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Décrocher une première expérience en finance

Bertrand Batouncov

Tous les ans début septembre, alors que chacun tente de se remettre tant bien que mal de la fin des vacances d’été pour se mettre dans le bain de la rentrée, la même course administrative commence pour les étudiants. Sur le campus des grandes écoles les cours débutent tranquillement laissant le temps aux uns et aux autres de courir après telle ou telle formalité. Mais pour certains étudiants une autre course vient de commencer. Une course dans laquelle il ne faut partir ni trop tôt ni trop tard.

Une course intense, longue de plusieurs mois, qui vient poser les bases d’un futur métier. En effet, les étudiants en finance ou des Grandes Ecoles de tous les campus européens se pressent sur les sites internet des célèbres J.P. Morgan, Goldman Sachs ou Morgan Stanley parmi d’autres afin de commencer à remplir leur formulaire de candidature pour décrocher un “Summer” ou un “Graduate”… pour l’été suivant ! Comment tout cela se passe-t-il concrètement ? Quel est le meilleur moyen de décrocher une expérience en finance ? Quels sont les profils recherchés ?

Des deadlines à ne pas manquer

Un élément qu’il faut absolument avoir en tête lorsque l’on souhaite décrocher un stage ou une première expérience en finance est que le processus de recrutement, contrairement aux cabinets de conseil par exemple, est extrêmement jalonné temporellement. En effet, un étudiant cherchant un stage dans tout autre secteur d’activité débutant en fin d’année scolaire – en été ou en septembre – doit s’y prendre en général quatre à six mois à l’avance, et il n’est pas rare de s’y prendre seulement deux ou trois mois à l’avance. La plupart des cabinets de conseil, pour reprendre notre exemple, ont certes des périodes de recrutement phares (souvent entre mars et avril pour une entrée de septembre et entre septembre et novembre pour une entrée en janvier) mais recrutent tout au long de l’année, soit grâce à des annonces postées sur les sites des écoles cibles, soit par le biais de candidatures spontanées (en particulier les gros cabinets comme McKinsey&Company, The BCG, Bain&Company etc.). Les banques d’investissement en revanche n’ont qu’une seule période de recrutement pour toute l’année (mis à part quelques rares cas que nous traiterons par la suite).

Que ce soit pour les “Graduates Programs” communément appelés “Graduates” et qui sont les programmes de recrutement équivalents à nos CDI mais qui incluent une formation d’environ 10 semaines (se déroulant en général au siège mondial de la banque, et ce pour toutes les nouvelles recrues des cinq continents), ou pour les stages d’été, les “Summer Internship” ou “Summer Analyst Programs”, dits “Summer”, le recrutement se fait entre début septembre et fin novembre/début décembre, les dates variant d’une année sur l’autre et d’une banque à l’autre. Et comme précisé précédemment l’entrée en poste n’est prévue que pour début juillet de l’année suivante ! Passée cette période de recrutement, donc au-delà de mi-décembre, il est pratiquement impossible d’espérer trouver un stage ou un emploi avant l’année suivante, la seule chose à faire pratiquement étant d’attendre le mois de septembre suivant… pour une entrée en poste éventuelle au mois de juillet suivant… soit un an et demi plus tard. Il est donc vraiment primordial de ne pas laisser passer ces deadlines.

Quelques cas particuliers

Que faire alors si l’on s’y prend trop tard ? Ce qui est sûr est qu’une sorte de traversée du désert commence, avec très peu de chance de tomber sur l’oasis tant attendue. Il existe toutefois quelques possibilités. La première est d’aller voir en permanence la section “carrières” sur les sites des banques, il arrive que certaines places restent disponibles dans certaines équipes et dans certaines zones géographiques (pour l’Europe c’est souvent hors du Royaume-Uni) et dans ce cas une annonce est postée. Par ailleurs les grosses banques proposent ce qu’ils appellent des “off-cycle” ou en encore des “Autumn Internships” ou des “Spring Internships” qui sont des stages d’une durée un peu plus longue que la durée habituelle (en général jusqu’à six mois) et ayant lieu en dehors de l’été qui et la période phare.

Une autre possibilité pour ceux qui veulent s’orienter vers la M&A notamment est d’envoyer des candidatures spontanées dans les “boutiques” comme Lazard, Greenhill&Co, Perella Weinberg Partners ou encore Evercore. D’autres banques d’affaires un peu plus petites que des grands groupes comme UBS ou Barclays recrutent également tout au long de l’année si un besoin survient, comme par exemple Aforge Finance, Léonardo & Co, Bucéphale Finance, DC Advisory Partners ou Oddo& Cie parmi d’autres. Par ailleurs les départements de “Transaction Services” des Big Four, qui se rapprochent des activités de M&A, recrutent tout au long de l’année.

Une autre voie, mais qui s’adresse davantage à des étudiants ayant déjà une petite expérience en banque, est de consulter très régulièrement le site www.efinancialcareers.com qui offre un grand nombre d’opportunités dans le milieu de la finance. De nombreuses rubriques permettent de cibler très précisément la recherche qui peut se faire dans un grand nombre de pays. Par ailleurs, une newsletter ainsi que des témoignages et articles nombreux représentent une source d’information très utile.

Une dernière voie à explorer est celle des VIE : en effet il n’existe pas vraiment, pour le moment, de période de recrutement pour les VIE. Il faut donc directement aller consulter les sites des banques pour voir quelles sont les opportunités à ce sujet.

Quels profils ?

