Paris « très proche de la culture des marchés de capitaux ». Vraiment ?

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Paris « très proche de la culture des marchés de capitaux ». Vraiment ?

« Paris est déjà, après Londres, la première place financière d'Europe pour les activités de marché des capitaux. Nous sommes très proches de la culture du marché des capitaux », a récemment déclaré Arnaud de Bresson, le délégué général de Paris Europlace, à l’agence Reuters.

Et le représentant de l’organisme de promotion de la place financière parisienne est loin d’être le seul à penser que Paris est la mieux placée pour accueillir les activités de marché dans le sillage du Brexit.  C'est là en effet qu'il y a le « meilleur pool de talent après Londres et un buy-side assez développé », avance pour sa part Christian Noyer, gouverneur honoraire de la Banque de France qui a rejoint en janvier la fintech britannique Setl spécialisée dans la blockchain.

Même tonalité chez François Villeroy de Galhau, l’actuel gouverneur de la Banque de France, qui lors de la conférence annuelle de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a rappelé que Paris disposait de tous les atouts pour devenir le ‘hub marché’ post-Brexit

Et qu’en pensent les professionnels des activités de marché ? D'après certains d’entre eux, un autre facteur important dans le choix des banques pour Paris est « la sophistication des régulateurs français qui ont longtemps supervisé les opérations complexes de trading et de dérivés de BNP Paribas et Société Générale ».

Derrière les paroles, les actes

Et puis, au-delà des paroles, il y a les faits. Le mois dernier, la banque Edmond de Rothschild (Suisse) S.A. a ainsi transféré la majeure partie de sa salle de marchés genevoise à Paris, les traders genevois voyant désormais leur travail confié à leurs homologues de la salle de marchés de Paris. Un transfert qui illustre bien l’attractivité de Paris concernant les activités de trading.

Au-delà des desks de trading des banques, Paris a réussi à faire venir récemment des infrastructures de marché, qu'ils soient traders haute-fréquence, proprietary traders ou market makers. Le fait que de nombreuses banques d'investissement américaines viennent s'y installer entraîne un effet boule de neige, celles-ci étant les principales clientes des intermédiaires financiers restés à la City.

« En tant que fournisseur de liquidité de premier plan pour toutes les classes d'actifs à l'échelle mondiale, il était important de choisir un lieu doté d'un environnement réglementaire solide au sein duquel opérer », précise Zar Amrolia, co-directeur général de XTX Markets. « Les régulateurs français se sont montrés très réceptifs à notre installation en France ». Certes le potentiel de créations d’emplois de ces acteurs n’est pas énorme mais au moins ont-ils le mérite d’animer la place.

« Cela devient fatiguant, et affligeant... »

Vu de l’autre côté de la Manche, l’affirmation selon laquelle Paris serait « très proche de la culture des marchés de capitaux » n’a pas manqué de susciter des réactions, notamment chez les expatriés français de la City, comme l’avait fait avant elle une autre affirmation d’un banquier français qui déclarait alors : « Nous travaillons plus intensément. Et nous travaillons mieux. Londres est en deuxième division ».

« Cela devient fatiguant, et affligeant, de voir la Place de Paris ignorer ses propres réalités à commencer par sa place (23ème) dans le dernier classement des places financières mondiales publié en septembre 2018 », soupire un trader français expatrié à Londres. Est-ce à dire que les financiers de Paris sont mauvais ?

« Non, et très loin de là », répond-t-il. « Mais ce n'est pas avec quelques tours de magie qu'une place régionale, car c'en est bien une, deviendra véritablement internationale ».  Et de poursuivre : « C'est absolument incroyable de voir l'enthousiasme que démontre Paris pour profiter de cet évènement exceptionnel qu'est le Brexit. On se demande où elle en serait si le référendum britannique n'avait pas eu lieu ».

Un autre trader de la City rapporte l’anecdote suivante : « Un ami (trader) m'a confié que cette situation lui fait penser à un gars qui profite du divorce de son meilleur ami pour tenter de lui prendre sa future ex-femme, sachant que le meilleur ami en question a toujours mieux réussi dans la vie que le profiteur concerné ». A méditer en attendant la prochaine sortie verbale sur la place de Paris versus celle de Londres.

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