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Des chasseurs de têtes plus humains

L’industrie du recrutement doit souvent faire face à des comportements incohérents, égoïstes et choquants. Les consultants en recrutement ne sont pas très bien classés dans le palmarès des professions les plus appréciées. Réputés pour leur manque d’éthique et d’honnêteté, ils sont souvent placés dans la même catégorie que les hommes politiques et les journalistes.

Cependant, il faut penser à ce qu’ils doivent endurer. Les consultants peuvent faire une liste de reproches aux candidats ou aux clients pour leurs comportements incohérents, égoïstes et parfois choquants; de plus en plus courants dans un contexte de retournement économique.
Comprendre ces problèmes peut aider quiconque, faisant appel à une société de recrutement, à tirer profit de cette expérience. Simon Vaughan-Edwards, directeur du cabinet de chasseurs de têtes Alexander Mann, cite une anecdote qui se reproduit malheureusement trop souvent – une candidature ne répondant pas aux qualifications exigées par l’offre. Nous avions passé une offre d’emploi pour un analyste actions. Nous avons reçu le CV d’un candidat qui était entraîneur de tennis à Nice depuis cinq ans. Il n’avait absolument aucune expérience dans ce domaine.
Gilbert Swann, consultant pour Sheffield Haworth, raconte qu’une candidature très sérieuse pour un poste en corporate finance avait été envoyée par un vendeur de chaussures. Il s’agissait de la marque Kurt Geiger, plutôt haut de gamme, mais cela n’a pas vraiment changé grand chose.
Dans une moindre mesure, un nombre incalculable de candidats font la même erreur. Les consultants soulignent que, si une annonce exige de l’expérience en capital investissement, par exemple, il est inutile d’envoyer sa candidature si on a fait de la fusions-acquisitions. Cela exaspère le cabinet de recrutement, qui perd du temps à traiter ces dossiers, et cela donne l’impression que les candidats sont prêts à accepter n’importe quel emploi. Le cabinet sera moins disposé à les aider par la suite. Cela empêche également les candidats de se concentrer sur des offres d’emploi pour lesquelles ils auraient plus de chances.
Une autre frustration est l’incapacité des candidats à se présenter correctement. Leur curriculum vitae peut très bien les désigner comme les candidats idéals pour un poste ; cependant, s’ils font une mauvaise impression au chasseur de têtes, celui-ci sait pertinemment qu’ils feront la même impression au client.
Duncan MacKay, consultant chez Penna, explique: beaucoup se considèrent comme le candidat idéal, capable de décrocher n’importe quel job dans n’importe quelle entreprise. Ils pensent qu’ils n’ont pas besoin de se donner du mal dans leur recherche d’emploi.
D’après M. Vaughan-Edwards, la discrétion fait aussi mauvaise impression que l’arrogance. Les candidats du genre scientifique très expérimenté sont parfois absolument incapables de se vendre à l’employeur. On doit expliquer au client qu’il lui faudra une demi-heure pour que son candidat devienne plus expansif, en espérant qu’il saura se montrer patient.
La leçon à retenir pour les personnes en recherche d’emploi est de noter tous les conseils de présentation donnés par les chasseurs de têtes. Ils ne font pas cela pour contrarier les candidats, mais pour les aider à trouver un emploi, et pour toucher leur commission. Un simple changement d’attitude peut faire toute la différence.
Clare Harris, consultante chez Longbridge, ajoute qu’il existe aussi des candidats qui lui font perdre son temps. Certains d’entre eux prétendent qu’ils veulent changer d’emploi, pour qu’on leur fasse une offre, qui les aidera à obtenir une augmentation de leur employeur actuel.
On a aussi affaire à des gens qui embellissent leur CV. Ces exagérations sont souvent subtiles, car les candidats savent que des mensonges trop importants sont faciles à détecter. Cependant, si au cours du dernier entretien, un candidat n’est pas aussi expérimenté qu’il n’y paraît, l’employeur furieux peut accuser le chasseur de têtes de lui avoir envoyé un candidat de seconde zone.
Actuellement, les clients donnent souvent plus de fil à retordre aux chasseurs de têtes que les candidats. Le directeur d’un cabinet de recrutement de dimension mondiale, qui veut rester anonyme, explique : C’est en partie délibéré. Les banques prennent leur revanche dans ce contexte de crise, après des années où elles ont eu l’impression que nous les faisions payer trop cher. D’après un autre chasseur de têtes, certaines banques font appel à des cabinets de recrutement uniquement pour avoir accès à leurs bases de CV, alors qu’elles ne comptent pas recruter dans l’immédiat. Une banque a même envoyé une multitude de CV qu’elle avait reçu d’un cabinet, à un chasseur de têtes concurrent, à titre gracieux. Une autre banque a envoyé par email une annonce mal écrite, rédigée par une société de recrutement pour présenter un poste, à des consultants d’une société concurrente, pour l’humilier.
Certains consultants se plaignent même d’être tyrannisés. Il y a quelques semaines, au cours d’un déjeuner dans la city à Londres, le directeur général d’un cabinet de recrutement a été interrompu en plein dessert par un flot d’injures sur son téléphone portable, venant d’un client insatisfait, travaillant dans une banque américaine. Les autres clients du restaurant pouvaient entendre les hurlements.
Le consultant se justifie: Avant, il ne se serait pas conduit comme ça avec moi. Aujourd’hui il peut se le permettre. Si je lui réponds, il ira voir un autre chasseur de têtes.
Parfois, les cabinets de recrutement se plaignent que les banques ne les paient pas pour le travail fait. Ce genre de conflit est rarement rendu publique ; cependant, en 2001, Sheffield International a poursuivi la banque Lehman Brothers en justice ; celle-ci lui devait des honoraires de 2 millions d’euros pour le recrutement de cadres seniors ; parmi lesquels des analystes pour lesquels Sheffield International réclamait 129 000 euros par tête.
On a appris que la banque a finalement réglé certaines factures après des pressions importantes, par contre d’autres ne se sont toujours pas payées. Apparemment, l’affaire s’est arrangée après de longues négociations, bien que les deux parties aient refusé de s’exprimer sur ce point.
D’après un chasseur de têtes européen, une banque se serait vantée d’avoir diffusé une page entière d’offres d’emploi dans un journal, alors qu’elle ne disposait en fait d’aucune offre.
Il s’agissait uniquement d’une action marketing. Le chasseur de têtes ajoute : La banque sait que je ne vais pas le rendre public, car sinon, je ne retravaillerai plus pour elle. Elle pense qu’elle peut tout se permettre.

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