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INTERVIEW : « La marge de négociation salariale des candidats est devenue très faible »

Antoine Biot

Nous avons rencontré Antoine Biot, directeur associé du cabinet Robert Walters afin de faire le point avec lui sur l’état du recrutement en banque de financement et d’investissement…

eFC : Quel bilan tirez-vous du recrutement dans la BFI en 2011 ?

Antoine Biot : En 2011, l’activité du recrutement en Banque d’investissement s’est avérée contrastée, encore secouée par les différentes crises. La majorité des fonctions opérationnelles a connu une baisse de la demande, contrairement aux métiers liés aux risques. Le middle office a occupé une large part des recrutements, notamment grâce aux besoins accrus sur les fonctions « risques » et « compliance ». Cette tendance s’est inscrite dans un paysage réglementaire (Bâle II et bientôt Bâle III) qui a exhorté les banques à davantage quantifier et analyser les risques. Les profils ayant une dizaine d’années d’expérience ont été les plus sollicités, certains se voyant proposer des offres représentant un gain de l’ordre de 20%.

Dans un contexte où les banques ont tenu à se rapprocher de leurs clients pour mieux saisir leurs besoins, les analystes dédiés au « coverage » ont été très recherchés. Forts d’une expérience de plus de 5 ans, ces profils venaient pour la plupart d’équipes « Marchés de capitaux ». Les rémunérations proposées sont restées raisonnables et aucune inflation n’a été constatée. Les besoins exprimés par les structures indépendantes spécialisées dans le Conseil (M&A/Corporate Finance) ont également porté cette activité. Elles ont profité des opportunités du marché pour consolider leurs équipes et renforcer leur positionnement.

Et quelles sont vos prévisions sur l’ensemble de l’année 2012 ?

La conjoncture et le paysage réglementaire vont maintenir les besoins sur les métiers du risque, tels que le Risk Manager, par exemple. Une tendance qui va accentuer la pénurie observée sur ces profils et entraîner une augmentation des niveaux de rémunération de l’ordre de 10% avec des primes pour les profils de plus de 10 ans d’expérience.

La BFI s’avère relativement « sinistrée ». L’année 2012 a démarré mollement, notamment sur le front-office. Des plans de départs sont en cours dans les grandes banques françaises. Seules les boutiques (M&A, corporate finance…) poursuivent leur recrutement. Si ces dernières n’ont pas toutes les moyens de s’aligner sur les salaires des plus grosses structures, au moins présentent-elles l’avantage de pouvoir offrir aux candidats un projet d’entreprise ainsi qu’une aventure entrepreneuriale.

Du côté des rémunérations, nous observons un plafonnement global des fixes qui n’augmenteront plus sur les deux prochaines années, à moins d’un retournement significatif de marché, et un nombre croissant de collaborateurs sans bonus. Aujourd’hui, la marge de négociation salariale des candidats est devenue très faible.

Pourtant, l’une de nos dernières enquêtes révèle que près de la moitié des professionnels de la finance sont désireux de changer d’employeur au cours de l’année 2012. Constatez-vous ce phénomène sur le terrain ? 

Non, pas vraiment. Je crois qu’il existe un fossé entre la volonté manifeste de changer d’employeur et le passage à l’acte. Le marché du recrutement dans le BFI est tendu, avec d’un côté des clients de plus en plus exigeants, comme en témoigne l’allongement des process de recrutement, et de l’autre, des candidats inquiets et frileux au changement. Mais après tout, l’aversion au risque n’est-elle pas l’une des qualités requises chez un banquier ?

Certains pourront toujours tenter de s’expatrier mais là encore, attention : l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Sauf peut-être dans certaines destinations comme l’Asie (Singapour, Hong Kong, Chine). Et encore : les banques présentes là-bas ont tendance à accentuer leurs recrutements de locaux, de plus en plus qualifiés. On ne peut qu’encourager les plus seniors désireux de créer leur propre structure de conseil à se lancer, cette activité étant peu gourmande en capitaux.

Plus généralement, je conseillerai aux candidats de patienter un peu. Le plus important, c’est de rester visible. Aujourd’hui, tout le monde est attentiste, y compris certaines banques étrangères basées en France qui s’étaient montrées offensives il y a quelques années en terme de recrutements. Si l’été 2012 se déroule sans encombre il y aura de bonnes raisons d’espérer une amélioration de l’activité de BFI, qui n’a pas fini de se restructurer et de se réinventer.

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