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Déclenchement du Brexit : les réactions à chaud des acteurs de la place de Paris

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Le calendrier fait parfois bien les choses : prévue de longue date, la conférence-débat sur le thème du Brexit organisé mercredi soir par le Centre des professions financières à Paris tombait le même jour que… le déclenchement du processus de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, sachant que conformément à l’article 50 du Traité de Lisbonne, les pourparlers pourraient durer deux ans… voire plus.

Les organismes professionnels représentatifs de l’industrie financière française que sont le Centre des Professions Financières, la Fédération Bancaire Française (FBF), l’Association Française de la Gestion Financière (AFG), la Fédération Française de l’Assurance (FFA) et Paris Europlace ont analysé l’impact du Brexit sur les secteurs de la banque, de la gestion d’actifs ou encore de l’assurance.

Voici ce qu’il fallait retenir de ces échanges où les thématiques suivantes ont été abordées : enjeux et forces de la place de Paris, consultations et questions spécifiques des banques étrangères, modalités de réimplantations des entreprises en France ou bien encore position sur le marché et compétitivité de la place de Paris. Car si la place de Paris ne se réjouit pas du Brexit, force est de reconnaître que ce dernier constitue bien une opportunité qui ne se représentera pas de sitôt.

BANQUE

Comme il l’avait fait pour la conférence inaugurale sur le Brexit lors des House of Finance Days 2017 à Dauphine, Michel Péberau, président du Centre des Professions Financières (CPF) a rappelé que si transferts il devait y avoir, ceux des activités de change, de taux et de crédit devraient être facilités par la digitalisation. Par contre, « le transfert des infrastructures de marché et des chambres de compensation devrait être plus délicat ».

Et le président d’honneur de BNP Paribas de suggérer quelques pistes comme le déblocage de la titrisation (qui est belle et bien repartie dans les pays anglo-saxons), l’instauration de normes comptables davantage adaptées au modèle économique européen (en limitant par exemple la fair market value… aux activités de marché) ou bien encore la suppression de l’ISF et la baisse de la taxe sur les salaires et des charges patronales qui engendrent un “écart dévastateur” en termes de revenus des opérateurs de marché par rapport aux autres places financières. « Il faut corriger les handicaps réglementaires et fiscaux de Paris », insiste-t-il.

Le statu quo désormais impossible

« Le Brexit est une mauvaise nouvelle pour le secteur bancaire qui est extrêmement européanisé », relève pour sa part Marie-Anne Barbat-Layani, directrice générale de la Fédération bancaire française (FBF). « Le statu quo étant désormais impossible, les services financiers doivent avoir une négociation spécifique ». Tout en respectant deux grands principes dans le cadre des négociations : l’intégrité dur marché intérieur et l’égalité des conditions de concurrence (notamment en cas de période de transition).

Sur la base des échanges avec le Groupement des banques sous contrôle étranger (GBSCE) niché au sein de la FBF et qui regroupe 135 banques étrangères présentes en France, plusieurs propositions ont été avancées. Au menu : demande d’une stabilité fiscale et réglementaire, réduction de l’écart du coût du travail pour l’employeur entre Paris et les autres places financières européennes, rendre plus attractif le cadre législatif et notamment le droit du travail, quitte à instaurer un contrat de travail spécifique pour les activités de marché.

Vers plus de clarifications…

A cela vient s’ajouter une demande de clarification sur le devenir du passeport européen, des régimes d’équivalence, des règles de délégation de gestion existantes dans le domaine de la gestion d’actifs, de la relocalisation des opérations de compensation au sein de la zone euro ou de l’UE. « Plus tôt nous aurons des réponses à ces questions, mieux ce sera afin de pouvoir nous adapter et relocaliser les équipes », note Marie-Anne Barbat-Layani.

Lors de la séance de questions réponses, Françoise Palle-Guillabert, déléguée générale de l’Association Française des Sociétés Financières (ASF) qui défend la spécialisation en matière de crédit, services financiers et services d’investissement a soulevé la problématique des conflits d’intérêts en se demandant quelle serait la place laissée aux Britanniques dans les associations professionnelles européennes.

GESTION D’ACTIFS

« Le Brexit va conduire à des réflexions sur nos propres règles de fonctionnement dans un marché très intégré », indique Pierre Bollon, délégué général de l’Association Française pour la Gestion financière (AFG). Et de citer les trois principales directives européennes (OPCVM, Ucits, MIFID) qui toutes reposent actuellement sur des passeports crossborder à l’intérieur de l’UE. Beaucoup de travail en perspective donc…

En terme d’attractivité, il rappelle que l’opération FROG (French Routes & Opportunities Garden) destinée à accroître la visibilité et la distribution des fonds d’investissement français à l’étranger a été lancée bien avant le référendum sur le Brexit. Et que la France n’a pas à rougir des autres places financières. « Il faut 17 jours pour agréer un fonds en France contre 75 jours aux Etats-Unis et 90 jours au Luxembourg », précise Pierre Bollon. Qui dit mieux ?

Une carte à jouer…

La France a donc une vraie carte à jouer, d’autant plus qu’une récente étude menée par CFA Institute montre que les professionnels britanniques de l’investissement sont tout particulièrement inquiets au sujet des effets du Brexit et considèrent qu’en matière d’attractivité, Londres est largement « perdante » face aux autres centres financiers internationaux,  Francfort, Dublin, New York et Paris étant considérés comme les grands « gagnants » du Brexit.

« Il est intéressant de noter que Paris fait partie des places financières qui pourraient bénéficier du Brexit au même titre que Francfort, Dublin et New-York », commente Myriam Ferran, Présidente de CFA Society France. « En tant qu’association professionnelle, notre rôle est de nous assurer que nos membres puissent s’adapter à ce nouvel environnement et continuer à véhiculer les standards d’éthique, d’intégrité et de professionnalisme dans toute l’industrie ».

ASSURANCE

« Du fait du Brexit, la France devient de facto le premier marché de l’assurance dans l’Union européenne », explique Bernard Spitz, président de la Fédération Française de l’Assurance (FFA). Pourtant, il se pose la question de savoir pourquoi le Lloyd’s of London qui a annoncé les capitales européennes dans lesquelles elle était susceptible d’implanter sa future filiale européenne n’a pas retenu Paris malgré ses atouts (NDLR : on apprend aujourd’hui que le géant de l’assurance a choisi Bruxelles comme port d’attache dans l’UE)

« Renseignement pris, ce serait pour des raisons liées aux risques politiques. Prétexte ou non ? », s’interroge Bernard Spitz, pour qui il convient d’améliorer la perception très négative du droit du travail, le Brexit étant selon lui une opportunité historique qui ne se reproduira pas 36 fois !


Crédits photo : Caiaimage/Paul Bradbury / gettyimages

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