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3 Questions à … Michel Hautefeuille

Michel Hautefeuille*, psychiatre, praticien hospitalier du Centre Médical Marmottan, observe chez les financiers un engouement inquiétant pour la caféine haut dosage, disponible sur Internet .

Depuis quand recevez-vous en consultation des professionnels de la finance ?

L’hôpital Marmottan a été crée il y a 30 ans pour aider les toxicomanes. Mais c’est seulement au début des années 2000 que l’on a commencé à voir spontanément venir des professionnels utilisateurs réguliers de divers produits, généralement âgé entre 30 et 40 ans. Situé dans le 17e arrondissement de Paris, nous sommes tout près de La Défense. Et les consultants historiques de ce groupe singulier ont été des professionnels issus de la finance, qu’ils soient banquiers ou occupant des fonctions financières dans les sièges sociaux de grands groupes, puis des informaticiens. Sur les 70 000 consultations chaque année, seulement quelques milliers appartiennent à ce panel. Ce chiffre est cependant constamment à la hausse.

Comment ont évolué les pratiques addictives dans ce milieu ?

Je préfère parler de dopage au quotidien. Pour ces utilisateurs, et à la différence des toxicomanes, le produit n’est pas une fin en soi mais est uniquement utilisé comme outil de performance. Le schéma classique ? Ils se sentent submergés par une demande au travail, soit parce qu’ils s’estiment incapables d’y répondre, soit qu’ils considèrent ne pas avoir assez de temps. Ils ont alors recours à toute la batterie classique de médicaments prescrits par leur généraliste (anxiolytiques, hypnotiques, tranquillisants…). Puis – et là, commencent généralement les problèmes – ils les utilisent hors avis médical, les mélangent (ex : des excitants la journée, des anxiolytiques le soir) et augmentent les doses. Contrairement aux Etats-Unis, l’utilisation de produits comme la Ritaline, utilisés dans le traitement des troubles d’hyperactivité avec déficit de l’attention chez les enfants, est très rare en France. De même que celles des opiacés, tel le Dicodin. En revanche le recours à des médicaments non-prescrits mais pas illégaux pour autant, tel que le Guronzan, est en hausse. On constate depuis seulement récemment un engouement inquiétant pour la caféine haut dosage ou CDH, disponible sur Internet, dont une pilule équivaut à 5 expressos ! J’ai vu certains patients absorber jusqu’à 15 à 20 pillules par jour… Enfin, les produits illicites font toujours recette : généralement la cocaïne et, de plus en plus, les amphétamines via Internet. Le cannabis en revanche est peu répandu dans ce panel.

Quels sont vos conseils pour les professionnels concernés ?

Ce qui est redoutable, c’est que cela marche au départ. Mais progressivement les exceptions deviennent la règle et le recours à ces substances ne se limite plus aux périodes de travail mais s’étend aux week-ends et vacances. Souvent le patient s’isole, se sent seul au monde car vit cette dépendance avec honte et craint la réaction des proches. Le premier cercle familial est rarement au courant. Sachez qu’une fois tombé dans cette spirale, on peut toujours décrocher. Des réponses peuvent être apportées à chaque patient dès lors qu’il fait la démarche de consulter. Nous proposons ici à l’hôpital Marmottan, qui est encore malheureusement le seul à recevoir ces professionnels dopés , une prise en charge rapide, efficace, anonyme et gratuite. Aucune prise médicamenteuse n’est anodine. Il faut toujours prendre l’avis de son médecin et se faire accompagner dans la durée.

*Auteur de Drogues à la carte, Editions Payot Rivages, 2002

commentaires (1)

Comments
  1. article très intéressant et certainement utile. Il ne faut pas cacher ces sujets.

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