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L’anglais à la fac : un espoir pour les étudiants en finance ?

Banking resume

Les étudiants des universités sont bien plus attirés par l’idée de faire carrière en banque que les étudiants des écoles de commerce et d’ingénieurs. Encore faut-il que les établissements financiers dans lesquelles ils rêvent de travailler veulent bien d’eux, sachant que leur niveau d’anglais peut constituer un facteurs de « rejet », contrairement aux business schools françaises où depuis plusieurs années déjà l’anglais s’est imposé comme langue unique.

Mais les choses risquent de changer puisque les députés français viennent tout juste de donner leur feu vert au projet de loi présenté par la ministre de l’Enseignement supérieur Geneviève Fioraso, dont l’une des propositions phares vise à ce que le français ne soit plus la langue exclusive de l’enseignement, des examens, des concours et des thèses au sein des universités françaises, comme le stipulait la loi Toubon de 1994. L’objectif visé est triple : attirer davantage d’étudiants étrangers (notamment des pays émergents), régulariser la situation des enseignements de master et de doctorat (déjà délivrés pour certains en langues étrangères) et renforcer la formation des étudiants aux carrières internationales.

Le projet de loi répond aux attentes de nombreux universitaires. « Nous voulons que tous les cours soient enseignés en anglais car les métiers sont globalisés et les recrutements sont désormais internationaux », explique Carole Gresse, professeur de finance à l’université Paris Dauphine. Mais aussi aux attentes des recruteurs dont la plupart jugent insuffisant le niveau d’anglais des étudiants en finance à l’université. « Seuls les candidats issus d’écoles de commerce sont en général capables de soutenir une discussion en anglais de plus de 10 minutes, voire de l’animer et étoffer l’échange, constate Didier Muller, consultant au sein du cabinet RH Process. A moins d’adopter une démarche personnelle au niveau des langues vivantes et d’effectuer des séjours linguistiques, l’étudiant universitaire n’est pas capable de maîtriser l’anglais car il s’agit le plus souvent d’une option facultative mineure et complètement délaissée ». L’écart avec les étudiants des écoles de commerce se creuse encore un peu plus du fait que ces derniers optent souvent pour une année de césure à l’étranger, quand ils n’apprennent pas une troisième langue pour s’insérer sur des marchés émergents.

Quand la langue de Shakespeare fait débat

Avant d’être voté, le projet de loi a eu ses partisans mais aussi ses adversaires. Le débat a largement dépassé les clivages politiques traditionnels. « Si nous laissons l’anglais s’introduire dans nos universités, si nous le laissons, seul, dire la science et le monde moderne, alors le français se mutilera et s’appauvrira. Il deviendra une langue banale, ou pire, une langue morte », s’est insurgé l’écrivain Bernard Pivot (de l’Académie Goncourt) dans La Croix. Dans une tentative visant à dépassionner le débat, Geneviève Fioraso a rappelé que la mesure avait une portée limitée et que « moins de 1 % des cours » dans les facs seront concernés par le nouveau dispositif.

Or, une étude de l’INED relève que l’anglais est déjà fréquemment utilisé dans les universités et les écoles publiques avec un quart des universitaires français donnant des cours en anglais “régulièrement” ou “à l’occasion”, soit 11% des cours délivrés en anglais (notamment dans la recherche). Au total, près de 800 formations intégralement dispensées en anglais, essentiellement dans les écoles de commerce et d’ingénieur mais aussi dans les masters universitaires, souvent en dehors des exceptions prévues par la loi Toubon. Il en va de même pour l’année de césure à l’étranger, de  plus en plus fréquente dans les cursus finance à l’université comme par exemple Paris Dauphine où  70% des étudiants en Master 1 Finance optent  aujourd’hui pour cette formule.

Vue de l’étranger, la polémique fait plutôt sourire à l’heure de la mondialisation où l’anglais est devenu la langue des affaires par excellence. Les médias britanniques en ont d’ailleurs fait leur choux gras à l’instar du Daily Telegraph qui a pris le parti d’en rire en publiant cette semaine un éditorial en franglais :  « If Anglais est allowé dans les rooms de classe, Français will becomez une “dead language”, pensent les grandes fromages. Sacré bleu ! ». Sauf que tout le monde ne l’entend pas de cette oreille, y compris à l’étranger. Dans une tribune publiée dans le quotidien Libération et titrée « Français, gardez votre langue à l’université », un groupe d’universitaires étrangers rappellent que la raison pour laquelle ils nous envoient leurs étudiants, c’est justement pour une autre façon de penser, un modèle culturel alternatif aux modèles anglo-saxons dominants.

Le niveau d’anglais, frein à l’intégration professionnelle

Dans les classements internationaux, la France fait toujours figure de mauvais élève et ne se classe que  23ème sur 54 dans l’indice de compétence en anglais EF-EPI 2012, derrière la plupart des pays européens, y compris l’Espagne, le Portugal et la Pologne, et juste devant l’Italie. « Les séjours en immersion, le niveau éducatif et le rythme appliqué aux cours de langue restent encore trop insuffisants alors que la parfaite maîtrise de l’anglais devrait être une condition de réussite scolaire », pointe Antoine Morgaut, CEO Europe Continentale et Amérique du Sud chez Robert Walters. Dans la pratique, de plus en plus d’établissements financiers exigent un niveau minimum d’anglais pour leurs recrutements, validé par l’obtention d’un certificat comme le TOEFL (Test of English as a Foreign Language) ou le TOEIC (Test of English in International Communication).

Et encore, cela n’est souvent que le minimum requis. En France, l’apprentissage de l’anglais est trop littéraire et déconnecté de l’anglais parlé actuel. « Nombreux sont les candidats qui estiment leur anglais courant alors qu’il ne s’agit que de franglais usuel ! », poursuit Didier Muller. C’est pourquoi certains cabinets de recrutement n’hésitent pas à tester le niveau d’anglais de tous les candidats par des natifs qui jugent de leur capacité à comprendre et converser. « Mieux vaut être réaliste pour ne pas avoir de mauvaise surprise. Si la personne n’est pas capable de poursuivre l’entretien en anglais, cela peut faire mauvaise impression », avertit John Murat, directeur des opérations chez Approach People Recruitment.

En attendant que la langue de Shakespeare débarque dans les formations universitaires, les étudiants désireux de combler leurs lacunes ont l’embarras du choix. « Intégrer l’anglais dans son quotidien est la meilleure méthode pour s’améliorer de façon significative », recommande Coralie Girard-Claudon, responsable du bureau parisien d’Approach People. Partir en vacances à l’étranger, écouter la radio en anglais dans les transports, regarder des films et séries TV en VO (quitte à opter pour les sous-titres en français), consulter des sites internet et blogs en anglais, suivre des comptes anglophones sur les réseaux sociaux et surtout lire les actualités en anglais. « Car parler la langue est une chose mais il est aussi important de savoir s’exprimer à l’écrit ! », conclut John Murat.

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