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OPINION : « Pour nous tous qui travaillons dans les fonctions de support, il devient crucial de s’orienter vers des fonctions qui ne sont pas (pour l’instant) délocalisées »

Pune, en Inde.

Pune, en Inde.

La crise de 2008 a poussé les banques à se restructurer pour trouver un moyen de réduire les coûts. Les dirigeants ont alors cru avoir trouvé la solution miracle dans l’externalisation et la délocalisation de certaines fonctions de support. En 2012, cette tendance continue toujours ; mais est-ce bien là une solution pérenne pour assainir les finances tout en maintenant un niveau de prestation de service compétitif ?

La délocalisation a initialement affecté les fonctions informatiques et de back-office, et la terre promise a été l’Inde. L’Inde en effet a su mettre en place des campus universitaires offrant une formation aux mêmes standards que leurs équivalents occidentaux, produisant ainsi une main d’œuvre coûtant dix fois moins chère qu’en Europe. Les établissements financiers en ont ainsi profité pour créer des « centres d’excellence », c’est-a-dire y établir une présence et remplacer certains métiers, voire des départements entiers, par des recrues locales. Ainsi Barclays et Credit Suisse ont des bureaux notamment à Pune, et Credit Suisse déclare sur son site Internet y employer 2 300 personnes en comptabilité, informatique et fonctions de support opérationnel.

L’expérience indienne a donné des résultats mitigés. La culture du milieu bancaire étant assez particulière, il a été difficile d’en imprégner ces employés situés à des milliers de kilomètres du siège social. Les banques n’ont pas pour autant décidé de s’arrêter là. La deuxième tentative de délocalisation a eu lieu cette fois-ci dans les pays d’Europe de l’Est. Beaucoup plus proches de Londres et Paris, les dirigeants bancaires se sont félicités d’avoir enfin trouvé la solution pour employer des personnes qualifiées à moindre coût. Ainsi la Société Générale a délocalisé une partie de sa comptabilité en Pologne. Les dirigeants y ont tellement cru qu’ils n’ont pas réalisé que ces pays avaient un héritage social-communiste mal adapté au milieu bancaire, tel le congé maternité qui peut atteindre trois ans en Hongrie, ou encore les horaires de travail rigides (de 9 à 17 heures, sans heures supplémentaires). Ce manque de flexibilité a eu un finalement un coût non négligeable qui est venu diminuer le succès de ce deuxième essai.

Aujourd’hui les établissements financiers ont un nouvel eldorado, l’Irlande du Nord, beaucoup plus près tant en distance qu’en culture professionnelle, à des salaires de trois à cinq fois moins importants qu’à Londres. Citigroup a été le pionnier en la matière en s’y installant dès 2005, avec aujourd’hui plus de 800 employés, non seulement spécialisés dans les fonctions de back et middle office, mais également dans le secteur juridique et déontologique.

De nombreux postes sont donc amenés à disparaître dans notre société qui a déjà beaucoup de mal à se remettre de cette crise financière, et les licenciements en BFI vont malheureusement continuer. Pour nous tous qui travaillons dans les fonctions de support il devient crucial de s’orienter vers des fonctions qui ne sont pas (pour l’instant) délocalisées. Ces réorganisations (souvent mal gérés) ont pour effet une baisse d’efficacité importante qui crée beaucoup de tension et de stress en interne : essayez de convaincre un collègue qui est a des milliers de kilomètres que votre client/produit/problème informatique est plus important que le reste de ses tâches et qu’il doit mettre en priorité votre requête, et dites-moi si le résultat est le même que quand la distance qui vous sépare du collègue en question se compte en nombre d’étages. Le résultat final est la baisse significative de la qualité d’exécution des services proposés par la BFI, ce qui rend la rend finalement moins compétitive. Alors, est-ce que la délocalisation est vraiment une bonne idée ?

L’auteure a travaillé depuis 10 ans dans diverses banques d’investissement en Europe. Elle occupe actuellement une fonction juridique dans une BFI européenne à Londres.

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