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Post-Brexit : le match entre les places financières de Paris et Francfort

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Dans le sillage du Brexit, Paris et Francfort, de par leur importance et leurs atouts, semblent être les deux places financières européennes les plus à même d’attirer les établissements financiers de la City désireux de venir s’installer sur le Vieux continent pour bénéficier d’un passeport européen. Toutes deux ambitionnent d’ailleurs de devenir le premier centre financier européen. Si Francfort semble avoir pris une sérieuse longueur d’avance depuis que Goldman Sachs envisage d’y transférer certains actifs de Londres, Paris n’a pas pour autant dit son dernier mot !

La place financière parisienne s’est même dite récemment prête à accueillir un flux de 20.000 banquiers en provenance de Londres. En outre, dans les faits, les banques de la City pourraient choisir… de ne pas choisir. « A l’évidence, le choix d’une relocalisation ne sera pas binaire entre Londres et une autre place européenne. Les acteurs pourraient ainsi choisir Francfort pour telle activité, Paris pour telle autre, en fonction de critères opérationnels », rappelait Frédéric Oudéa, directeur général de la Société Générale, à l’occasion du 3e Sommet de l’économie organisé début décembre à Paris.

En attendant, les deux places affûtent leurs arguments et une véritable compétition, parfois sur le ton de l’humour, s’est d’ores et déjà engagée entre elles. Afin de mieux connaître leurs atouts et faiblesses, nous avons décidé de dresser un comparatif comme nous l’avions fait jadis entre Paris et Genève sur la base de différents critères et de témoignages de professionnels de la finance situés des deux côtés du Rhin et même au-delà afin d’avoir une vision d’ensemble la plus objective possible.

Situation macro-économique : net avantage Francfort

Francfort profite de la stabilité économique et politique allemande. Pratiquement tous ses indicateurs économiques sont au vert, à la différence de la France où le taux de chômage avoisine la barre des 10% (contre 4,5% outre-Rhin) et la dette représente 98% du PIB (contre 66% en Allemagne).

Classement des places financières : net avantage Francfort

Dans le Top 10 des places financières en 2016 du fameux Global Financial Centres Index (GFCI), Francfort arrive à la 5e place du classement européen (derrière Londres, Luxembourg, Zurich et Genève) et à la 18e place du classement mondial. La capitale française n’arrive elle qu’à la 7e place du classement européen et à la 32e place du classement mondial. A noter que Paris se classe derrière Francfort pour la qualité de ses infrastructures, son environnement fiscal, la gestion des ressources humaines et la réputation, selon le think tank Z/Yen Group qui réalise ce classement.

Promotion de place : net avantage Paris

Chacune des deux places financières dispose de son propre organisme de promotion, à savoir Paris Europlace et Frankfurt Main Finance qui sur son site internet dispose d’une page spécialement dédiée au Brexit. Dès le lendemain du référendum, Frankfurt Main Finance a lancé une campagne intitulée – en anglais dans le texte -“Welcome to Frankfurt – What can we do for you?”. Mais Paris Europlace lui a devancé le pas en organisant une grande conférence intitulée Place financière de Paris : Welcome to Europe ! et ce avant même de connaître les résultats du référendum. Depuis, Paris Europlace multiplie les actions de communication pour vanter les mérites de la place parisienne.

Nombre de banques : léger avantage Paris

« Paris est une place beaucoup plus forte que Francfort », estime le responsable d’une banque étrangère à Paris. Elle compte quatre champions en banque d’investissement (BNP Paribas, SocGen, Natixis et CACIB) contre deux en Allemagne (Deutsche Bank, Commerzbank). A noter que les deux banques allemandes taillent drastiquement dans leurs effectifs actuellement.

Par contre, ce que l’on sait moins, c’est que Francfort serait la ville européenne qui, en dehors de Londres, accueillerait le plus grand nombre de filiales de grands groupes bancaires : huit des dix plus grandes banques mondiales y disposent d’une représentation, soit davantage que Paris, selon des données compilées par le Financial Times.

Métiers de la BFI : égalité

« La City est spécialisée dans les services financiers et les produits dérivés, ce qui est aussi le point fort de Paris, alors que Francfort est davantage une place pour les transactions sur les obligations et les actions », précise Pascal de Lima, économiste en chef du cabinet de conseil EcoCell et spécialiste du secteur bancaire, cité par France 24. D’après lui, les investisseurs portés sur les dérivés seraient alors naturellement tentés d’aller chercher fortune à Paris. Les nombreux opérateurs londoniens de Bourse, spécialisés dans ce type de produits, auraient aussi plus de facilité à s’intégrer dans le paysage professionnel de la finance parisienne.

Dans les M&A, alors que la plupart des grandes banques ont perdu des places dans les classements internationaux, l’Allemagne connaît un “véritable dynamisme” dans les fusions et acquisitions, notamment dans le secteur industriel (chimie, automobile…), ce qui peut être attractif, notamment pour les banques américaines basées à Londres.

Proximité des régulateurs : net avantage Francfort

« Francfort peut attirer des entreprises qui ont besoin de connaissances en terme de régulation  puisqu’elle héberge la Banque centrale européenne (BCE), le superviseur bancaire européen (MES) et l’autorité européenne de supervision des assurances (EIOPA) », relèvent les économistes de l’institut économique de Cologne IW. Francfort abrite également Eurex, une des bourses mondiales les plus importantes pour les échanges de produits financiers dérivés. Sans oublier la fusion de Deutsche Börse avec le London Stock Exchange (LSE), même si l’opération doit encore être approuvée par la Commission européenne.

