Voici les motivations des banquiers seniors de la City qui reviennent... à Paris

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Les banquiers seniors ont souvent plusieurs raisons qui les poussent à rentrer

Paris fait désormais la course en tête devant Francfort dans la délocalisation des emplois de la City de Londres, selon le cabinet indépendant de conseil en management Sia Partners qui a mis en place un tracker qui suit les transferts d’emplois de la finance londonienne vers le continent. Pour les emplois délocalisés, ou en voie de l’être, l'estimation est de 2.482 transferts vers Paris (avec une fourchette comprise entre 1.833 à 3.130 emplois).

Parmi eux figurent bien évidemment des expatriés français. Brexit ou pas, les jeunes diplômés et les juniors continuent d'être attirés par Londres. Par contre, les profils expatriés plus expérimentés sont plus enclins à envisager un retour en France, certains d'entre eux ayant d'ailleurs déjà franchi le pas avant même de connnaître l'issue des négociations entre le Royaume-Uni et l'UE.

Plus généralement, « les banquiers seniors n'ont pas attendu le Brexit pour quitter Londres. Beaucoup sont rentrés avant », rappelle un ex-senior banker de chez JPMorgan qui a monté sa société fintech, citant pêle-mêle « des motivations professionnelles, pécunières, familiales ou liées à la qualité de vie ». Retour sur ces motivations sur la base de témoigages de banquiers seniors concernés ainsi que de leur entourage (collègues, recruteurs...).

Motivations professionnelles

« Certains banquiers expérimentés reviennent car ils n'ont tout simplement pas le choix », rapporte l'ex-banquier de JP Morgan. « Le transfert de leur division sur Paris a été acté et ils doivent donc revenir ». Cela concerne surtout les professionnels de la finance de marché (traders, sales, fonctions support) des grandes banques américaines qui ont décidé de transférer leur hub de trading dans la capitale française. Un trader d'une banque française à Londres avoue même n'avoir eu que 24 heures pour se décider d'accepter un nouveau poste en France. Et il a dit oui.

Selon un banquier d'investissement travaillant à Paris, « la précarité de certains contrats de travail à Londres et la difficulté de grimper parfois dans la hiérarchie du fait de différences culturelles et linguistiques » peut finir par convaincre certains banquiers de rentrer au bercail. Tout comme « l'affirmation très ferme des acteurs français de la banque d'investissement comme des référents et donc la "crédibilisation" de la place parisienne comme une grande place financière ».

Qui plus est, les banques d'investissement installées en France se montrent particulièrement friandes de profils ayant une expérience professionnelle significative sur la première place financière mondiale qu'est Londres (même s'il est vrai que la capitale britannique a récemment été détrônée par New York dans l’indice Z/Yen).

Motivations financières

Jusqu'à présent mieux valait travailler dans une banque de la City que dans une banque en France en terme de salaire et de bonus. Mais les choses sont peut-être en train de changer depuis que Paris a décidé de dérouler le tapis rouge aux cadres dirigeants du secteur financier avec une série de mesures fiscales incitatives (régime des impatriés, réforme de la taxe sur les salaires...).

Mieux encore : le Brexit a pour effet de provoquer une véritable inflation des salaires dans l’industrie financière, notamment à Paris, où « certains établissements ont revu leur politique de rémunération à la hausse en conséquence », rappelle Denis Marcadet, président du cabinet de chasse Vendôme Associé.

Évidemment, les banques basées à Londres et qui emploient une armada d'analystes quantitatifs issus des grandes écoles françaises d'ingénieurs sont prêtes à augmenter les salaires et améliorer les avantages sociaux des employés pour faire face à la pénurie de main-d'œuvre qui s'annonce. La guerre des talents ne fait que commencer...

Enfin, un banquier qui a sorti sa calculette nous indique avoir fait « un calcul purement financier lié au coût de la vie à Londres, comparé au niveau de change de l'euro/pound ». Résultat des courses : il peut être financièrement plus intéressant de revenir sur Paris que de rester à Londres, notamment si la dépréciation de la Livre Sterling se poursuit.

Motivations familiales

« Les banquiers français à charge de famille craignent de voir les coûts de scolarité de leurs enfants exploser », indique un recruteur en charge de la practice banque-finance d'un cabinet de chasse parisien. « C'est pourquoi quand mouvement il y a, celui-ci se fait le plus souvent au niveau associate », confirme un banquier d'investissement travaillant désormais à Paris.

Ainsi, de l'avis des recruteurs, ce sont les plus de 35 ans à charge de famille qui sont les plus susceptibles de revenir. Le mouvement s'effectue souvent en deux temps. Certains banquiers reviennent travailler en faisant la navette entre Paris et Londres où ils ont laissé leur conjoint et leurs enfants, avant parfois d'envisager un retour définitif de toute la famille à la fin de l'année scolaire au mois de juin.

Quant aux banquiers qui souhaitent que leur progéniture puisse continuer à étudier la langue de Shakespeare, l'ouverture à la rentrée de deux nouveaux lycées internationaux proches du quartier d'affaires de La Défense pour les “réfugiés du Brexit” pourrait finir par convaincre les plus récalcitrants de revenir travailler dans l'Hexagone, et notamment ceux de l'Agence bancaire européenne à Londres.

Motivations liées à la qualité de vie

Surtout, il n'y a pas que l'argent qui compte. La qualité de vie a tendance à prendre progressivement le dessus dans une carrière en banque. Et pour cause : « Londres est un endroit idéal pour débuter votre carrière, mais c'est une ville extrême : vous avez plein de gens talentueux faisant d'énormes sacrifices dans leur vie personnelle pour aller de l'avant », rappelle dans nos colonnes un jeune banquier M&A qui a quitté la City.

Mais pas question de partir n'importe où. « Pour des raisons de qualité de vie, certains banquiers seniors ne veulent tout simplement pas aller s'installer à Francfort où leur division est susceptible d'être transférée et étudient l'hypothèse d'un retour en France », note l'ex-banquier de JP Morgan. « Car Francfort n'est pas Paris, que ce soit en termes d'offre culturelle ou d'infrastructures ». A bon entendeur...

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Credit photo : Tempura / gettyimages

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