Evidemment les premiers profils recherchés sont les étudiants en finance – ou en spécialisation finance – des Grandes Ecoles de Commerce ou d’Ingénieurs. La culture de recrutement française, et encore plus particulièrement pour les banques françaises en France, fait qu’une spécialisation en finance est primordiale pour décrocher un job en France. Ceci est moins vrai pour les autres pays européens et les banques anglo-saxonnes en particuliers qui sont ouverts à tous types de profils et le précisent même souvent sur leurs sites internet. En revanche la pratique montre tout de même que sans au moins une formation scientifique solide il est difficile de passer les différents tours d’entretiens, en particulier pour les étudiants voulant s’orienter vers des activités de marché.

Un paramètre de poids et qui fait souvent la différence entre les candidats est le fait d’avoir déjà une expérience en banque avant la fin de cursus (et donc avant de postuler soit à un Summer soit à un Graduate). Bien sûr nous sommes toujours confrontés au problème de la poule et de l’œuf, mais avoir une ou plusieurs expériences en back- ou middle-office, plus accessible que le front-office, est un avantage de taille. D’une part cela montre un intérêt certain pour la banque de la part du candidat et d’autre part c’est pour la banque la possibilité de recruter un candidat dont la formation est déjà entamée. Cela est particulièrement vrai pour les postulants à un Graduate et qui dans la pratique se font en grande majorité recruter par la banque dans laquelle ils ont fait leur Summer l’année précédente.

D’autres expériences sont également appréciées : un stage dans un cabinet de conseil (notamment en stratégie) ou un cabinet d’audit (surtout l’un des Big 4) est un plus certain. C’est aussi le cas pour des expériences dans les directions financières ou stratégiques de grands groupes (EDF, Danone, L’Oréal…).

Summer ou Graduate en fin de cursus ?

Une question que se posent en effet beaucoup d’étudiants. Même si les Summer sont plutôt réservés aux étudiants dans leur avant-dernière année d’étude, de nombreuses banques acceptent des candidatures pour des stages même pour des étudiants en fin de cursus. Pour faire le choix entre ces deux possibilités (stage ou programme d’embauche), la règle est simple : sans expérience en banque, et à priori dans la division demandée, il vaut mieux postuler pour un Summerqui est plus accessible. Les Graduates sont faits en général (et malgré ce que peuvent en dire les sites internet des banques) pour des étudiants ayant déjà une expérience en banque et en particulier dans le domaine pour lequel ils postulent à nouveau.

Une donnée très importante à prendre en considération est également la conjoncture. Les années de forte croissance économique il est possible pour un étudiant ayant un cursus solide mais sans expérience spécifique en banque de postuler avec succès pour un Graduate car le nombre d’embauche est élevé. Mais si la conjoncture est difficile ces candidats-là prendraient un risque considérable car les banques préféreront évidemment limiter leur risque à l’embauche en recrutant quelqu’un ayant déjà reçu une formation.

Un bref aperçu du processus de recrutement

Une fois le choix du parcours fait, et pourvu que l’on soit encore avant les deadlines, un parcours du combattant de quelques mois commence. La première étape consiste à créer un profil sur les sites des banques visées. Cela peut prendre une vingtaine de minutes comme quelques heures ou quelques jours car de plus en plus de banques introduisent des questions permettant de tester la motivation des candidats, comme par exemple “En quoi nous différencions-nous de nos concurrents” ou encore “Exposez la réalisation la plus marquante de votre dernière expérience“, toutes les questions étant limitées en nombre de mots (de 90 à 250 en général selon les banques).

Une fois les candidatures envoyées, et après un premier tri succinct, les banques demandent aux candidats de réaliser des tests de mathématiques et de logique en ligne. Il s’agit en général de deux sessions d’une vingtaine de minutes pendant lesquelles les candidats doivent répondre à une vingtaine de questions. Autant dire qu’il faut être efficace.

La première vraie sélection a alors lieu (entre sept et neuf candidats sur dix sont alors éliminés sur environ 6 000 candidats postulants pour un stage à Londres) et tient compte à la fois de la candidature (profil sur le site, CV et lettre de motivation) ainsi que des résultats des tests en ligne. Les candidats sélectionnés sont contactés afin de prendre part à un premier tour d’entretien. Ce premier tout peut avoir lieu soit à Londres, soit à Paris, soit même par téléphone. Le candidat voit souvent deux à trois interviewers et peut éventuellement refaire une série de tests mathématiques. A l’issue de ce premier tour une autre sélection se fait. Les candidats choisis pour poursuivre le processus sont appelés à un dernier tour d’entretien. Ce dernier tour peut soit être une série de deux à trois entretiens (comme au premier tour), mais en général il s’agit de ce qui est appelé une journée d’”Assessment Center” ou encore “Superday“. Cette journée vise à tester les candidats en situation réelle. Différentes épreuves sont organisées en groupes et de manière individuelle (jusqu’à près d’une dizaine d’entretiens individuels peuvent être menés) pendant une journée et ont lieu à Londres (tous frais payés) quel que soit le pays demandé en Europe. Puis la décision finale a lieu.

Conclusion

Le processus de recrutement en banque d’investissement est très particulier et ne peut pas être abordé en dilettante. Au-delà du processus en soi qui est contraignant et sélectif, une très bonne connaissance du milieu financier et économique est systématiquement demandée aux candidats. Une lecture approfondie et régulière de la presse économique et financière est un minimum (Financial Times, Wall Street Journal, Les Echos…). A chacun ensuite de se pencher sur les particularités de chaque banque afin de se faire repérer comme LE candidat idéal.

Bertrand Batouncov est vice-président du Club Finance Paris.
Vous pouvez le contacter à l’adresse suivante : 
bertrand.batouncov@gmail.com

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