limite en matière de reconversion professionnelle : de la production vinicole (très nombreux sont ceux tombés sous le charme du film “A Good Year“), au business des nouvelles applications I-Phone en passant par la location de yachts sur la côte d’Azur, nous confie un chasseur parisien. Avec plus ou moins de succès. « Beaucoup déchantent. Salariés pendant 20 ans, ils n’ont pas forcément de bons réflexes. Surtout le marché ne les a pas attendu… », confie ce chasseur parisien. Eric Cordelle et son projet de distillation de whisky pourrait bien, après tout, faire mentir ce consultant.

commentaires (1)

Comments
  1. ” La parole est d’argent, mais le silence est d’or “

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