☰ Menu eFinancialCareers

Front versus back/middle-office : vers un nouveau rapport de force ? Pas sûr…

Le procès de Jérôme Kerviel, dont le jugement sera prononcé le 5 octobre, a laissé beaucoup de questions en suspens sur la culture du contrôle dans le monde bancaire.

Dans la foulée de l’affaire, début 2008, de nombreuses annonces avaient été faites par Société Générale sur les moyens mis en place pour réformer son organisation. Ainsi, 300 personnes ont été mobilisés dans son programme Fighting back et 150 millions d’euros ont été investis dans la révision des procédures de contrôle. En 2009, la banque assurait déjà qu’un an après la révélation de la perte de trading de 4,9 milliards d’euros, les effectifs dédiés aux contrôles avaient été augmentés de 12%.

Le mouvement d’embauches avait d’ailleurs fait tâche d’huile dans le secteur. La plupart des acteurs s’étant renforcés sur ces fonctions en dépit du gel des embauches ambiant. Mais cela a-t-il suffit à changer les pratiques et les rapports qu’entretiennent le back et le front-office?

La communauté financière semble en douter. Selon un sondage* mis en ligne sur notre site pendant la tenue du procès, 20% des professionnels de la finance sont convaincus que cette affaire aura permis de développer les embauches dans la gestion des risques et le contrôle interne mais près de 4 répondants sur 10 (39%) estiment que les pratiques des traders au sein des banques n’ont pas évolué.

Pour Philippe Ravisy, avocat spécialisé dans le droit du travail, le problème est plus profond : Les établissements financiers français n’ont pas une culture forte du contrôle, contrairement au système anglo-saxon où la décision des professionnels du contrôle est incontestable.

Après l’affaire Kerviel, cet avocat spécialiste dans la défense et l’accompagnement des cadres a défendu plusieurs de ces professionnels qui, après avoir tiré l’alarme en interne, avaient dû quitter leur emploi. Dans un cas, une responsable du contrôle des risques avaient été décrédibilisée puis évincée. Dans un autre, un professionnel faute d’être entendu a finalement décidé de partir pour ne pas engager sa responsabilité personnelle en cas de problème, précise-t-il.

Thami Kabbaj, professeur de finances à l’université Paris-Dauphine et ancien trader, ne dit pas autre chose : En France, le back office n’a pas le statut qu’il devrait avoir, c’est-à-dire qui contrôle, qui est indépendant, qui a la pression et qui a un pouvoir. En France, ce sont les traders qui ont le pouvoir (Reuters).

Mais tout le monde ne partage pas cet avis. Oser dire que les banques françaises sont incompétentes en matière de gestion des risques au regard de leurs concurrentes anglo-saxonnes, on marche sur la tête! Rappelons que les banques qui n’ont pas écouté leurs risk managers et qui ont fait faillite sont Bear Stears et Merrill Lynch, observe Christian Jimenez, directeur de l’Association internationale des risk managers pour la France.

Pour ce spécialiste, le problème vient plutôt du fait que le front-office a souvent une longueur d’avance sur le risk management en matière d’ingénierie financière. Cependant, depuis l’affaire Kerviel, de gros efforts ont été réalisés sur le plan des moyens. Il reste néanmoins encore à faire pour tirer les prérogatives du risk management vers le haut, notamment en matière de rémunération, dont l’écart avec celle des traders est choquant, plaide-t-il.

L’affaire Kerviel a certainement aidé la cause des professions du contrôle et du risque. Mais il passera encore beaucoup d’eau sous les ponts avant que ces dernières ne cessent d’être caricaturées uniquement comme des centres de coûts.

commentaires (10)

Comments
  1. Christian Jimenez, ce “spécialiste”, prêche pour sa paroisse. Faudrait qu’il aille faire un tour chez les Anglo-Saxons, il en reviendrait sidéré.

  2. risk = centre de cout, une carricature ? non c’est juste un constat qui explique que les ecarts de remuneration ne vont jamais disparaitre …

  3. Ca ne sert absolument à rien de mettre en place des moyens de contrôle si on est pas prêt à écouter ce qu’ils ont à dire. Le contrôleur des risques est un salarié lambda qu’on replacera facilement contrairement au trader vedette à qui la direction fait des courbettes.