De son côté, Paris peut se targuer d’être le siège de l’OCDE, de l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma) et de l’opérateur de bourse Euronext qui pèse 3.026 milliards de capitalisation, contre 1.570 milliards pour Francfort.

Efficacité des régulateurs : net avantage Paris

Les régulateurs français semblent avoir mis depuis peu les bouchées doubles : pour mieux accueillir les établissements britanniques désireux de s’établir sur le territoire français, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et l’Autorité des marchés financiers (AMF) ont décidé de simplifier et accélérer les procédures d’agréments.

« Il n’y a pas de mesure équivalente qui ait été prise à Francfort où le régulateur a une image un peu rigide et pas très pragmatique », indique Christophe Jacomin, ‎Avocat associé spécialisé en banque et finance chez Lefèvre Pelletier & associés dans une interview à L’Agefi.

Fiscalité et droit du travail : léger avantage Francfort

« Paris a un très fort taux de taxation et sa législation du travail est un cauchemar », indique dans une interview à Financial News Bepi Pezzulli, avocat et dirigeant de Select Milano, une organisation non gouvernementale qui promeut Milan comme destination alternative à Londres dans le sillage du Brexit.

« Le poids de la fiscalité française est similaire à celui de nos concurrents européens. En France, les taux d’imposition sur les sociétés, nominal et implicite, sont similaires à ceux de ses concurrents d’Europe Continentale, notamment l’Allemagne », rappelle Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace.

Si les niveaux de fiscalité entre la France et l’Allemagne sont équivalents, « les niveaux de charges sur les sociétés sont beaucoup plus élevés en France qu’en Allemagne », précise Christophe Jacomin. Il rappelle néanmoins que Paris a pris des mesures comme la taxation allégée des impatriés, ce que n’a pas fait Francfort.

Salaires : léger avantage Francfort

D’après une étude du site de benchmarking de salaires dans le secteur financier Emolument.com, Francfort paie mieux ses analysts front-office que Paris. Mais pour les hauts salaires, Paris est à meme de rivaliser avec Francfort. Pour un individu ayant un revenu annuel de 300.000 euros, le taux effectif d’impôt sur le revenu en France est de 24% sous le régime d’impatriation (38% hors de ce régime) contre 38% en Allemagne.

Coût de la vie : net avantage Francfort

Le coût de la vie – et notamment celui de l’immobilier – est bien moins élevé à Francfort qu’à Paris. Selon l’institut IW, Francfort possède davantage de surfaces de bureaux libres, ce qui se traduit par des loyers plus bas, deux fois moins chers par exemple que ceux pratiqués à Paris.

Infrastructures : net avantage Paris

Certes, Francfort est le principal nœud ferroviaire allemand et détient un des plus grands aéroports du continent. Il n’empêche : « Francfort n’a pas vraiment d’infrastructures, d’écoles internationales, d’universités », explique Bepi Pezzulli. A contrario, grâce notamment à ses écoles de commerce et d’ingénieurs, la capitale française possède un plus grand réservoir d’ingénieurs et de spécialistes de la finance.

Paris est également plus facilement accessible depuis Londres (grâce à l’Eurostar). Sans oublier le projet d’aménagement du Grand Paris qui doit améliorer la connexion entre l’aéroport Charles de Gaulle et la capitale avec un temps de parcours de 20 minutes seulement.

Cadre de vie : net avantage Paris

Avec seulement 700.000 habitants, de nombreux banquiers londoniens voient Francfort comme une ville « ennuyeuse » et « provinciale », Cette image joue fortement en sa défaveur face à Paris, qui a décidé d’en rire, comme en témoigne sa récente campagne publicitaire intitulée : « A quand remonte votre dernier week-end à Francfort ? ».

C’est pourquoi en Allemagne l’agence de promotion s’efforce de mettre en avant non pas la seule ville de Francfort, mais toute la région Rhin-Main, une « métropole de 5,5 millions d’habitants », où « 180 nations vivent en harmonie », avec ses restaurants et bars branchés et ses musées réputés. Pas sûr néanmoins que cela suffise à détrôner la ‘Ville Lumière’.

Maîtrise de l’anglais : net avantage Francfort

On le sait : les Français ne brillent pas pour leur maîtrise des langues étrangères en général, et de l’Anglais en particulier. D’où la nécessité de faire des efforts dans ce domaine. La Région Ile-de-France souhaite mettre en place des plans de formations en anglais et accroître l’offre de lycées internationaux.

FinTech : net avantage Paris (pour l’instant)

Selon le cabinet EY, malgré une hausse annuelle de 22 % des implantations FinTechs, Francfort est devancée par Berlin. Pour attirer les jeunes pousses, Francfort a inauguré en novembre dernier TechQuartier, un centre FinTech flambant neuf. Reste à savoir si cela suffira pour devancer Paris qui, fort de ses nombreux atouts, entend bien devenir LE hub européen de la fintech et multiplie les opérations ‘séduction‘ pour tenter de convaincre les fintechs londoniennes de s’exiler à Paris.


Crédits photo : miriam-doerr / gettyimages

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