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Cap sur le continent africain, nouveau laboratoire de la finance mondiale…

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Paris Europlace a récemment organisé une conférence/débat intitulée Afrique financière : entre croissance et innovation à l’Auditorium de la Fédération bancaire française (FBF) à Paris, en partenariat avec la Revue Banque et la Fondation AfricaFrance destinée à stimuler les entreprises sur le continent africain et fondée il y a 18 mois par Lionel Zinsou, l’ex-patron de PAI Partners et ancien premier ministre du Bénin.

Présentée par Arnaud de Bresson et Karim Zine-Eddine, respectivement délégué général et directeur des Études et des Relations avec l’Afrique chez Paris Europlace, cette table ronde animée par Séverine Leboucher, journaliste à la Revue Banque, a notamment permis de faire le point sur les opportunités de carrière sur le continent africain, grâce à l’intervention de différents professionnels de la finance.

Car la dynamique des marchés financiers africains est en œuvre, tirée, à la fois par les besoins de financement des entreprises africaines et le développement de solutions innovantes, qui font du continent un laboratoire de la finance mondiale. Voici donc, secteur par secteur, ce qu’il fallait retenir de ces échanges…

Des liens étroits avec la France

Historiquement présentes en Afrique, les banques françaises y disposent de 2.000 agences et emploient 20.000 collaborateurs. Dans le capital investissement, la CDC, l’Agence française de développement, Wendel, Meridiam, Artemis se montrent très actives. Sans oublier les acteurs institutionnels.

Après avoir noué des accords de partenariat avec Casablanca Financial Center Authority en 2013 et la Place financière d’Alger (COSOB) en 2014, « Paris Europlace entend accélérer et élargir la démarche de coopération de la Place de Paris avec l’Afrique sub-saharienne, en mettant la priorité sur le développement de projets d’investissement franco-africains et l’accompagnement du développement des places financières émergentes », rappelle Arnaud de Bresson.

Et de citer la mise en place en 2015 du cluster finance AfricaFrance-Paris Europlace constitué autour de Paris Europlace, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières d’Abidjan, la Casablanca Finance City Authority, Ecobank, Investisseurs & Partenaires et Africinvest. Ou bien encore d’Africa Finance Lab pour le développement du crowfunding et de la monnaie électronique.

Il faut dire que les chiffres parlent d’eux-mêmes : en Afrique, l’activité Financement de marché représente 15 milliards de capitaux par an, les marchés actions 8 milliards, le marché obligataire 2 milliards et le crowdfunding 700 millions. Régulièrement, de nouvelles banques, sociétés de gestion, firmes de private equity et startups fintech voient le jour.

Afrique

FINANCE DE MARCHE/ ASSET MANAGEMENT

« Il faut prendre en compte le fait que la finance de marché pour les grands corporates ou les multinationales est relativement récent en Afrique », rappelle Lionel Zinsou. Néanmoins, « investir dans des Bourses africaines fait sens, ne serait-ce que par souci de diversification de son portefeuille, décorrélé des autres indices », fait remarquer Philippe Farhi, président de la société de gestion de portefeuille LFPI Asset Management qui gère notamment le fonds LFPI Frontier Africa permettant de s’exposer à la croissance de l’Afrique sub-saharienne au travers d’un investissement sur les marchés actions de cette zone.

D’autant plus que l’écosystème est plutôt bien développé, avec la présence de bourses électroniques J+3 où il est facile de traiter, des sociétés de gestion pourvues d’équipes d’analystes de qualité. A titre indicatif, les volumes traités par les bourses africaines représentent les volumes des small-caps en France. La Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique de l’Ouest (BRVM) a une capitalisation de 10 milliards d’euros et la Bourse de Nairobi de 20 milliards. « Il y a des pistes d’amélioration en terme de liquidité », reconnaît Philippe Farhi.

PRIVATE EQUITY

« Le capital-investissement est encore une classe d’actifs peu connue par les entrepreneurs africains », relève Jean-Luc Koffi Vovor, directeur associé chez Kusuntu-Partners et co-responsable de l’Observatoire du capital-investissement africain au Club Afrique de l’AFIC qui émet des recommandations. « L’idée n’est pas de calquer un modèle français ou anglo-saxon mais de développer un modèle endogène », poursuit-il.

