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Perspectives sombres pour les gestionnaires de fonds

Nick Watts, à la tête du cabinet de conseil européen en investissement Watson Wyatt, est parmi ceux qui laissent entendre que le secteur est en mauvaise santé: “Il reste encore beaucoup de licenciements à venir. Le secteur va continuer à se contracter. Il faut opérer une rationalisation des produits, en se concentrant sur ceux qui présentent réellement un avantage compétitif.”

Watts n’est pas seul à penser ainsi. Mercer Oliver Wyman, un cabinet de conseil, estimait en juin que plus de la moitié des 2 100 fonds communs de placement britanniques avaient trop peu de fonds à gérer pour réaliser des profits. Venant aggraver cette vision pessimiste, le Centre for Economics and Business Research, un think tank indépendant, a indiqué au cours du même mois que la gestion de fonds serait le secteur des services financiers londoniens le plus fragile cette année, avec des pertes d’emplois se montant à 4,2%. On s’attend à ce que la tendance se poursuive l’an prochain.

D’après des recherches réalisées par Financial News au mois de juillet, un grand nombre de sociétés de gestion d’actifs britanniques auraient un surplus d’effectifs; certaines emploient beaucoup plus de petit personnel en front office que d’autres, pour un même volume d’actifs.

De nombreux licenciements ont déjà été eu lieu dans les sociétés de gestion d’actifs; selon un rapport réalisé conjointement par la practice gestion d’ investissements et de fonds de KMPG et par Create, une société de recherche, 80% des sociétés de gestion de fonds ont réduit leurs coûts au cours des trois dernières années. Merrill Lynch Investment Managers, Aberdeen Asset Management, Edinburgh Fund Managers, Northern Trust, State Street, Baring Asset Management et Isis Asset Management comptent parmi ceux qui ont fortement réduit leurs effectifs.

D’après John Romeo, consultant chez Mercer Oliver Wyman, ces mesures de réduction des coûts ne sont qu’un prélude à de profonds changements structurels et stratégiques. Selon lui, un grand nombre de fonctions seront délocalisées à l’avenir, y compris les postes de back office ainsi que ceux du marketing, de la distribution et de la gestion de portefeuilles.

Roméo explique: “Les sociétés de gestion de fonds performantes en marketing et en distribution emploieront pour certaines quelqu’un d’autre pour s’occuper de la gestion de l’argent.” Les gestionnaires de fonds de ces sociétés se retrouveront sans emploi. Les assureurs pourraient générer d’autres restructurations; les consultants indiquent en effet que ceux-ci vendent ouvertement leurs filiales de gestion de fonds, parce que les opportunités de ventes croisées anticipées ne se concrétisent pas, et qu’ils ont besoin de capitaux.

Patrick Morrissey, directeur général de la société de recherche Sheffield Haworth, pense que cela est de mauvaise augure pour les employés: “Les cessions de sociétés de gestion d’actifs entraînent des pertes d’emplois, c’est certain. C’est seulement une question de degré.”

Tous ne sont pas aussi pessimistes. Giles Crewdson, directeur général de la société de recherche Korn/Ferry à Londres, explique que les gains sur le marché des actions au cours des derniers mois ont permis à un grand nombre de sociétés de gestion d’actifs de sortir de la zone rouge, évitant des suppressions d’emplois supplémentaires. M. Crewdson estime que tous les changements à l’avenir viseront la compensation: “On définira de plus en plus précisément des structures salariales rémunérant les performances. Désormais, quelqu’un qui sous-performe le marché ne touchera plus aucun bonus.”

D’après Crewdson, il faut que les sociétés de gestion de fonds évoluent rapidement vers un modèle de coûts et de salaires variables. Le professeur Amin Rajan, directeur général chez Create, confirme: “Il faut que les gestionnaires de fonds apprennent à vivre avec la même volatilité de salaire que dans l’industrie pétrolière.” Il souligne également que dans un grand nombre de sociétés, le lien entre les performances et le salaire devrait être renforcé.

Les sociétés de gestion d’actifs reconnaissent l’importance de la part variable dans les salaires. Charles Prideaux, responsable des produits actions chez Merrill Lynch Investment Managers (MLIM), indique qu’un nouveau système salarial a été mis en place l’an dernier pour le personnel de la section actions. Ce système comprend trois facteurs de performances: le premier se rapporte aux performances sur des périodes d’un, trois et cinq ans; le deuxième évalue les revenus générés par les gestionnaires et leur capacité à lancer de nouveaux fonds ; le dernier concerne le travail d’équipe et les contributions à la recherche. Prideaux explique: “Nous voulons la transparence quant au mode de rémunération en fonction du niveau de performances atteints. Auparavant, le rapport était moins explicite.” MLIM projette de mettre ce système en place cette année pour les gestionnaires de fonds à revenus fixes.

Britannic Asset Management a également étudié de près le mode de rémunération de son personnel. Leslie McIntosh, directeur général, affirme que les bonus sont moins faciles à obtenir. “Nous avons essayé de renforcer le processus d’évaluation, afin de nous assurer que nous ne rétribuons pas des performances médiocres en suivant simplement celles de l’indice. Nous tenons à rémunérer des performances excellentes.”

Robert Talbut, directeur des investissements pour Isis Fund Management, confirme: “Le salaire vise clairement à pousser les gestionnaires de fonds vers l’excellence au lieu de s’en tenir à la performance du benchmark. Dans le passé, les salaires rémunéraient trop souvent des performances moyennes.”

Selon M. Talbut, ce changement est une bonne nouvelle pour les meilleurs, qui seront payés autant ou plus qu’auparavant. Cependant, il signale que les salaires des effectifs moins productifs baisseront. “La part variable de la rémunération ne sera plus aussi bien considérée que par le passé.”

Par conséquent, les gestionnaires de portefeuilles rentrant des vacances d’été pourraient bien se sentir plus que jamais sous pression en termes de performances, quels que soient les indices benchmarks attribués. D’autres pourraient bien regretter par ailleurs de n’être pas restés chez eux à la place, pour étudier des rapports de recherche afin de surpasser leurs rivaux.

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