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Une journée avec Michel Debiche, fondateur d’un hedge fund

06h30 C’est souvent notre bébé d’un an qui me réveille. Et même s’il dort, il faut s’occuper des deux aînés. Je prépare parfois leur petit déjeuner mais c’est généralement ma femme, Michal Melamede, qui est mille fois plus efficace que moi, qui s’en charge. C’est un peu la folie le matin. Il faut aussi s’occuper de leur déjeuner et du mien. Michal, qui travaille pour un éditeur de logiciels financiers en temps réel (Metrics Solutions LLC) peut travailler à la maison, aller à son bureau ici à Princeton ou encore travailler sur site à New York.
07h00 J’ai neuf minutes de transport ou au plus vingt quand il y a des embouteillages. Ça me change des années où je passais, à l’aller comme au retour, une heure et demie pour aller de Princeton à New York. Maintenant, il faut que je prenne un moment pour lire le journal que je lisais avant dans le train. Avant je ne voyais jamais les enfants le matin et j’étais crevé le soir.
07h30 Ma journée de travail se décompose en trois parties: préparation, trading et tracking, et débriefing à la fin de la journée. La première chose à faire est de vérifier que les données ont bien été téléchargées pendant la nuit et les bases de données mises à jour. Ensuite il faut faire le rapprochement de nos portefeuilles, entre ce qui est dans nos systèmes et ce qui apparaît chez notre prime broker, Morgan Stanley. Les ordres étant automatisés, les ruptures sont extrêmement rares. Toutefois je regarde les opérations qui nécessitent dans une certaine mesure un traitement manuel comme les fusions, les dividendes extraordinaires, etc..
08h00 Une fois la maintenance terminée, on doit procéder à la vérification des autorisations de prêts de titres, qui est automatisée.
09h30 C’est l’ouverture des marchés. Notre automate de trading ne nécessite que très peu de supervision humaine. Le gros de la formation des prix se fait dans la foulée de l’ouverture, c’est intéressant de regarder notre compte de résultat évoluer en temps réel. Il varie souvent beaucoup pendant la première heure et demi de trading pendant laquelle je suis littéralement collé à mon écran.
10h00 Je suis assis à un poste qui compte plusieurs écrans, dont un terminal bloomberg. Aucun titre ne représente plus de 1% de notre portefeuille. On a 1500 valeurs que l’on regarde constamment à la loupe pour vérifier que tout ce qui passe est normal. On recherche les défauts ou les acquisitions, tout ce qui ne rentre pas dans notre modèle.
11h30 Quand on fait une transaction, on échange en fait des paquets de 500 à 600 titres. On travaille avec deux brokers qui nous donnent accès aux New York Stock Exchange, Archipelago, Island, Instinet, Tradebook, et au NASDAQ. On traite à différents intervalles de la journée quand l’automate identifie des opportunités. Tous les jours on examine plusieurs valeurs passées à différents filtres de performance relative sur les quelques jours ou plusieurs mois.
12h00 Je suis rivé sur mon clavier, un casque sur la tête. Je suis toujours relié au bureau pendant les heures de trading; si quelque chose d’inhabituel arrive, le système m’envoie un sms sur mon mobile. Pas moyen d’y échapper.
13h00 le marché a tendance à être plus calme après déjeuner; j’en profite pour passer mes coups de fil, ou pour tenir des réunions marketing ou développement. Un des aspects contraignants du trading est de devoir manger à son poste ou pas loin. J’apporte généralement mon déjeuner préparé à la maison. Je peux aller jusqu’au micro onde tant que j’ai mon téléphone portable avec moi.
13h30 Nos marges sont faibles, on dégage des profits en traitant de gros volumes. On est un gros consommateur de télécommunications et de bande passante. Quand on envoie 1500 ordres, on veut qu’ils arrivent vite.
14h00 Les variations de marché sont autant d’opportunités. Un jour comme celui de l’annonce de la Fed en 2001, on a envie d’élargir les tuyaux et de laisser s’emballer l’automate. Aujourd’hui j’ai une équipe plus réduite que par le passé mais j’arrive à tout faire moi-même.
Sur une table de compte propre, on perd tellement de temps en réunions. Ici, on fait tout soi même ou on sous traite à des fournisseurs qui se doivent être bons parce qu’ils vendent un service ; on a pas à faire à une bureaucratie interne qui fait des bons ou des mauvais choix.
15h00 Il arrive qu’une connexion saute. C’est alors le feu, il faut s’y coller et rétablir la situation.
16h00 Après la fermeture des marchés, on se réunit en interne, on prend les appels et on termine en faisant le bilan de la journée. On prépare les fichiers pour les télétransmettre aux serveurs de Morgan Stanley et on s’attaque aux problèmes apparus dans la journée.
17h00 Il y a toujours autre chose à faire, ce n’est pas comme si on n’avait qu’une seule stratégie de trading; le piège est de remettre à un jour encore plus chargé les nouveaux développements. On finit généralement par s’en occuper les week-ends ou les soirées.
18h00 Je quitte généralement le bureau à 18 ou 18h30 bien qu’il m’arrive de partir dès 17h30 pour emmener les enfants au foot. J’ai longtemps joué jusqu’à ce que des blessures m’en empêchent et aujourd’hui je suis un papa foot. Quand on fait la navette entre domicile et travail, on n’a plus de vie sociale et on passe à côté de tellement de choses. J’ai rencontré Richard Levine, mon associé dans Quantia Capital, parce qu’il était l’entraîneur de l’équipe de foot de ma fille.
On apprend beaucoup en voyant quelqu’un dans ses fonctions d’entraîneur surtout quand il est bénévole et doit gérer les attentes des parents qui confient leurs enfants et leurs rêves de victoires par procuration. C’est une véritable école des relations humaines et c’est pourquoi Richard s’occupe des relations investisseurs. Il est plus diplomate que moi.
19h00 On dîne à 19h ou 20h selon le programme de foot.
20h30 J’aide les enfants à faire leurs devoirs. Je travaille parfois depuis chez moi dans la soirée. Quand on dirige une entreprise, il y a toujours de la paperasse à faire. Occasionnellement, je retourne au bureau qui est à deux pas ; ce que je ne pourrais pas faire si je travaillais à une heure et demi d’ici.
22h00 C’est généralement l’extinction des feux à moins qu’il y ait beaucoup de devoirs, auquel cas je suis amené à travailler plus tard.

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