☰ Menu eFinancialCareers

Vivre dangereusement : journal d’un spécialiste ABS (4e épisode)

L’épisode au cours duquel notre spécialiste ABS* fait une mauvaise rencontre avec les RH… Décidément, les choses ne traînent pas dans la banque !

Cette semaine, j’avais prévu de m’épancher sur le refus de la BoE (Bank of England) de classer les titres ABS parmi les risques collatéraux. Je n’en ai rien fait et je suis bien content car des événements d’ordre personnel m’ont éloigné des réjouissances des actions concertées des banques centrales.

Le mardi après-midi, nous avons appris que notre équipe allait être restructurée et on nous a demandé d’être présents tôt le lendemain. Le mercredi, nous nous sommes donc retrouvés assis à nos bureaux essayant de ne pas s’échanger de regards. Ce ne fut pas trop dur car, pour dire vrai, nous étions tous rivés sur nos téléphones. C’est celui de mon voisin qui sonna le premier. Il fut convoqué dans l’une des salles de réunions. Une demi-heure plus tard, il revint escorté par un petit gars des RH. Il enfila son manteau, nous fit un petit signe de la main en guise d’adieux et s’éclipsa. Cela faisait six ans qu’il travaillait dans la banque qu’il avait rejointe à sa sortie de l’université.

Toute la matinée, les téléphones ont continué de sonner à intervalles réguliers de 30 minutes. J’ai toujours trouvé amusant que, d’un côté, il faille passer dix entretiens pour entrer dans une banque, avant d’assister, les premiers jours, à de nombreuses sessions d’intégration, des visites médicales et autres questionnaires de conformité, et, de l’autre, lorsque ladite banque souhaite se débarrasser de vous, elle ne vous consacre pas plus d’une demi-heure.

Mon téléphone a fini par sonner. Je fus invité à rejoindre la salle de réunions. M’y attendait une femme des RH, disons à forte poitrine. Pour être tout à fait honnête, elle était juste très en chair mais j’essayais de faire de mon mieux pour me concentrer sur quelque chose de réconfortant. Le nain des RH était également présent.

Ils m’ont confirmé que je figurais bien sur la liste noire mais que mon licenciement n’était pas pour aujourd’hui. Ils tâcheraient bien de me trouver une autre place dans la banque mais sans aucune garantie de résultat, étant donné que les temps étaient difficiles et que de telles opportunités se faisaient rares. Cependant, mon interlocutrice m’a dit que je devais quitter le bureau aujourd’hui et revenir dans plusieurs semaines pour entendre le verdict final.

J’ai immédiatement demandé le montant de mes indemnités de licenciement. Celles-ci s’élèveraient à 3 % de ma rémunération annuelle 2007 ! Je constatais que cette cruelle bonne femme des RH était réellement en train de savourer la situation. Après toutes ces années probablement passées à faire remplir des contrats d’embauche assortis de bonus garantis qui, à eux seuls, valaient bien plus que son appartement, elle tenait enfin sa revanche ! Elle voyait partir des gens bien plus seniors qu’elle et avait, en plus, le privilège de leur annoncer la somme dérisoire à laquelle ils avaient droit.

Cependant, je me suis dit que je pourrais avoir droit à une part du P&L (profit & loss, compte de résultat) qui serait suffisamment important pour me permettre de toucher un bonus légèrement inférieur à celui de l’an passé. J’avais évidemment espéré mieux que cela mais étant donné les circonstances du marché, c’était plutôt bien. C’est alors que la responsable RH m’annonça avec une certaine délectation que les bonus seraient versés au cas par cas. J’en déduisis que le P&L de mon équipe avait déjà été reporté sur ceux qui avaient récupéré le business de mon patron (voir épisode précédent).

À ce moment, je décidais que j’avais donné suffisamment de plaisir à mon interlocutrice, et me contentais d’acquiescer de la tête le temps qui m’était encore imparti. C’est devenu plus compliqué lorsqu’il a fallu continuer le mouvement avec son collègue de petite taille. Drôle de couple pour escorter les malheureux vers la porte de sortie. Je suppose qu’il faut y voir une illustration parfaite de la promotion de la diversité. Quoi qu’il en soit, elle a fait son travail consciencieusement et sans avoir eu le temps de dire ouf, j’étais flanqué à la porte.

