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Bataille des places financières post-Brexit : Paris n’a pas dit son dernier mot !

Après la pluie le beau temps ?

Après la pluie le beau temps ?

Les premières manoeuvres post-Brexit des grands établissements financiers basés à Londres semblent bel et bien engagées. Goldman Sachs envisagerait sérieusement de s’installer à Francfort, selon l’agence Reuters, le transfert pouvant concerner 2.000 personnes selon une information d’octobre. De son côté, Citigroup aurait déjà commencé à prospecter les disponibilités de bureau à Dublin pour y installer 900 personnes, selon le Sunday Times. Enfin, le gestionnaire d’actifs M&G, filiale du britannique Prudential, s’oriente vers… le Luxembourg.

Et Paris dans tout ça ? La capitale française qui pourtant ne ménage pas ses efforts pour faire valoir ses atouts pâtit encore trop souvent d’une mauvaise image vis-à-vis des financiers de la City.« On ne recrée pas en trois mois une perception différente d’une place financière », explique Marc Perrone, associé et directeur du département réglementation bancaire et financière chez Linklaters Paris, à l’occasion d’une conférence de presse organisée en début de semaine par le cabinet international d’avocats d’affaires dans ses locaux parisiens et intitulée « Brexit : scénarios et conséquences pour les établissements financiers basés à Londres ».

A cette occasion, Marc Perrone a rappelé quels étaient les scénarios pour les établissements financiers établis à Londres, les conséquences, notamment réglementaires, pour l’exercice de leurs activités, ainsi que les critères regardés dans l’éventualité d’une délocalisation vers un pays membre de l’UE.

Soft Brexit versus Hard Brexit

Il existe deux scénarios possibles : d’un côté un soft Brexit, où le Royaume-Uni trouverait un accord dans le secteur des services bancaires afin de répliquer le passeport européen. De l’autre un hard Brexit, qui signifierait la perte complète des droits au passeport européen. Dans ce cas, une banque londonienne qui ne pourrait plus utiliser sa succursale en France devrait fermer celle-ci, rapatrier ses activités avant de créer et agréer une nouvelle filiale, avec pour conséquence de « réintégrer une complexité juridique qui avait tendance à disparaître », précise Marc Perrone.

C’est dans l’hypothèse d’un hard Brexit que les grands établissements financiers basés à Londres tentent de trouver un point de chute dans un pays membre de l’UE. Car contrairement à des acteurs plus petits, ils ne peuvent prendre le risque de se permettre d’attendre les bras croisés. Leur risque réputationnel est trop grand. Quasiment toutes les grandes banques présentes à Londres sont concernées, exceptées celles qui, pour des raisons historiques, ont leur siège historique en France ou en Allemagne.

L’idée est d’identifier une base européenne tout en conservant une base au Royaume-Uni afin de limiter les réorganisations, souvent coûteuses. « Il s’agit d’identifier une nouvelle base européenne dont l’organisation est suffisamment compatible à leurs activités menées à Londres », explique Marc Perrone, « Il faut également identifier le pays dans lequel les règles non harmonisées (droit social, fiscal…) sont les moins différentes ».  A ce petit jeu, Paris semble à première vue plutôt mal engagée face à ses rivales comme Francfort, Dublin, Luxembourg et Amsterdam, sachant que les règles fiscales et de droit du travail diffèrent parfois fortement d’une place à l’autre.

De nombreux critères passés au crible

Les critères de choix s’appliquent à tous les stades, depuis la création de la société jusqu’à sa gestion au quotidien, en passant par les aspects réglementaires. Marc Perrone cite pêle-mêle les délais et procédures de création de sociétés, les conditions d’agrément, la localisation des personnes et dirigeants (ex : puis-je avoir des traders localisés au UK?), la localisation de la maison-mère. Et concernant la gestion de l’activité : l’audit, la conformité, les types de contrôles, leur périodicité, les exigences en matière de qualification et d’expérience des dirigeants, la formation et la gestion du personnel, les conditions d’externalisation et d’outsourcing.

Enfin sur les aspects réglementaires, la question est de savoir s’il y a eu une transposition particulière ou pas des règles européennes (CRD4, Mif…), quelle est la capacité du régulateur à comprendre ou pas la supervisation d’activités complexes, la possibilité de travailler en anglais avec le régulateur, etc. « Parmi les questions qui reviennent le plus souvent figurent la conformité (lutte antiblanchiment, financement du terrorisme…). Ces fonctions étant centralisées à Londres, les banques s’enquièrent de savoir s’il est possible de les conserver à la City », indique Marc Perrone dont le cabinet est en relation directe avec le top management, les directeurs juridiques et chefs de projets des grandes banques concernées.

« Attention : la partie juridique n’est qu’une partie du puzzle », prévient l’associé de Linklaters Paris. Sont ainsi également très demandés : le niveau de la fiscalité des sociétés (ex : taux marginal de l’IS) et des personnes physiques (ex : régime d’impatriation), de même que la durée du travail, le coût du travail, les instances représentatives du personnel, les procédures et règles en matière de licenciements, les régles de rémunérations. Sans oublier le système judiciaire, la politique de visas, l’immobilier, les infrastructures, l’IT, la santé, l’éducation, la compréhension de l’anglais par la population, etc.

A chaque place financière sa spécialité ?

La variété des critères examinés a le mérite de rebattre les cartes et faire de la place de Paris une destination de choix. Outre sa volonté affichée de prendre en compte les problématiques d’attractivité, le Brexit étant l’occasion d’internationaliser sa place financière, « Paris peut mettre en avant son système de réglementation perçu comme robuste et efficace, l’importance et la sophistication de sa place financière, son microcosme financier compétent, avec par exemple les meilleurs actuaires au monde », indique Marc Perrone.

Les banques londoniennes pourraient également choisir non pas un seul hub financier, mais deux. La gestion d’actifs étant souvent séparée des autres activités financières, il pourrait très bien y avoir un hub européen dédié à la finance de marché, et un autre à la gestion d’actifs. Quant à un éventuel effet ‘bouge de neige’, « le choix d’une banque ne conditionne pas forcément le choix d’une autre », répond Marc Perrone.

Paris doit revoir sa copie, et vite….

Il est donc toujours temps pour la place parisienne de revenir dans la course. A condition de prendre rapidement en compte ses faiblesses et tenter d’y remédier, quitte à faire pression sur les politiques. A ce sujet, l’Association des professionnels de marchés financiers (Amafi) a récemment publié une lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle où figurent 16 propositions concernant notamment le droit du travail et la fiscalité.

« Seconde place financière d’Europe, pépinière de talents, Paris n’a pourtant pas cessé de perdre du terrain depuis 30 ans et son image s’est plus encore gravement détériorée. Le Brexit nous offre la possibilité d’une nouvelle chance“, indique l’Amafi. Qui plus est, concernant les grands établissements financiers de la City, « des déménagements effectifs au 1er trimestre 2017 et même au 1er semestre 2017 seraient prématurés », relève pour sa part Marc Perrone. De quoi laisser un peu de répit à la place financière parisienne pour affûter encore un plus ses arguments en matière d’attractivité vis-à-vis des financiers londoniens.


Credit: Photo by Victor Ovies Arenas / gettyimages

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