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OPINION : Un projet d’expatriation ne laisse aucune place à l’improvisation

Francis Binoche

Quelles que soient leurs fonctions, les cadres ayant une expérience à l’international ont une rémunération sensiblement, supérieure de 50 % en moyenne, à ceux qui sont restés dans l’Hexagone. La finance est globale, les financiers doivent l’être aussi.

Partir : oui mais comment ? Cette décision ne s’improvise pas. Trois conseils pour les financiers qui veulent optimiser leur expatriation : 1) définissez un cahier des charges personnalisé de votre mobilité ; 2) communiquez positivement sur votre mobilité ; 3) négociez au mieux les modalités de votre départ.

1) La famille doit être dans la boucle

Pour apparaître déterminé face à votre employeur actuel ou potentiel, il faut arriver à lui montrer que votre famille l’est tout autant. Cette exigence est incontournable : il faut discuter et préalablement définir EN FAMILLE les grandes lignes de cette mobilité.

Pour être en phase avec vos proches sur le cahier des charges de votre mobilité, travaillez par petites touches . Faites-les d’abord rêver !

Suivent les questions pratiques et essentielles :

– Votre conjoint a un emploi auquel il tient, est-il prêt à l’abandonner, à vous suivre, dans quel délai ? De plus en plus de groupes offrent au conjoint un bilan de compétences qui lui permettra de mieux se positionner sur le marché local, profitez-en !

– Vous tenez à votre nouvel appartement ? Prenez vos dispositions pour le louer en meublé , c’est un dispositif sécurisant.

– Vous êtes ambitieux pour vos enfants, inscrivez dans votre cahier des charges n’importe où dès lors qu’il y a un lycée français . Et il y a du choix avec plus de 400 établissements répartis dans 130pays.

Peu de problèmes sont insolubles. Un directeur financier dans l’industrie basé à Paris s’était engagé auprès de son ex-femme à une garde alternée un grand week-end par mois de leurs enfants basés à Lyon. Je l’ai convaincu d’accepter un beau poste à Prague : 2 h d’avion Paris-Prague n’est pas plus compliqué que 2 h de TGV Paris-Lyon, c’est juste un peu plus cher, mais cela a été pris en compte dans le salaire.

2) Dire haut et fort ses velléités de mobilité

Le paramètre de la mobilité peut multiplier par 2 la taille de votre marché de l’emploi. Non seulement il augmente le nombre de postes auxquels vous pouvez prétendre mais il vous permettra d’être contacté plus souvent et d’élargir votre champ des possibles.

L’essentiel est de communiquer largement sur votre désir de mobilité: mentionnez-le sur votre CV à côté de votre situation familiale en choisissant la formule la mieux adaptée à votre cas ( grande mobilité à l’international , mobilité Europe et Amérique du Nord , mobilité France et pays limitrophes… ). Partagez vos rêves d’expatriation avec vos collègues, vos amis, votre réseau, ils s’en souviendront.

Vous pouvez aussi jongler sur le côté un peu indiscret de certains réseaux sociaux : faites des photos de votre conjoint japonais, de votre pied-à-terre à New York, de vos nombreux voyages au bout du monde sans oublier vos nombreuses connexions en Asie que vous afficherez sur Linkedin.

Enfin, il n’y a pas d’âge pour un projet d’expatriation. La mobilité est même un antidote puissant contre le handicap de l’âge. Seniors sachez qu’une vraie disponibilité à l’international peut vous rajeunir de 5 à 10 ans en vous permettant d’être plus compétitifs par rapport à des plus jeunes.

3) CHECK LIST : ne rien oublier

Pour négocier au mieux les modalités de votre mobilité rappelez-vous que nombre de grands groupes ont élaboré des grilles de package expatriation très complètes. Par votre réseau essayez de vous procurer leur draft list pour ne rien oublier d’important. De ce point de vue, il est toujours utile de discuter avec des personnes qui ont connu ou connaissent l’expatriation. Essayez de savoir ce qu’ils ont demandé, ce qu’ils ont obtenu, ce qu’ils n’avaient pas anticipé.

En dehors des éléments courants, je suis notamment particulièrement attentif aux problèmes issus des périodes clés de la période d’essai et de la sortie en cas de licenciement. Si possible ne déménagez pas votre famille pendant votre période d’essai. Un usage assez courant est d’obtenir une indemnité d’hébergement jusqu’à la titularisation.

Attention au licenciement qui pourrait intervenir ultérieurement et ses conséquences (disponibilité pour retrouver du travail à distance, couverture des ASSEDIC, frais de déménagements qui seraient alors à votre charge…). Essayez d’obtenir un golden parachute minimum qui peut se ramener à une période de préavis un peu longue (trois à 6 mois) où vous serez déchargé de vos fonctions mais rémunéré.

Le nec plus ultra de la négociation est d’arriver à faire localiser le poste au mieux de votre propre intérêt. Dès lors que vos équipes sont délocalisées, ou que vous êtes en permanence dans les avions, votre bureau officiel peut être n’importe où, ou presque. J’ai connu un manager d’une multinationale de l’équipement informatique dont le prédécesseur américain avait son poste aux États-Unis avec une équipe sur les 5 continents, lui s’est fait basé à Paris avec son assistante à Francfort …

Plus vous aurez convaincu votre employeur que vous êtes l’oiseau rare , plus vous serez en mesure de faire reconfigurer le poste en fonction de vos contraintes personnelles.

Francis Binoche est directeur au sein de Right Management Dirigeants, groupe de conseil en RH appartenant au groupe Manpower. Après une première carrière dans le secteur ancaire, ce consultant senior a rejoint Right Management où depuis 10 ans il accompagne et coache des cadres de haut niveau en mobilité externe, voire interne.

commentaires (2)

Comments
  1. La methode. Le cahier des charges… La checklist. Ne rien improviser. Ne pas prendre de risques. Une perspective prudente mais tout à fait contestable !

    Picasso disait: “Si on sait exactement ce que l’on va faire, a quoi bon le faire?”.

    Ceux qui planifient tout s’enlevent l’effet de surprise, l’esprit d’aventure, l’excitation qui peut faire vibrer un homme ou une femme.

    Ce qui reussissent leur vie sont parfois ceux qui prennent des risques et qui se laissent surprendre par la vie sans se comporter comme des robots programmes.

    Si on extrapole dans le domaine de l’amour, imaginez un homme qui n’improvise jamais, avec sa checklist, sa methode, son absence de surprise, je ne suis pas sur que le resultat sera très convaiquant…

    Peut-être faut-il vivre la vie. L’entreprendre. Avec créativité. Et optimisme. D’autant que ce sont généralement les individus innovants et créatifs qui font la différence, pas ceux qui s’enferment dans des cadres.

    En tant que coach de cadres de haut niveau, que pensez-vous d’encourager une certaine culture du risque ?

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