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OPINION : “Contre-offre? N’écoutez pas le chant des sirènes.”

Envie de changer de job ? Votre employeur actuel pourrait avoir d’autres idées en tête, prévient Richard Grant de la société de recrutement JM Group.

La bonne tenue du marché du travail ayant entraîné une augmentation du nombre d’emplois et d’opportunités professionnelles, les entreprises tentent de lever tous les obstacles pour attirer vers elles les talents dont elles ont besoin. Nous le constatons tous les jours dans les offres d’emplois à travers les augmentations de salaires, comprises entre 10 et 20%. Nous avons même récemment placé un candidat qui a perçu une augmentation de 45%. Une pratique en passe de se généraliser.

Avec la pénurie de candidats, il est en effet devenu capital pour les entreprises de conserver leurs effectifs. C’est pourquoi nous assistons à une véritable envolée du nombre de contre offres avec dans leur sillage la promesse de packages et de promotions très élevés. Jusque récemment, les contre offres étaient réservés aux seuls cadres seniors, mais depuis les six derniers mois, près de 60% de nos candidats en ont reçu une.

Sans tenir compte du rapport de force avec votre employeur, avouez qu’il est toujours flatteur de recevoir une contre offre, et l’augmentation de salaire qui en découle est généralement suffisamment élevée pour vous satisfaire pleinement. Mais, au risque de décevoir votre ego, il existe une raison bien plus commerciale qui justifie une contre offre !

Le plus souvent, c’est un réflexe naturel de la part de votre supérieur pour qui perdre une personne clé de l’équipe rejaillit directement sur lui. Aussi est-il prêt à faire ce qu’il faut pour vous garder. Pour vous convaincre, voici les conséquences liées au départ d’un employé :

Coût : remplacer du personnel est plus coûteux en argent et en temps que de le retenir.

Poste vacant : difficile de remplacer du personnel qualifié dans la conjoncture actuelle

Compétences : la perte de connaissances et le besoin de re-formation coûtent cher

Instabilité : l’éventuel effet de contagion à l’intérieur de l’équipe peut être préjudiciable, chacun pouvant être amené à remettre en cause sa situation personnelle.

RH : votre employeur serait bien en peine de remplacer tous les départs en cas de perte d’effectifs. C’est pourquoi, loin d’être naïf, il n’hésitera pas à jouer avec vos cordes sensibles pour vous convaincre d’accepter sa proposition de contre offre :

Vous êtes bien trop qualifié pour que nous nous passions de vos services

Nous voulions justement vous augmenter mais ceci était jusqu’à présent confidentiel

Qu’est-ce que nous pourrions faire pour que vous ayez envie de rester parmi nous ?

Monsieur le directeur aimerait bien vous rencontrer avant que vous ne preniez une décision définitive

Le plus souvent, les entreprises vous proposeront des augmentations de salaires conséquentes, de nouveaux projets, des promotions, un nouvel organigramme. Même si tout cela peut sembler de prime abord excitant et tentant, méfiez-vous des conséquences néfastes qui n’apparaissent pas forcément tout de suite.

Une fois que vous avez renoncé à partir, surtout si c’était pour rejoindre un concurrent, vos relations de travail peuvent alors changer. Votre manque évident de loyauté peut entraîner une défiance de la part de votre employeur et compromettre votre participation dans des projets futurs. Qui plus est, l’augmentation de salaire qui résulte de la contre offre sera par la suite minorée par les augmentations similaires que ne manqueront pas de bénéficier vos collègues alors que de votre côté, il y a de fortes chances pour que vous ne soyez plus jamais augmenté. Il est d’ailleurs fréquent que la décision de rester suite à une contre offre entraîne une rémunération plus faible que si vous vous étiez contenté d’attendre patiemment la prochaine augmentation.

Pire encore : d’après notre expérience, environ 80% de ceux qui ont accepté une contre offre sont partis volontairement ou ont été licenciés 6 à 12 mois plus tard. Et sur ces 80%, plus de la moitié ont recommencé leur démarche de recherche d’emploi trois mois à peine après la contre offre.

Voici quelques conseils utiles :

· En acceptant un nouveau rôle, assurez-vous que vous lui correspondez bien. Les conditions de marché actuelles génèrent un processus de recrutement tellement rapide que vous n’aurez guère le temps pour le tester.

· Soyez conscient que mis à part l’augmentation de salaire, les problèmes que vous rencontrez quotidiennement seront toujours bel et bien là.

· Attention au gain financier généré à court terme par la contre offre : il risque de ne pas être aussi attrayant qu’il le paraît s’il est placé dans une perspective de moyen et long terme.

· Souvenez-vous de l’impact que l’annonce de votre démission peut provoquer sur votre supérieur, aussi veillez à ne pas l’utilisez pas comme un outil de négociation. N’agitez le spectre de votre démission que si vous voulez vraiment partir !

· Tâchez de vous projeter mentalement les nouvelles opportunités qui s’offrent à vous de même que les engagements pris par votre employeur pour vous gardez à bord.

· Ne brûlez pas les étapes, soyez clair et limpide quand vous communiquez avec vos interlocuteurs

Avant d’acceptez ou refusez une contre offre, assurez-vous que avez bien à votre disposition toutes les informations et que votre décision de rester ou partir est mûrement réfléchie.

commentaires (3)

Comments
  1. Quand on a décidé de partir il faut partir. L’argent ne permet jamais de maintenir la motivation. Il est suicidaire quand on a fait une recherche active de job d’accepter une contre-offre.

    En revanche si on est chassé, il est possible d’utiliser “élégamment” cette proposition pour améliorer sa situation.

    Cependant attention, je connais un collègue qui a joué à ‘augmentez moi ou je pars’ et qui a eu comme réponse… : on ne vous retient pas !!!

  2. Pour ma part, je pense qu’il est suicidaire de jouer à “augmentez moi ou je m’en vais”. En effet, si l’on souhaite partir pour des raisons financières accepter une contre-offre se résume à accepter d’avoir en une fois toutes les augmentations de salaires que l’on aurait obtenu dans le cadre d’une négociation classique.
    Par ailleurs si l’on part pour d’autres raisons, la compensation financiére d’une contre offre ne solutionnera pas nos pb du quotidien sur le fond.
    Tout au mieux, elle les rendra acceptables pendant quelques mois…
    Enfin, une recherche d’opportunités demande un certain investissement personnel (même si l’on est chassé) et lorsque l’on a fait le pas de mettre le nez à la fenêtre, j’ai du mal a concevoir que l’on puisse de nouveau se remotiver à moyen terme pour son poste sans repenser sans cesse (et notamment en cas de pb) à l’opportunité que l’on a refusé pour accepter une contre offre.

  3. J’ai accepté une contre-offre il y a quelques mois et aujourd’hui je suis de nouveau en recherche active! Avec le mal-être et la démotivation en prime. Les employeurs devraient savoir que ce n’est pas une chose à faire car la perte de l’employé est inévitable à partir du moment où il a exprimé son envie de quitter. J’imagine déjà leur tête quand je vais leur ré(annoncer) que cette fois-ci je m’en vais pour de bon! Je ne regrette pas mais c’est encore plus dur aujourd’hui.

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