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Brexit : une opportunité (ou pas) pour la place financière de Genève ?

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Ces derniers temps, il a beaucoup été question de destinations comme Paris, Francfort, LuxembourgDublin (et même Amsterdam) comme places financières alternatives qui pourraient capter une partie des activités et des effectifs basés à la City de Londres dans le sillage du Brexit. A contrario, la Suisse elle et ses places financières comme Genève et Zürich n’ont pas ou peu été mentionnées et pour cause : elles ne font pas partie de l’Union européenne et donc à priori n’intéressent pas vraiment les banques désireuses de s’installer dans des pays de la zone UE pour continuer à bénéficier du passeport européen.

Pourtant, une place financière comme Genève pourrait tout de même tirer parti des transferts d’équipes londoniennes hors du Royaume-Uni. Il faut dire que la place ne manque pas d’atouts. « Genève et la Suisse plus largement peuvent bénéficier du Brexit parce qu’elle est encore considérée comme politiquement stable, multiculturelle et dotée d’un cadre institutionnel solide », nous indique Blazo Ivanovic, Associate Partners du département Financial Services au sein du cabinet de chasse monégasque Norman Alex qui possède un bureau à Genève.

Vu de Londres, Genève ne communique pas assez…

« Toutefois, la Suisse pourrait tirer profit d’une meilleure autopromotion et mettre en évidence ses points forts, notamment en ce qui concerne l’important secteur de la gestion de fortune », ajoute Blazo Ivanovic qui est basé à Londres. Un sentiment partagé par un certain nombre de financiers de la City qui trouvent que Genève est un peu trop discrète par rapport aux offensives médiatico-politiques des autres places financières.

Ainsi, l’organisme de promotion de la Place Financière genevoise, Genève Place Financière, a choisi de ne pas commenter le Brexit quand dans le même temps Paris Europlace s’est fendu d’un communiqué (disparu depuis de son site), où tout en déplorant le vote en faveur du Brexit, elle rappelle qu’il faut « reprendre le contrôle des infrastructures de compensation, qui ne sauraient être situées en dehors de la zone euro » et que « le Royaume-Uni doit perdre le bénéfice du passeport européen pour l’accès aux marchés financiers ». Idem pour l’organisme de promotion Luxembourg for Finance qui lui aussi a publié un communiqué sur le Brexit.

Surtout, ces places financières n’ont pas attendu les résultats du référendum pour se manifester. Paris Europlace a organisé dès le 8 juin un grand raout intitulé Place financière de Paris : Welcome to Europe pour vanter les atouts de sa place. La patronne de la région Ile-de-France Valérie Pécresse est elle aussi montée au créneau en envoyant une lettre intitulée « Welcome to Paris region ! » à 4.000 décideurs implantés à Londres pour vanter les mérites de la place de Paris.

«Je remarque de plus en plus d’affiches vendant les qualités du Luxembourg dans les aéroports londoniens », sourit un homme d’affaires cité dans le Luxemburger Wort qui précise que si le gouvernement luxembourgeois n’avouera ainsi pas l’avoir fait à dessein, comment ne pas lier la sollicitation d’une agence de communication britannique pour faire la publicité du Luxembourg dans la capitale anglaise ?

 … malgré des atouts pourtant bien réels

Economiquement parlant, Genève pourrait être le canton suisse le plus menacé par le Brexit. Le Royaume-uni est en effet son 4e partenaire économique, après la France, Hong Kong et les Etats-Unis. Ainsi, le Brexit devrait empêcher Genève, en récession, de s’aligner sur la croissance suisse en 2016. «Genève est en retrait par rapport au reste de la Suisse», a ainsi affirmé devant la presse l’économiste en cheffe de la Banque cantonale de Genève (BCGE) Valérie Lemaigre.

Ce qui n’empêche pas les banques genevoises d’afficher une certaine sérénité. En effet, le secteur bancaire de Genève – qui totalise près de 120 banques et plus de 18.000 employés – et son secteur du négoce de matières premières (près de 10.000 employés) profitent des liens particulièrement étroits avec la Grande-Bretagne. Genève pourrait bénéficier ainsi d’attractivité sur les matières premières où elle est en concurrence directe avec Londres.

Autre secteur qui pourrait bénéficier à plein du Brexit : le private banking. Grégoire Bordier, vice-président de l’Association suisse des banquiers privés, a récemment déclaré à la Tribune de Genève qu’un Brexit peut signifier un nouvel afflux de fonds venus d’Europe. Cela dit, le fait que la Suisse n’a pas d’accès au marché européen peut décourager les gestionnaires de fonds de s’installer ici.

C’est surtout dans l’accueil de sièges de groupes internationaux que la Suisse a une carte à jouer, ainsi qu’au niveau du marché des changes et des hedge funds où la Confédération helvétique pourrait profiter d’un affaiblissement de Londres. Enfin, côté formation, les universités suisses pourraient elles aussi tirer profit d’un Brexit même si cela reste à prouver.

Des emplois rapatriés depuis Londres… ou pas

Pourtant, il n’est pas dit que le Brexit se traduise par des délocalisations d’emplois de Londres vers Genève. C’est en tout cas le point de vue de Pierre Mirabaud, l’ancien président de l’Association suisse des banquiers, qui a indiqué que l’impact sur la Suisse devrait être limité: «Certains emplois bancaires quitteront peut-être Londres pour la Suisse, mais je n’y crois pas vraiment».

Un avis que tout le monde ne partage pas. « Un Brexit prive la City de son rôle de hub. Les banques devront procéder à des ajustements », explique Laurent Bakhtiari, analyste chez IG Bank, au magazine économique Bilan.ch.Des établissements comme UBS, Credit Suisse et Julius Baer pourraient alors rapatrier leurs activités londoniennes en Suisse, ce qui doperait les activités domestiques. L’avenir dira qui a raison…

Crédit Photo :  Katarina Stefanovic / Getty Images

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