De l’utilité d’un questionnement philosophique portant sur les transformations techniques de la finance...

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La pratique de la modélisation mathématique en finance et l’usage intensif des modèles a profondément modifié le paysage des professions financières dans le monde depuis trois décennies. La présence massive de modèles a contribué à la financiarisation de l’économie ainsi qu’à l’extension du champ financier dans la société, conduisant à faire entrer dans ce champ des objets qui y étaient restés jusqu’alors étrangers (la nature, la santé, le corps humain).

Que cet effet ait été souhaité ou non par leurs concepteurs, les modèles mathématiques de la finance ont désormais un impact sociétal important. Simultanément, des innovations techniques sont apparues, permettant à la recherche scientifique dans le secteur financier de prendre la forme d’une technologie financière, qui semble évoluer dans le sens d’une autofinalisation croissante.

D’où l’utilité d’un questionnement philosophique portant sur les transformations techniques de la finance. Il ne s’agira pas de rejouer une nouvelle fois le classique débat entre partisans et adversaires des mathématiques financières, mais de reprendre à nouveaux frais la question du rôle des modèles dans la financiarisation de la société.

Ces notions techniques sont aujourd’hui confinées dans des cercles de spécialistes et par là sont opaques au débat public. Face au risque grandissant des technicisations des décisions, dans l’idée d’une réappropriation par chacun des enjeux de la modélisation mathématique en finance afin que des non experts puissent participer à l’instauration d’une régulation éthique de la finance, il est nécessaire d’apprendre à connaître les bases techniques de la modélisation financière pour pouvoir ensuite en débattre.

D’où la proposition d’un « cours » pour se former à ces enjeux, dans l’esprit des forums hybrides introduits par Michel Callon, Pierre Lascoumes et Yannick Barthe (Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Seuil, 2001). Le parti-pris de ce cours est que la gouvernance éthique des technologies financières ne peut s’envisager sans l’accueil de la parole des non spécialistes. L’exercice de la raison appliquée à l’analyse de la technoscience financière s’adresse donc à tous (experts, citoyens, élus, associations, groupes de pression) et participe ainsi de plein droit à la Cité.

Ces cours permettront donc à un large public de se familiariser avec la finance et les enjeux sociétaux des modèles mathématiques et des nouvelles technologies financières. Le premier volet abordera la fonction énonciatrice des modèles mathématique financiers. En quoi sont-ils porteur d’un message, d’une idée, d’un contexte ?  Comment nous parlent-ils et quelles sont les structures de pensées qu’ils véhiculent ? A l’image d’un partition musicale ou d’une pièce de théâtre nous pourrons ainsi dessiner leur façon d’agir sur nous.

Calendrier des cours : cliquez ici

L'auteur : Actuaire agrégé de l'Institut des actuaires, Christian Walter est depuis 2013 titulaire de la chaire Ethique & finance du Collège d'études mondiales de la FMSH - Institut des sciences juridique et philosophique de la Sorbonne. Depuis 2008 il est membre de NoSoPhi et chercheur associé au CEFRA (Centre de recherche pour l'analyse des risques financiers) à l'EM Lyon.

Crédit photo : gettyimages

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