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Banquiers, pourquoi ils plongent dans la galère de la politique

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Que penser de ces banquiers qui se lancent dans une carrière politique, à l’instar de François Vigne, fondateur et Managing Partner de Sycomore Corporate Finance, qui vient d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2017 ? La plupart de ceux qui font ce choix occupent des postes à responsabilité au sein de leur établissement financier. Ambition professionnelle et politique font généralement bon ménage.

Ah l’appétit du pouvoir… Si les hommes politiques et banquiers d’investissement partagent souvent un goût certain pour la représentation, le réseautage et le prestige associé à la fonction, il n’existe pas pour autant de portrait type du banquier politicien. Certains sont des militants de la première heure ou ont carrément débuté leur carrière par la politique, d’autres se sont découvert une vocation politique sur le tard.

La tradition française veut néanmoins que des dorures des palais de la République à celles des conseils d’administration des grandes banques françaises (et vice et versa), il n’y ait qu’un pas. De BNP Paribas (Michel Pébereau, Baudouin Prot) à Société Générale (Daniel Bouton, Frédéric Oudéa) en passant par Crédit Mutuel (Étienne Pflimlin), tous les établissements bancaires abritent ou ont abrité en leur sein des dirigeants issus d’un cabinet ministériel.

Non, les banquiers ne sont pas tous de droite !

Coupons court aux clichés, tous les banquiers ne sont pas de droite. Ainsi, depuis son passage dans les cabinets ministériels de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius, le directeur général délégué de la banque Lazard en France et vice-président de Lazard en Europe, Mathieu Pigasse, est resté proche du Parti Socialiste. Il est membre du conseil d’administration de la Fondation Jean-Jaurès, think tank du parti socialiste, ainsi que de la fondation pro-européenne EuropaNova.

Idem pour Stéphane Boujnah, qui dirige l’ensemble des activités “Global Banking & Markets” de Santander pour la France et le Benelux. « Mon engagement à gauche est le fruit d’un parcours personnel issu de l’immigration », explique t-il. Jadis conseiller technique auprès du cabinet de DSK, président-fondateur du think tank En temps réel et membre fondateur de SOS Racisme, il reste un proche du PS. Sans oublier enfin Emmanuel Macron, que l’on ne présente plus…

La rémunération est rarement un moteur pour ces banquiers hybrides. « Avec mes indemnités d’élu local, je ne pourrais pas vivre décemment », nous assure l’un d’entre eux sous couvert d’anonymat. Tous se lancent en politique officiellement pour peser sur l’avenir de leur pays, notamment en matière économique, sur des sujets qu’ils maîtrisent bien via un parti politique ou un think thank. C’est aussi pour exister, autrement.

Pour Stéphane Boujnah, la définition d’un individu ne se réduit pas à son activité professionnelle. « Au delà du monde marchand, s’engager dans le débat public permet d’analyser, et parfois d’influencer, des domaines de la société extérieurs à la vie des affaires. Cela permet surtout de partager des choses avec des personnes engagés dans des activités, des vies, des difficultés et des réussites diverses qui font notre lien social. Car ce qui menace le plus un financier, c’est l’enclavement intellectuel », explique ce banquier, très soucieux cependant de ne pas mélanger les genres.

Comment concilier finance et politique…

Les banquiers qui font de la politique jouent plutôt la carte de la discrétion dans leur univers professionnel. Sur son profil Linkedin, Franck Margain ne se présente pas comme conseiller municipal conseiller régional d’Ile-de-France ni comme président-délégué du Parti Chrétien Démocrate mais seulement comme managing director chez Deutsche Bank. Il faut dire que les équipes, à commencer par le management de la banque, ne voit pas toujours d’un bon œil ceux qui tentent de concilier business et politique.

« On ne m’a jamais reproché ma fonction mais j’ai bien compris que parfois cela avait pu freiner ma progression », déplore Arnaud de Courson qui, après un riche parcours bancaire (Deutsche Bank, CCF, Crédit Lyonnais…) s’est lancé dans la chasse de têtes et dirige aujourd’hui le cabinet de conseil en recrutement Alveol Partners Executive Search. Ce chasseur de têtes est tombé dans la marmite politique très tôt lorsqu’il était étudiant à Dauphine et après avoir siégé près de 10 ans au conseil municipal de Levallois, et affronté le maire de la ville Patrick Balkany sous l’étiquette divers droite en mars 2014.

« Certains métiers comme trader qui nécessitent une présence quotidienne sont peu compatibles avec une carrière politique », reconnaît cependant Arnaud de Courson, qui nous avoue aujourd’hui consacrer jusqu’à deux jours par semaine à son mandat de conseiller général des Hauts-de-Seine. A ces contraintes de gestion de l’emploi du temps peuvent parfois venir s’ajouter des situations de conflits d’intérêts. « Il faut jouer la carte de la transparence vis à vis de son employeur et s’interdire de mêler sa fonction politique au business, commente Arnaud de Courson. Pour lui, en cas de doute, pas d’autre choix que de consulter le service de déontologie de son établissement quitte ensuite à stopper l’opération sur laquelle on travaille.

« J’ai pris toutes les dispositions nécessaires, avec mes associés et grâce à la force de notre équipe, pour que mon engagement n’affecte pas notre activité, ni la qualité des prestations que nous rendons à nos clients », explique de son côté François Vigne qui continuera donc à exercer ses responsabilités de Managing Partner chez Sycomore Corporate Finance. Comme quoi il est possible de concilier finance et politique, à la condition de prendre les devants afin de bien séparer les deux activités.

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