Jean-Luc Koffi Vovor rappelle que le continent africain compte près de 200 équipes de private equity qui chaque année lèvent 4 milliards de dollars et investissent 2 milliards. C’est en Afrique que le taux de croissance économique est le plus rapide. Près de 8 millions d’entreprises sont concernées, notamment dans les secteurs télécoms, bien de consommation, utilities, santé, éducation. Si le private equity est surtout développé dans les pays d’Afrique anglophones (du Cap au Caire) et les pays du Maghreb, il reste des besoins à couvrir en Afrique de l’Ouest francophone.

« Idéalement, il faudrait quatre à cinq fois plus d’équipes, surtout que le capital-risque, le capital-innovation ou d’amorçage sont encore peu développés », note Jean-Luc Koffi Vovor. Et d’ajouter : « quelques opérations de buy-out (sans LBO) ont bien lieu pour constituer des groupes, et il existe un potentiel pour un programme de fonds de fonds ».

TRADE FINANCE

« Le trade finance est une activité traditionnelle des banques – un tiers des banques africaines la pratiquent – et qui dans le même temps est en demande d’intermédiation », indique David Leboiteux, consultant trade finance chez Okoumé Finance après avoir occupé des postes de management au sein de BGFIBank Europe et de HSBC France, et auteur de l’ouvrage Banque et Matières premières.

Il est possible de travailler dans une banque française présente en Afrique (ex : la division Global Transaction Banking de Société Générale) mais également dans une banque africaine basée à Paris, comme Ecobank, le principal groupe bancaire panafricain indépendant dont le siège est à Lomé (Togo) et qui vient de remporter le prix décerné par le magazine EMEA Finance pour les meilleurs services de Trade Finance et de Trésorerie en Afrique. « Ecobank, via sa plate – forme de trésorerie basée à Paris, est en mesure de fournir toutes les grandes monnaies locales en Afrique centrale », a déclaré à cette occasion Amin Manekia, dirigeant de la division Corporate & Investment Banking d’Ecobank.

BANQUE DIGITALE

Certains pays d’Afrique déjà leaders dans la banque digitale. « De nouveaux acteurs entrent sur le marché des moyens de paiements et les métiers de la banque peuvent être faits par des non-banquiers, comme par exemple les opérateurs télécoms qui sont en Afrique des acteurs financiers à part entière, contrairement à l’Europe », fait remarquer Lionel Zinsou.

« Du fait du développement de la technologie et de la digitalisation, de nouveaux business models sont à créer », explique Pierre-Nicolas Patouillard, directeur de l’Innovation de la division International Banking and Financial Services chez Société Générale. Et de citer de nouvelles offres bancaires pour les personnes non bancarisées (agency banking). « Seulement un tiers des adultes ont accès à un compte bancaire », rappelle la journaliste Séverine Leboucher qui, pendant un an, a fait le tour du monde à la recherche d’initiatives en matière de bancarisation.

Une banque comme la Société Générale a bien compris les enjeux et multiplie les investissements dans les fintechs sur le continent africain : elle est ainsi entrée au capital de Tagpay pour développer la banque mobile en Afrique et vient de dévoiler la création d’un Lab à Dakar ayant pour vocation de stimuler et d’accélérer l’innovation au sein de toutes ses filiales d’Afrique subsaharienne.

FINTECH

Cela dit, il n’y a pas que les banques qui se montrent actives. Désormais, en plus des plateformes de peer to peer lending déjà bien établies comme Kickstater, des acteurs locaux veulent déployer le potentiel du crowdfunding. « Il est difficile pour les fonds de private equity d’aller sourcer de petites entreprises africaines, du fait par exemple de l’absence de reporting. C’est pourquoi le crowdfunding se développe rapidement en Afrique », explique ainsi Elizabeth Howard, directrice chez Lelapa Fund, une plateforme de crowdfunding destinée au financement des startups et PME africaines.

Elizabeth Howard est sud-africaine mais connait bien la France, sa langue et sa législation. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a choisi de créer sa plateforme de crowdfunding en France à destination de l’Afrique. « Je sais que ce n’est pas évident pour un Français de penser à venir s’installer au Kenya ou en Afrique mais c’est pourtant de plus en plus justifié quand on voit les opportunités ».


Elizabeth Howard – Lelapa Fund par w-project


Crédits photo : Artystarty / gettyimages

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  1. Pingback: LFPI cité dans un article sur la finance en Afrique - LFPI Asset Management

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