Pourquoi les banquiers veulent vivre en France, pas en Suisse ?

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Pourquoi les banquiers veulent vivre en France, pas en Suisse ?

Le fait que les employés des banques privées suisses puissent vivre du côté français de la frontière est dorénavant vivement déconseillé sous prétexte que leurs employeurs ne veulent pas qu’ils se retrouvent potentiellement dans le viseur des autorités françaises.

Tout le monde a encore en tête l’affaire Hervé Falciani, cet ex-informaticien de HSBC qui a permis au fisc français de récupérer des milliards cachés en Suisse et qui a été condamné à cinq ans de prison par la justice helvète. Ou plus récemment UBS, condamnée à une amende record par un tribunal français pour démarchage bancaire illégal et blanchiment aggravé de fraude fiscale en France.

Alors les banques suisses vont-elles toutes exiger de leurs employés qu’ils déménagent sur le sol suisse ? « Il ne faut pas généraliser », prévient d’emblée Jérôme Jouanneau-Courville, CEO et associé du cabinet de chasse Norman Alex à Genève. « Tout dépendra des banques et des fonctions concernées ». D’après lui, sur des fonctions « sensibles » comme la compliance, l’audit interne ou le juridique, les banques pourront en effet exiger que l’employé soit basé en Suisse. Idem pour les banquiers privés qui couvrent depuis Genève une clientèle en France.

« Mais d’autres raisons plus louables font que les établissements financiers suisses peuvent exiger que leurs employés résident en Suisse, comme une plus grande mobilité géographique et une meilleure intégration à l’entreprise », poursuit Jérôme Jouanneau-Courville, citant à titre d’exemple un family office basé à Lausanne.

Le pour et le contre…

Dans les faits, le statut de frontalier n’est pas toujours facile, et aux considérations matérielles viennent souvent s’ajouter des considérations d’ordre culturel. « Travaillant dans une banque suisse, je suis l’objet de railleries quotidiennes de la part des Suisses », témoigne sous couvert d’anonymat un frontalier vivant en France, à 20km de Genève. « Ils nous perçoivent comme des profiteurs qui venons prendre le travail aux locaux. Impossible de nouer des liens sur le lieu de travail », déplore-t-il.

Et d’ajouter : « Mon salaire est bien inférieur à celui d’un Suisse ». Néanmoins, qu’ils soient expatriés, frontaliers ou détachés, nombreux sont les banquiers travaillant en Suisse qui préfèrent vivre du côté français de la frontière, et ce pour plusieurs raisons : familiales (lorsque leur conjoint travaille en France), matérielles (lorsqu’ils sont propriétaires d’une maison en France), financières (le coût de la vie en Suisse est l’un des plus élevés au monde).

Sans oublier des raisons purement fiscales : le canton de Genève reste l’un de ceux où le taux d’imposition est le plus élevé, et l’assurance maladie demeure une charge sociale intégralement payée par les employés. Bref, si vous devez déménager en Suisse avec votre famille, vous devrez vous pencher sur les différents coûts (logement, éducation, transport…) que cela représente.

Certaines banques suisses pourront toujours bien sûr faire des exceptions pour des candidats qu’elles veulent à tout prix recruter. En attendant, les risques de défection sont bien réels. « Je pense retourner travailler en France, le pays où je paie mes impôts et où mes enfants sont scolarisés », relève notre frontalier français. Cas isolé ou pas ? L’avenir le dira…

En attendant, d'autres ont fait un autre choix. « J’ai été frontalier de 2003 à 2016 et j’habite depuis sur le canton de Genève, sans regret… Idem pour ma famille », témoigne un informaticien dans la finance ayant souhaité conserver l'anonymat. « Je connais plusieurs anciens frontaliers qui sont venus s’installer en Suisse et qui comme moi, pour rien au monde, n’ont l’intention de retourner vivre en France ».

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