Après avoir hésité, j’ai fini par descendre au pub, rejoindre mes collègues, dont le sort avait été également sellé, et qui évacuaient leur amertume et leur colère. Après s’être plié au rituel qui consiste à se débarrasser de sa cravate après l’annonce de telles nouvelles, je m’apprêtais à téléphoner à ma femme pour la prévenir que je rentrerai tôt à la maison. C’était sans compter que mon employeur avait déjà désactivé mon portable. Décidément, les choses ne traînent pas dans la banque…

* Asset-Backed Security : dans le cadre d’opérations de titrisation, titres émis par le véhicule ad hoc afin de lui permettre d’acheter des actifs, comme des stocks ou des créances clients, auxquels ils sont donc adossés.

commentaires (8)

Comments
  1. Ben dites-donc, c’est sacrément pas cool… Mais je pense que plus ils font vite moins c’est difficile car le malheureux a pas trop le temps de se retourner.

  2. c’est effrayant n’est ce pas? , mais bon comment voulez vous les plaindre? ils connaissaient les règles du jeu et en plus vu les salaires et les primes touchés les années précédentes :non non ils ne sont pas du tout à plaindre…ils sont à mon avis millionnaires déjà…

  3. Disons qu’ils ont récolté ce qu’ils on semé…
    marchander des crédits pourris pour s’enrichir, c’est la définition de la crise des subprimes.
    Tout le monde a goinfré le cochon jusqu’à excès pour se remplir les poches…
    Ce qui me désole c’est que par ce comportement purement irresponsable, cela va probablement provoqué une recession aux USA et une crise qui va toucher nos emplois.
    Les banques ont elles mêmes creusées leurs tombes avec la complicité indirecte de la FED. Mais bon au final elles savent pertinement que la FED viendra à leur secours en baissant les taux ou en reinjectant de la liquidité et le manège pourra reprendre.
    On peut se poser pertinement de la fonction d’une banque actuellement…

  4. Le pauvre, comme je le plains. Le nain et la pauvre RH qui touche une misère et qui dort pratiquement dans la rue était tellement jalouse des primes qu’ils touchaient qu’elle s’est vengée sur eux, eux les pauvres gars qui ont bien fait leur boulot et qui ont seulement foutu tout le monde dans la merde.
    Ils auront une indemnité de départ tellement petite qu’avec ils peuvent acheter au mieux une porsche cayenne. La vie est trop dure pour eux. N’IMPORTE QUOI !!!

  5. tout d’abord, la plupart des gens sont payes normalement, meme en abs (surtout si on vient d’une petite banque) et en plus, si on est plutot junior (4 ans d’experience), non seulement on a jamais eu de bonus correct mais on plus on a bosse 13 a 15 h par jour pendant des annees pour se faire virer, alors pour ceux qui critiquent, il faut se calmer.

  6. Aujourd’hui dès que vous travaillez sur le crédit et même si vous avez été médecin, pompiste ou même êtes junior de moins de un an d’expérience dans les dérivés de crédit, vous êtes désigné responsable de la misère sociale qu’a engendré la crise des subprimes.

    Ok, c’est la règle du jeu en finance, vous êtes payés des mille et des cents mais avec une épée de Damoclès sur la tête: au moindre pépin vous sautez. Néanmoins, je ne pense pas qu’il faille remettre en cause la moralité de toutes ces personnes qui se retrouve sur le carreau du jour au lendemain. Dans toutes les critiques – aussi acerbes les unes que les autres – que je lis, je ne vois que envie, jalousie et chasse aux sorcières.

  7. voilà ma réponse à David :
    Quand je les vois aujourd’hui déambuler tels des zombies, je me félicite d’avoir fait le bon choix. D’ailleurs, je ne sais pas bien si je dois éprouver de la pitié pour eux ou les tenir responsables pour l’effondrement du marché avec ces attardés cupides qui ont accordé des prêts hypothécaires, type LTV (3), à hauteur de 100 % de la valeur du bien, à des Américains de 80 ans avec un passé d’emprunteur plus que douteux.

    Un médecin a une utilité sociale il soigne les malades.La Finance n’a d’utilité que de faire du fric, ce que je ne suis pas contre, mais quand cela devient immoral et qu’on se met plein les poches sur la misère humaine là je suis contre.

    Et quand tu dis au moindre pépin tu sautes mais ce risque est relatif non??? car le seul risque c’est de perdre votre poste alors que vous engagez quant même d’énormes sommes qui ne vous appartient pas…

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici