☰ Menu eFinancialCareers

INTERVIEW : L’emploi des Belges augmente à Luxembourg alors que les banques belges y diminuent en importance

eFinancialCareers : Marc Willem, Vous présidez l’Union Royale Belge, la plus ancienne des associations de Belges du Grand Duché de Luxembourg. Combien y a-t-il de membres ? Comment fonctionne t-elle ?

Marc Willem : L’URB suite à la relance initiée il y a maintenant presque une année, et suite au partenariat avec le groupe Belgians in Lux, lancé par Nicolas Kadri sur LinkedIn, regroupe quelques 1 172 membres. Ces membres sont des Belges résidant au Grand-Duché de Luxembourg, des frontaliers. Ils sont issus des trois communautés (wallonne, flamande et germanophone). D’ailleurs, le conseil d’administration de l’URB/BKV comprend des représentants de chaque communauté et un vice-président de nationalité Luxembourgeoise. Nous avons également quelques 10 % de membres qui sont amis des Belges, principalement des Luxembourgeois et des Français. L’URB, en moins d’un an avec ses activités et le rapprochement de Belgians in Lux , est donc à nouveau en très bonne forme et est redevenue la première association de tous les Belges et de leurs amis au Grand Duché de Luxembourg.

eFC : Sur les quelques 40 000 Belges qui travaillent au Grand Duché, savez-vous combien travaillent dans le secteur financier ?

M. W. : Je pense qu’il est important de d’abord voir la situation globale des étrangers au Grand-Duché du Luxembourg, de relativiser la taille de notre communauté belge sur l’échelle internationale et luxembourgeoise pour ensuite pouvoir comprendre plus en détail son importance sur le marché local de l’emploi et plus spécifiquement dans le monde de la finance.

Sur les 511 800 habitants, le Grand-Duché compte 221 300 étrangers, soit 43 %, sa capitale en recense même 65 %. Le Luxembourg est un bon pays d’accueil et des efforts sont entrepris par le gouvernement afin d’assurer l’intégration des étrangers. La diaspora belge au Luxembourg est la quatrième au monde en importance après celle des Belges résidant en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. Il y a d’après le Statec près de 17 000 belges qui résident au Grand-Duché. Les Belges du Grand-Duché de Luxembourg représentent la 4e communauté d’étrangers résidents, soit 7,7 % des résidents étrangers et viennent après la communauté portugaise (36 %), les Français (14 %). Ils se partagent le rang avec les Italiens (7,9 %), suivant la source des chiffres utilisée. Certains Belges ont désiré faire la demande pour accéder à la nationalité luxembourgeoise en vertu des lois d’intégration mises en place par le Grand Duché de Luxembourg.

Il y a plus de Belges qui cherchent un emploi au Luxembourg que de Luxembourgeois cherchant à travailler en Belgique… Ceci témoigne du succès du Luxembourg et de sa politique d’accueil. La Ville de Luxembourg est la ville la plus internationale en Europe, puisque les nationaux y sont minoritaires. Les attraits du Luxembourg sont connus (fiscalité, niveau des salaires, pensions, qualité de vie, multilinguisme volontaire, stabilité, sécurité…). Il ne fait pas de doute que beaucoup de Belges surtout jeunes, sont attirés par un emploi ici, d’autant plus que pour certains, surtout francophones, les perspectives en Belgique sont affectées par les problèmes de notre pays.

eFC : Revenons au secteur financier. Dans quelles activités travaillent les Belges ? Quels sont leurs principaux employeurs ?

M. W. : La Place financière accueille 144 banques, dont 11 ont une maison-mère en Belgique. Elle accueille aussi 307 professionnels du secteur financier (PSF). Dès que vous mentionnez que vous travaillez au Grand-Duché de Luxembourg, on vous demandera dans quelle banque vous travaillez… Eh bien, contrairement à ce que tout un chacun semble penser, le secteur financier, établissements de gestion et les banques représentent seulement quelque 12 % de l’ensemble de la masse des travailleurs du Grand Duché du Luxembourg, soit 42 599 postes. Néanmoins, fait spécifique au secteur financier, la proportion de main d’ceuvre qualifiée venant de l’étranger est d’environ 80 % ! Elle est estimée à 33 936 postes dont approximativement quelques 4 200 Belges qui travaillent dans la finance !

Les secteurs d’occupation principaux des Belges dans le monde financier est en adéquation avec la taille des différentes entreprises du secteur. Les Belges travaillant au Grand-Duché sont occupés par plusieurs sociétés et se retrouvent donc particulièrement parmi les 14 principaux employeurs de la place. Entre 3 000 et 5 000 employés : BGL BNP Paribas, le Groupe Dexia BIL. Entre 1 000 et 2 000 employés : la Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat, la KBL European Private Bankers, PWC, Deloitte, le Groupe Société Générale Bank & Trust, Clearstream. Entre 600 et 1 000 employés : le groupe Caceis, KPMG, le groupe ING, Banque de Luxembourg SA, la State Street Bank Luxembourg SA, Banque Privée Edmond de Rothschild Europe SA, Groupe DZ Bank

De nombreux belges travaillent également dans les institutions internationales installées au Grand Duché de Luxembourg, sans toutes les nommer, les principales sont : la Commission Européenne, la Banque Européenne d’investissement, la Cour de Justice Européenne, le Parlement Européen, l’Agence Logistique de l’OTAN (NAMSA)… Ces institutions emploient plus de 11 000 fonctionnaires internationaux dont près de 13 % de Belges.

eFC : Pendant la crise, les Belges ont-il souffert des suppressions de postes ou du gel des embauches qui ont pu avoir lieu sur la place luxembourgeoise ? Avez vous observé des mouvements de retours ou bien d’expatriation vers d’autres destinations ?

