☰ Menu eFinancialCareers

La place de Paris devrait créer 8 000 nouveaux emplois en 2011, mais la question de sa compétitivité demeure

Renforcement de la réglementation, pression sur les coûts, exacerbation de la concurrence, globalisation et consolidation accélérée du secteur… À un moment où l’industrie financière connaît de profonds bouleversements, un bilan sur le positionnement de la place financière parisienne par rapport à ses concurrentes s’impose.

Dans la bataille du recrutement et de la rétention des talents, c’est à l’échelle d’une place que beaucoup de choses se jouent en matière d’attractivité (objectifs et visibilité de la place, actions menées, présence d’un pool de talents, qualité de la formation…).

eFinancialCareers a organisé une table ronde le 11 mai intitulée Paris est-elle encore une place financière attractive?. Des débats, nous avons sélectionné les interventions et les annonces clés de nos cinq invités :

ARNAUD DE BRESSON, Délégué Général, Paris EUROPLACE

L’objectif n’est pas de devenir Londres, l’objectif est de devenir une place européenne ‘leader’ assise sur son économie et de consolider cette position

Paris peut revendiquer sa deuxième place mondiale en matière de gestion collective, une part de marché de 25% dans les dérivés actions et la gestion de 35% des émissions obligataires d’entreprises en euros.

Entre 2003 et 2008, les effectifs dans la finance ont augmenté en moyenne de 10% par an, soit plus de 30000 nouveaux emplois chaque année. Le rythme s’est ralenti avec la crise, mais la baisse des emplois a été moins marquée à Paris qu’à Londres (5000 emplois perdus entre 2007-2009 à Paris contre 94000 à Londres entre 2008-2010)

Nous avons aujourd’hui une meilleure perception des enjeux par le monde économico-politique, quelque soit le bord, dans un pays où ce n’était pas la tradition. Il en est résulté d’importantes améliorations réglementaires et fiscales : suppression de l’impôt de Bourse, réforme de l’appel public à l’épargne, mise en place du statut des cadres impatriés (aussi bien destinées à attirer les étrangers que faire revenir les Français)….

Selon une étude du Centre for Economics and Business Research, 2010 a ainsi vu la création de 14.000 nouveaux emplois et s’attend à ce que la Place de Paris en créé 8.000 supplémentaires en 2011

Paris Europlace anticipe une hausse de l’emploi de la Place de Paris de 6 à 35% d’ici à 2016.

ARNAUD CHRÉTIEN, Fondateur de la société de gestion quantitative Aequam Capital, à l’origine du projet QUANTVALLEY – Paris 2020 Cité des Quants

À Paris, on peut monter des projets dans la finance quantitative appliquée à la gestion d’actifs car nous disposons d’un vrai savoir faire dans le domaine. On a la chance d’avoir des grandes écoles et des universités qui forment des experts et talents qui s’exportent dans le monde entier et c’est tant mieux.

La difficulté, c’est de réunir les conditions nécessaires au succès des PME financières pour qu’elles se développent et embauchent significativement. On a construit de vraies marques en Asset Management avec de grands champions comme Carmignac ou Amundi. En revanche, nous n’avons pas encore fait émerger de champions internationaux dans le domaine de la finance alternative et des hedge funds. QUANTVALLEY c’est la réponse de la Place de Paris. Une communauté qui fédère les professionnels et les scientifiques et qui a l’ambition d’atteindre la masse critique en terme d’actif sous gestion, de visibilité et bien sûr de talents.

QUANTVALLEY, ce sont 5 milliards d’actifs sous gestion ce qui représente 200 emplois. Cela demeure une niche mais cela commence toujours comme ça. En comparaison, à Londres les 10 plus grosses sociétés anglaises du secteur représentent 50 milliards d’euros d’actifs et concernent 2.000 emplois. Attirer les talents prend du temps. C’est pourquoi l’horizon 2020 a été fixé comme objectif pour faire de Paris la Cité des Quants.

MAÏTÉ LEGRAND-BOUCARD, Directeur, Centre de Formation de la Société Française des Analystes Financiers (SFAF)

En formation, nous sommes plutôt bien pourvus en France où la qualité de nos formations est reconnue. […] Nous ne fonctionnons pas suffisamment en synergie, trop de lenteur, de prés carrés défendus corps et âme, alors que face à une compétition mondialisée.

