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Voici pourquoi les patrons de l’industrie financière sont de mauvais CEO

Australian business unhappy with visa clampdown

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La célèbre Harvard Business Review a publié dans son édition de janvier-février une étude intitulée « Best-performing global CEOs 2013 ». Le moins que l’on puise dire, c’est qu’elle ne fait pas la part belle aux dirigeants de l’industrie financière puisque seuls 5 d’entre eux parviennent à se hisser dans ce top 100. Une véritable hécatombe.

Les trois chercheurs de l’INSEAD, l’une des business school françaises les plus présentes à l’international, ont adopté ici une approche innovante, qui consiste à évaluer les dirigeants sur la base des résultats financiers dégagés sur la durée entière de leur mandat (plus-value des titres et des dividendes distribués tout en les modérant selon les performances du pays, du secteur et du marché). Les critères sociaux et environnementaux ont également été pris en compte.

Sur les 5 rescapés de la finance, 3 ne sont plus en fonction

Pas moins de 3.143 PDG de 64 nationalités ont vu leur travail ainsi scruté pendant plusieurs années (la précédente et première édition date de janvier 2010). Sur cet échantillon, 19% sont issus de l’industrie financière et pourtant seulement 5% d’entre eux parviennent à figurer dans le top 100.

Pire parmi ces 5 rescapés, seuls 2 sont toujours en fonction : Wang Dongming aux commandes de la première banque d’investissement chinoise Citic Securities depuis 2002 et David Simon, à la tête du premier fonds de placement immobilier aux Etats-Unis Simon Property Group en poste depuis 1995. Les trois autres – deux américains Stanley Fink de Man Group, William A. Osborn de Nothern Trust et le hongkongais Kong Qingdong de la China Overseas Land and Investment – ont quitté respectivement leurs fonctions, en 2007, 2008 et 2007.

Peu de bons et beaucoup de très mauvais CEO

« Les dirigeants de cette industrie ont considérablement sous-performé », commente Urs Peyer, Professeur associé de Finance à l’INSEAD, qui nous apprend également que dans le bas du classement, non publié, c’est-à-dire entre le rang 3.043 et le rang 3.143, on ne retrouve pas moins de 24 CEOs de l’industrie financière.

« Cette surreprésentation au bas et sous-représentation au top du classement n’est pas complètement surprenant compte tenu de la crise financière », ajoute-il. Cela dit, le chercheur rappelle que les résultats ont été modérés au regard des performances à l’échelle du secteur. La crise n’explique donc pas tout.

Une industrie handicapée par des politiques de rémunération trop généreuses

Urs Peyer évoque alors une hypothèse, celle d’une industrie de services, qui repose énormément sur le relationnel des employés (banquiers d’investissement, banquiers privés…) avec les clients. « Ceci signifie que les profits tirés de cette relation doivent être nécessairement partagés avec les employés », résume-t-il.

À la seule différence que dans les autres industries, la part des revenus accordés aux employés atteint une certaine limite, y compris lorsque les profits augmentent. « En finance, c’est différent, les salariés continueront de toucher disons 50% des profits alors que les actionnaires ne seront pas beaucoup plus rétribués lors d’une année exceptionnelle, suggère Urs Peyer. À l’inverse, ces derniers feront davantage les frais d’éventuelles pertes tandis que les rémunérations des salariés resteront élevées en comparaison ».

Aussi, quelque soit la stratégie adoptée par les acteurs, le business model de cette industrie ne permettrait donc pas aux CEO de créer énormément de valeur pour les actionnaires sur le long-terme.

Les actionnaires souffrent de la crise plus que les employés

D’autres chercheurs comme Meziane Lasfer, professeur de finance à Cass Business School, arrivent à la même conclusion. Au cours de ces dernières années, les coûts liés à la masse salariale ont continué à croître alors que les dividendes versés aux actionnaires ont, eux, fléchi, nous dit-il.

Et ce citer le cas des banques britanniques : « Les dividendes distribués entre 2005 et 2011 ont baissé d’environ 60% pendant que le coût de la masse salariale a augmenté de 67% ». Meziane Lasfer fait également remarquer que dans les principales grandes banques internationales, la part de la masse salariale par rapport aux revenus est passée de 45% en 2006 à plus de 60% en 2011. Cependant, il ne s’agit que de moyennes recouvrant des situations disparates, insiste le professeur.

La généreuse politique redistributive du secteur n’est pas cependant une explication suffisante, selon lui. Le chercheur questionne aussi la méthode, qui pourrait surpondérer le facteur sectoriel au détriment de la performance personnelle.

Distribution des rémunérations inégalitaire

BNP Paribas a vu son pay out ratio (taux de distribution des bénéfices aux actionnaires) chuter de 40% en 2007 à 25% en 2011. « Baudouin Prot a-t-il pour autant été un mauvais patron alors qu’il a permis au groupe de se développer tout en renforçant son capital ? », interroge un analyste bancaire français qui a souhaité gardé l’anonymat.

Frappé par la crise, le secteur est structurellement moins rentable. « Il faut cependant prendre en compte le développement d’un groupe et le leadership du CEO pour en valider ses qualités », plaide cet analyste, pour qui Jamie Dimon à la tête de JPMorgan, la plus grande banque américaine en termes d’actifs, figure ainsi parmi les plus grands patrons de notre ère. Mêmes louanges adressées à Alfredo Sáenz Abad, patron de Sandanter, premier établissement bancaire de la zone euro.

« En outre, avec 200.000 suppressions d’emplois sur ces deux dernières années dans l’industrie bancaire, on ne peut pas affirmer non plus que les employés sont sortis grands gagnants de la crise », relève cet analyste.

Certes, mais tous n’ont pas payé le même prix. C’est peut-là l’une des grandes faiblesses des CEO de cette industrie. Si l’on se penche à nouveau sur les rémunérations, on constate en effet une hausse de la part des plus hauts salaires dans l’enveloppe globale des rémunérations. Ce sont en tout cas les conclusions d’Olivier Godechot, chercheur au centre de recherche français CNRS, et auteur de Working Rich. Selon les données qu’il a récoltées, la part du centile supérieur (le 1% des rémunérations les plus élevées) chez BNP Paribas en France avoisinait les 3% de la masse salariale jusqu’à la fin des années 90, avant de bondir dans les années 2000 jusqu’à atteindre 12% en 2008, pour redescendre légèrement à 8,3% en 2009, sous l’effet de la crise, puis de remonter dès l’année suivante et approcher à nouveau les 10% en 2011.

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Source : Olivier Godechot à partir des bilans sociaux de BNP Paribas

Des CEO issus trop souvent du sérail

On l’aura compris, il n’est pas seulement question de mauvaises performances financières ici, mais aussi de culture d’entreprise et de leadership. « Pour ces CEOs, payer de larges bonus à certains employés est vu comme une nécessité immuable, peut-être parce qu’ils touchent eux-mêmes de gros bonus », analyse Chris Roebuck, également enseignant à la Cass Business School, qui rappelle que la grande majorité de ses dirigeants sont issus de ce secteur. Voilà pourquoi ils seraient incapables de réformer en profondeur ce mode de fonctionnement. « Le statu quo les arrange personnellement », résume Chris Roebuck.

Aux actionnaires donc de se montrer plus agressifs pour obtenir leur part du gâteau. Et ce professeur de conclure : « Faire venir des CEO d’autres industries pourrait être également une bonne idée. Histoire de commencer à rompre avec ces pratiques et ce leadership peu concluants ».

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