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Qui est Michèle Lamarche, la banquière de Lazard qui conseille l’Etat grec ?

Michèle Lamarche

L’agence Bloomberg a récemment publié un long portrait de Michèle Lamarche. Qui se cache donc derrière cette Française de 63 ans, associé-gérant chez Lazard où elle travaille depuis trente ans, et principale conseillère de la Grèce sur la restructuration de sa dette ?

Un goût précoce pour la géopolitique

Née près d’Alger, cette fille d’un colonel français qui a combattu lors de la guerre d’Algérie était encore adolescente lorsqu’elle a embarqué avec sa famille à bord d’un ferry en 1962 pour fuir les attaques de représailles contre les Européens. Même si elle « ne s’est jamais sentie en danger », l’Algérie lui a donné un goût pour la géopolitique. « J’étais une enfant jetée dans une guerre, et je me suis intéressée tout naturellement aux crises internationales », explique-t-elle.

Pendant ses études à HEC Paris, elle participe aux manifestations étudiantes de mai 1968, reconnaissant avoir eu la « peur de sa vie » lorsque des manifestants ont tenté de brûler le Palais Bourbon. Michèle Lamarche a ensuite obtenu une bourse pour étudier un MBA à l’Université de Californie à Berkeley et s’est fixé pour objectifs « d’obtenir son diplôme en un an, se lancer dans les affaires et gagner son propre argent ».

Son diplôme en poche, elle refuse un emploi chez Bank of America Corp pour rejoindre un organisme public d’aide à l’exportation pour les PME. Elle démissionne quelques mois plus tard après s’être rendue compte qu’elle était moins bien payée que ses collègues masculins. Elle rappelle Bank of America pour qui elle travaillera à Paris et à Londres, arrangeant le financement d’entreprises telles que le groupe gazier algérien Sonatrach et se liant d’amitié avec des dirigeants comme Christophe de Margerie, président de Total SA.

Une femme dans la galaxie Lazard

En 1982, elle a rejoint Lazard à Paris, et plus précisément le département international créé par Hélie de Pourtalès, un associé qui dans les années 1970 a aidé l’Indonésie à rééchelonner sa dette. Avec un collègue elle monte une entité dont l’objectif est d’aider les prêteurs à échanger leurs avoirs souverains. Pour ce faire, elle débauche ses anciens collègues de BoA, y compris Eric Lalo, à présent directeur général du département. Son équipe a été autorisée à investir une partie des bénéfices, et la banque a commencé à construire son propre trading book de dette souveraine.

Négociatrice hors pair aux dires des autres banquiers, Michèle Lamarche a remporté des mandats dans le monde entier : Argentine, Côte d’Ivoire, Gabon et Irak. Avec la Grèce, qui est la plus grande restructuration de dette souveraine ayant jamais existée, son équipe est de plus en plus génératrice de revenus pour Lazard. Rien que sur cette opération, la banque a gagné quelques 25 millions d’euros de commissions sur les deux dernières années si l’on en croit une récente déclaration du gouvernement grec.

Aujourd’hui, Michèle Lamarche fait partie, avec Isabelle Xoual, Alexandra Soto et Amélie Négrier, du quatuor de femmes parmi les 15 associés-gérants de Lazard France. C’est aussi l’une des rares femmes dans le monde se retrouver dans les tours de tables de presque toutes les restructurations de dettes souveraines majeures.

Une femme élégante et discrète

Mince et élégante dans ses costumes Dior et ses talons hauts Christian Louboutin, cette femme qui figure dans le who’s who cultive une discrétion certaine. « Michèle Lamarche n’a jamais beaucoup communiqué sur son travail, et n’a jamais eu à s’en soucier. Il faut dire que jadis, la dette souveraine ne faisait pas la Une des journaux », reconnaît Luce Gendry, associée M&A chez Rothschild à Paris.

Elle est tout de même présente sur les réseaux sociaux, comme l’atteste son profil public Linkedin où l’on apprend notamment qu’elle parle anglais et italien. Michèle Lamarche, qui a passé la moitié de son temps hors de France au cours de l’année écoulée, indique qu’elle n’a pas l’intention de prendre sa retraite dans un avenir proche. « Mon travail est passionnant intellectuellement, et il est fascinant d’aider un pays à se remettre debout. C’est tellement gratifiant… », indique-t-elle. Quand on sait les problèmes d’endettement de certains pays européens comme le Portugal et l’Espagne (et même la France), on se dit qu’elle a encore du pain sur la planche !

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