  4. Ya des boites ou si le “risk management” (et pas “risk control”) ne signe pas, le deal n’est pas fait… Si, si,…

  5. bien que travaillant dans la finance j’estime qu’on aurait du laisser des grandes banques faire faillite (en emboursant le depot des epargnants). c’est au marche de faire le nettoyage aussi
    apres cela , les dirigeants de banques seront peut-etre plus prudent et ecouteront. leur risk managers (pas la farce actuelle qui consiste a ecrire des rapports qui finiront a la poubelle) Je suis de plus en plus partisan de la banque a l’ancienne
    quand je vois comment certaines banques francaises sont gerees, la meilleur chose qui puisse leur arriver c’est de faire faillite ou fermer (il suffit de voir la socgen et l’affaire kerviel)
    actuellement, on recompense la prise de risque inconsideree avec le sauvetage des banques par les deniers publics. le probleme c’est que le systeme bancaire actuel, deraisonnable est lie lui meme a un systeme politique deraisonnable (consommation par surdendettement). l’endettement c’est pas fait pour la consommation mais pour l’investissement.

  6. mieux valoriser le BO/MO (notamment niveau rémunération) et augmenter les exigences en fonds propres sur le compte propre, pour commencer

  7. Il y a un gap CONSIDERABLE entre l’expertise technique des risk management et le Front Office., ce n’est pas du tout comparable !! Franchement, il faut pas se voiler la face : devant des équipes FO peuplés de Centraliens ou d’X et autres ENSAE, les gens des risques ne comprennent pas grand choses au business des dérives. Sur les produits exotiques, n’en parlons même pas…les risques manager chargés de contrôler les produits complexes n’ont aucune expérience, n’ont pas idée de ce qu’est un modèle vol locale…et finissent par demander l’avis des FO
    Les risques management passe les du temps à produire une quantité de chiffre de manière aveugle, le but étant au final de faire du reporting pour justifier l’existence même de leur fonction …au cas ou un audit viendrait à se présenter.Le du temps qui reste, ces risk managers se transforment en stagiaire des traders, ils s’appuient le plus souvent sur leurs analyses Front et leurs arguments pour donner leur autorisation…encore aujourd’hui
    Bien sûr ! le risk management a toujours sous le coude un nouveau stress encore plus monstrueux que celui déjà mis en place…pour en mettre plein la vue à la DG ou à la commission bancaires.

  8. Le fait est que les banques françaises ont peuplé les équipes risques de personnes royalement incompétentes (pour ce type de poste, j’entends bien), provenant d’équipes support ..

  9. Effectivement comme le dit Thami Kabbaj, professeur de finances à l’université Paris-Dauphine et ancien trader, ne dit pas autre chose : En France, le back office n’a pas le statut qu’il devrait avoir, c’est-à-dire qui contrôle, qui est indépendant, qui a la pression et qui a un pouvoir. En France, ce sont les traders qui ont le pouvoir .

    Or pour avoir travaillé dans une grande banque d’affaire américiaine, le front n’est rien sans un bon back (souvent constitué d’ancien traders reconvertis. Tant qu’en France l’arrogance paiera plus que la logique et une certaine prudence, des affaires Kerviel et autres se reproduiront. Le MO et Le BO ne sont pas des centres de cout mais de profit car des opérations vérifiées, validées et réglées coûtent beaucoup moins cher que des suspens et des indemnités de retard……

  10. Tout à fait d’accord avec toi coco .
    Le problème c’est que les traders francais se prennent pour les rois du monde . Il faudra bien un jour qu’ils se fassent à l’idée que la place de Paris c’est peanut . Il suffit de regarder les volumes quand Londres ou Wall street est fermé .
    Travaillant au middle en france , après être passé au Front il y a des années , verrai-je un jour ce changement de mentalité?

Votre commentaire est en attente de modération. Il apparaîtra sur le site une fois validé

Réagissez

Pseudo

Adresse e-mail

Consultez notre règlement concernant notre communauté ici