M. W. : La crise financière qui a ébranlé le monde n’a pas épargné le Luxembourg qui a connu de nombreux licenciements, des fermetures et des délocalisations. Le taux de chômage a atteint un pourcentage record de 7,1 %. Les plus touchés par cette crise ont été les frontaliers, dont de nombreux Belges qui ont du changer d’orientation professionnelle et essayer de retrouver un travail en Belgique pour d’autres.

eFC : Depuis la sortie de crise financière, des recruteurs en finance nous disent qu’ils se tournent à nouveau vers les frontaliers, et notamment les Belges. Vous confirmez ?

M. W. : Les travailleurs frontaliers belges sont de l’ordre des 38 018, chiffre auquel il faut ajouter les travailleurs belges résidant au Grand-Duché de Luxembourg. Le paradoxe est que l’emploi des Belges augmente alors que les entreprises belges diminuent en importance relative au Grand-Duché. Du temps de l’association monétaire belgo-luxembourgeoise, il y avait une préférence pour un approvisionnement en Belgique. Ce n’est plus le cas dorénavant.

Pour assurer son développement, le Luxembourg opte résolument pour l’immigration de personnel ; les Universités belges sont reconnues, en particulier dans les secteurs du droit et de l’économie. Peut-être, pour un certain temps encore, y aura-t-il plus de Belges au bas de la hiérarchie qu’au sommet des entreprises. On observe toutefois une évolution : même le secteur public luxembourgeois s’ouvre petit à petit aux non Luxembourgeois, ce dont peuvent profiter les Belges. Si l’on prend l’exemple de la jeune Banque Centrale du Luxembourg, on voit qu’elle occupe des agents de 17 nationalités différentes dont 47 % de Luxembourgeois, 23 % de Français, 13 % de Belges et 7 % d’Allemands.

Les frontaliers ont toujours occupé une place importante dans le milieu du travail luxembourgeois grâce à leurs compétences professionnelles et à leur expérience. Dans ce contexte, les Belges ont souvent été fort appréciés par leur connaissance en langues, leur motivation, leur disponibilité et leur mentalité.

eFC : Quelles sont justement les qualités appréciées des Belges par les employeurs au Luxembourg ?

M. W. : La Place financière, dans le temps, était dominée par des groupes bancaires belges ; ce n’est plus le cas actuellement. La dernière grande banque belge est à vendre (KBL). C’est dire que les Belges sont recrutés non pas à cause de leur nationalité, mais parce qu’ils ?se sont adaptés aux exigences des employeurs.

Les Belges sont de bons travailleurs, sérieux, dynamiques et généralement conviviaux… Ils ne sont pas des inconnus sur le marché du travail, leur présence et leur réputation remontent au XIXe siècle. Les liens historiques et économiques entre la Belgique et le Luxembourg créent un climat de confiance. Des parties de la population autochtone considèrent les Belges toujours comme des cousins lointains. Après la France, le Luxembourg est le deuxième pays des Belges pour passer des vacances de loisirs.

Enfin, les Belges ont l’avantage de connaître la langue administrative du pays. Ils semblent aisément se mettre à l’anglais (en importance croissante) et à l’allemand (les Belges germanophones sont très recherchés). Un petit bémol à cela : il semble que les frontaliers, dont les Belges, soient jugés quelque peu socialement contestataires… !

eFC : Vous voulez relancer les activités de l’association et lui donner une nouvelle dynamique en rassemblant tous les Belges des trois communautés : wallonne, flamande et germanophone résidant au Grand-Duché. Comment comptez-vous vous y prendre ?

M. W. : J’ai repris les rênes de l’URB/BKV le 19 juillet 2010 avec un programme basé sur deux axes principaux et sur la communication : le premier axe est celui de rassembler les Belges (résidents ou non) autour des événements conviviaux Belgians in Lux – by URB . Ce que le Belge aime, se retrouver autour d’une bonne bière, avec de quoi grignoter… et en bonne compagnie !

Ces retrouvailles se font dans la bonne humeur avec notre bonhomie bien à nous, chose que les amis des Belges apprécient beaucoup ! Le second axe est celui du Belgian Business club – by URB , un club qui sera ouvert aux décideurs belges et non belges de la place et de la Grande Région. Le Belgian Business Club – By URB permettra de reformer et de sceller le noyau de l’URB/BKV nouveau. Les deux axes sont différents, néanmoins l’un fera l’émulation de l’autre…

eFC : Enfin, comment nos lecteurs peuvent-ils entrer en contact avec vous ?

M. W. : Pour participer aux prochaines soirées, devenez membre de l’URB (Union Royale Belge) ! Que vous soyez belges ou amis des Belges, il suffit de vous inscrire sur le réseau LinkedIn Groupe Belgians in Lux pour commencer à nous suivre sur la toile, ainsi que par e-mail auprès de <a href="mailto:register@urb-bkv.lu "Marc Willem (Président de l’URB) en précisant le type d’activité auquel vous souhaitez participer ainsi que quelques informations sur vous (nom, prénom, fonction, société, adresse et téléphone perso, GSM, nom de la société…).

commentaires (0)

Comments

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici