« Les banquiers de Londres commencent à se dire qu’ils n’ont plus rien à faire ici »

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« Les banquiers de Londres commencent à se dire qu’ils n’ont plus rien à faire ici »

Sans même parler du Brexit, la semaine n'a pas été bonne pour les professionnels de la finance à Londres. Pour commencer, Nomura a coupé dans les effectifs de son activité credit flow trading. Puis SocGen a annoncé son propre programme de restructuration. De nouvelles réductions s'opèrent dans l'ombre, Barclays étant sous pression pour limiter ses opérations de trading et Commerzbank-Deutsche menacent de faire des dégâts d'une ampleur inédite depuis une décennie.

Dans ces conditions, la possibilité de retarder le Brexit jusqu’en octobre 2019, par exemple, ne suscite pas beaucoup de liesse. Pas plus que la perspective qu’un délai plus long que pourrait réclamer un nouveau Premier ministre britannique pro-Brexit. Bref, tout cela ne présage rien de bon si vous êtes un banquier ou un trader qui vient de perdre son job.

« À Londres, le climat est en train de s'effondrer », déclare sous couvert d’anonymat le consultant d'un cabinet de chasse londonien spécialisé dans le fixed income. « Il n’y a pratiquement pas de banques qui recrutent ici et chaque semaine qui passe, je vois de plus en plus de gens qui partent à Paris ou à Francfort ».

Le récent rapport du groupe de réflexion New Financial a désigné les villes françaises et allemandes comme les principales bénéficiaires des transferts hors UK des banques dans le sillage du Brexit. Une quarantaine de sociétés financières londoniennes ont d’ores et déjà choisi Paris et Francfort comme hubs post-Brexit.

« L’atmosphère à Francfort est bien plus positive [qu'à Londres] », explique le chasseur de têtes londonien. « Vous avez là-bas des dizaines de firmes qui se développent et engagées pour une présence à moyen terme. Francfort est un marché en croissance : les emplois en Allemagne semblent plus stables, alors qu’à Londres, il existe un sentiment d’impermanence ».

Un enthousiasme partagé par Nils Wilm, managing director du cabinet de chasse de têtes Bankenwelt Executive Search à Francfort. « Les banques britanniques, américaines et japonaises ajoutent du personnel à Francfort. Il y a un véritable élan ».

Citigroup, Goldman Sachs, Morgan Stanley et UBS font partie des banques qui se sont installées à Francfort à cause du Brexit. En théorie, la plupart envisagent de créer des activités de vente et de trading dans la ville allemande. Mais en réalité, selon Nils Wilm, les recrutements ont porté principalement sur le risque et la compliance, des centaines de personnes du back-office de Londres étant sur le point d'être mutées immédiatement à Francfort si un hard Brexit avait lieu.

Le Financial Times a énuméré mercredi les moyens mis en œuvre par les banques londoniennes pour éviter de déplacer les traders et les banquiers en contact direct avec les clients après le Brexit, mais les régulateurs poussent en faveur d’une présence sur le terrain.

Paris et Francfort à la peine en ce moment

Cependant, tout le monde ne souscrit pas à l’idée que les places financières d’Europe continentale sont en plein essor, prêtes à prendre le relais par rapport à Londres. Tim Zuehlke du cabinet FRED Executive Search basé à Francfort, a déclaré que le marché de l'emploi en Allemagne était également perturbé par les pressions exercées sur les revenus des banques.

« Les embauches liées au Brexit ont ralenti dans la ville allemande alors que les banques attendent de voir ce qui se passe », déclare-t-il. De plus, dans le cas où une fusion Commerzbank-Deutsche Bank aurait lieu, alors l'Allemagne serait fortement impactée par les licenciements dans les deux banques. - Et la loi récemment adoptée facilitant le licenciement des banquiers de Francfort gagnant plus de 220 k€ offrira aux banquiers allemands locaux à hauts revenus bien moins de protection de l'emploi que jadis

De son côté, Paris n'est pas à l’abri d’une vague de licenciements depuis que SocGen a annoncé vouloir supprimer environ 700 emplois et que BNP Paribas devrait elle aussi dévoiler prochainement son propre plan de restructuration.

C'est sans doute la raison pour laquelle les banquiers londoniens qui gardent un œil sur l'Europe n'ont pas encore (volontairement) franchi le pas. Pour l’instant, même l’enthousiaste Nils Wilm affirme qu’il a renoncé à tenter de persuader les Londoniens de trouver un emploi à Francfort. - Il dit que 80 à 90% d’entre eux refusent parce qu’ils pensent que c’est une place plus petite.

Cela va probablement changer. À mesure que les banques américaines déplacent leurs opérations hors de Londres, Nils Wilm prévoit que les salaires vont augmenter. - Il a déjà vu des cas de banques doubler les salaires du personnel de Francfort qui tente de partir. « Difficile de recruter ici. Les banques en sont conscientes et prévoient que les recrutements deviendront encore plus difficiles. Elles essaient donc de ne pas laisser les gens partir ».

Alors que le Brexit se durcit, Francfort et Paris pourraient encore s'apparenter à Hong Kong et à Singapour après la crise financière, autrement dit des havres pour les banquiers licenciés dans les moments difficiles. Pour le moment, les banquiers indésirables de Londres sont bloqués dans le purgatoire de l'incertitude liée au Brexit.

« Si vous perdez votre job à la City maintenant, vous devrez vivre de l'argent que vous avez économisé au cours des cinq dernières années », explique le chasseur de têtes fixed income. « Comme il ne se passe rien ici, les gens commencent à penser qu'ils n’ont plus rien à y faire ».

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