Les jeunes professionnels qui rejoignent notre centre de formation pour passer le CIIA [Certified International Investment Analyst] veulent avoir un sésame international qui leur permette d’être reconnus sur d’autres places financières. Avec ce diplôme, la France dispose d’un vrai savoir-faire en matière d’enseignement professionnel, notre taux de réussite est de 75% actuellement, c’est l’un des meilleurs au monde. Mais là encore, nous avons besoin que les acteurs de la Place parisienne fassent connaître nos diplômes et nos formations

La certification AMF est un atout puisqu’elle permet aux acteurs de structurer leur plan de formation afin de s’assurer d’un niveau minimum de connaissance en la matière. Ceci dit, c’est en la faisant vivre que nous allons mesurer sa valeur ajoutée. Si vous me permettez une comparaison : dans l’amour les intentions sont importantes mais les preuves comptent encore plus.

JEAN-FRANÇOIS MONTEIL, Directeur de la Practice Finance Banque pour la zone EMEA du cabinet de recrutement Alexander Hughes

Londres reste la principale place financière pour la plupart des professionnels de la finance, parce que c’est le centre du moteur en matière de banque d’investissement en Europe. Il n’y a pas vraiment eu de transferts importants Londres-Paris liés à la crise.

Ce n’est pas parce que notre place n’est pas assez attractive. En dépit d’un réel travail de fond, la promotion n’est pas faite avec assez de moyens et on note peu de gros projets d’installation à Paris d’établissements étrangers. L’emploi en finance en France est essentiellement aux mains des Français… Dans les couloirs des sièges des grandes banques françaises, on est à 99% français et ça, c’est un sujet pour une place qui souhaite s’internationaliser.

L’essentiel des talents se tourne vers les grandes banques internationales hors France. On n’a pas réussi à initier le mouvement inverse. Vis-à-vis des candidats, il y un vrai déficit de marketing. Les anglo-saxons, eux, sont capables de marketer à l’extrême. Pourtant la France a une carte à jouer: on peut vendre Paris sur la base de son expertise, son track record, sa capacité à générer des talents….

ROBIN RIVATON, Président du Club Finance Paris et étudiant à l’ESCP Europe et à Sciences Po

Sur les métiers BFI, il n’y a pas eu un rebond très fort qui marquerait véritablement une croissance endogène de la place parisienne.

J’ai fait le tour des différentes places (Francfort, New York, Londres) et, très clairement, personne ne m’a dit d’aller à Paris. Pour eux, c’est clair, l’avenir se fait en Asie sur des places comme Shanghai ou Singapour.

Pour les banques françaises, il ne s’agit pas seulement de recruter majoritairement à la City, puisque la filiale equity research et brokerage de BNP Paribas compte également transférer une partie de ses équipes parisiennes vers Londres. On constate une dynamique similaire chez CA Cheuvreux.

Concernant les banques étrangères installées à Paris, on fait face à une pyramide de plus en plus étroite, c’est-à-dire qu’on laisse des effectifs juniors très faibles et qu’on maintient quelques personnes très seniors qui s’occupent des relations avec les gros clients depuis Paris, tandis que les effectifs juniors sont transférés à Londres.

À la lumière des exemples de la LSE ou de WHU, il est nécessaire que Paris accueille aussi une réunion d’envergure internationale pour les futurs décideurs de l’entreprise et de la finance. Ces conférences sont des vitrines, des opérations de relations publique pour les écoles mais plus largement reflètent l’état d’esprit des acteurs en présence.

commentaires (4)

Comments
  1. Il n’y a pas de création d’emploi à Paris et il n’y aura jamais. Les jeunes diplomés sont obligés de s’exiler à l’étranger s’ils veulent trouver un job. Le nombre de poste en FO sont à peine une dizaine chaque année et le nombre de diplomés est hallucinant. La meilleur preuve est la BNP qui a déménagé tous ses tradeurs et son FO à Londres.

  2. Mr Monteil a l’analyse la plus juste, comment voulez-vous devenir international quand déjà les leaders de la place parisienne ne le sont pas ? En outre je me souviens d’une discussion avec un expat français ayant fréquenté les comités de direction d’une grande banque française à Paris, pour lui c’est clair il ne reviendra jamais dans l’hexagone car les mentalités sont et resteront franco-françaises.

  3. Quand on sait comment le système de formation forme en France, on comprend que l’internationalisation n’est pas une priorité, ni un challenge mais plus un habillage. Les écoles et organismes de formation (y compris les prétendues prestigieuses) ont tellement de mal à remplir leur caisse que tout est possible.

  4. Merci FreeMind pour cette juste remarque. Les prétendues prestigieuses ne le sont plus que par incantation… quand on voit comment la SFAF noue ses partenariats avec les universités de 3è zone comme Nanterre (cf le dernier rapport d’activité), on n’a pas besoin de boule de cristal pour comprendre qu’ils ont tellement de mal de remplir leur session, que tout est possible.

    Si vous souhaitez détenir une formation internationale en finance reconnue par des professionnels, ne comptez pas sur les associations viellissantes et passez le CFA.

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici