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Paris, nouvel eldorado des financiers basés à la City de Londres ?

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Dans le sillage du Brexit, les banquiers basés à Londres (dont un certain nombre d’expatriés français) regardent actuellement de près les opportunités d’emplois dans les différentes places financières européennes où ils pourraient éventuellement être amenés à se déplacer si la situation l’exigeait. « Sur le plan de l’emploi, c’est en effet une aubaine pour les places financières européennes. Paris est clairement dans le peloton de tête pour tirer profit de la situation », fait remarquer Olivier Coustaing, associé au sein du cabinet de chasse de têtes Managers by Alexander Hughes Paris.

« D’un point de vue psychologique, les investissements directs en provenance du reste du monde, qui convergeaient jusqu’à présent vers Londres, pourraient largement profiter aux principales places européennes, dont Paris », explique pour sa part Delphine Dubreuil, associée au sein du cabinet de chasse Singer & Hamilton.

Reste simplement à savoir quels sont les emplois susceptibles d’être transférés de Londres vers Paris ? Quelles banques sont concernées ? A quelle échéance auront lieu les éventuels transferts ? Quels sont les profils qui intéressent les banques françaises (locaux ou expatriés ?) ? Les rémunérations suivront-elles ? Autant de questions auxquelles nous avons essayé de répondre grâce aux témoignages de professionnels de la finance, du recrutement et du droit. Voici ce qu’il faut retenir…

Des recruteurs déjà sollicités…

Les cabinets de chasse ont-ils été sollicités par des financiers travaillant à Londres ? « Oui, nous sommes bien sollicités par les candidats, et pas que les banques… », confirme Denis Marcadet, président fondateur de cabinet de chasse parisien Vendôme Associés. « Nous avons été sollicités surtout par des candidats, qui anticipent une probable vague de licenciements à Londres. « Ces profils ne sont d’ailleurs pas que des Continentaux qui rentreraient dans leurs pays d’origine; il s’agit aussi de Britanniques », explique pour sa part Delphine Dubreuil. « Côté client, il est évident que des réflexions démarrent sur la relocalisation de certaines équipes liées notamment à la perte du passeport européen pour les sociétés de gestion de la City ».

Evidemment les sollicitations de candidats, si elles ont bien lieu, demeurent encore modestes. « A dire vrai, nous avons encore été assez peu sollicités, mais ces derniers mois mes discussions sont allées bon train avec autant les acteurs bancaires que les professionnels ; elles se sont accélérées depuis le vote, réagissant à cette période d’incertitude et de négociations qui risque de trainer en longueur », explique Olivier Coustaing. « Depuis le vote, j’ai eu de nombreuses discussions à chaud avec mes relations en France et en UK : les réactions sont assez contrastées et il est difficile de se prononcer clairement à ce stade ; mon agenda de rencontres estivales avec les grands patrons de la place sera l’occasion de recueillir des confidences et des réflexions plus précises ».

Les métiers les plus concernés…

Parmi les emplois en finance les plus susceptibles d’être transférés de la City vers Paris, Denis Marcadet de chez Vendôme Associés indique que « les premiers en ligne seraient les postes en finance de marché, en financement et les fonctions support ». De son côté, Olivier Coustaing indique que « les services concernés en priorité seront ceux du trading et de la BFI, mais d’autres métiers, par effet collatéral pourraient être concernés sur la durée ».

Ce pourrait être le cas par exemple pour la gestion d’actifs. « D’un point de vue réglementaire, la perte du passeport européen devrait contraindre les sociétés de gestion d’actifs non européennes à localiser leur activité au sein de l’UE. Cela portera donc essentiellement sur des fonctions de gérants, de vente et de marketing », explique Delphine Dubreuil qui est responsable du pôle Banque Privée et dirige l’équipe des chargés de recherche chez Singer & Hamilton. « De même, le traitement des actifs libellés en € par la BOE ne sera plus possible. Ces activités seront transférées sur le continent ou en Irlande, dont la situation est particulièrement attractive dans ce contexte du fait de la similitude de langue ».

Les banques les plus exposées…

« L’écosystème financier révèle des positions très distinctes. Les banques dont le siège est à Londres réagiront différemment de celles qui possèdent le leur dans un autre pays de l’union », poursuit Olivier Coustaing. « A ce stade, les décideurs sont en observation et préparent plusieurs scénarios, mais les maisons britanniques et américaines semblent être les plus enclines à transférer leurs troupes. Paris est évidemment une capitale de choix dans cette perspective ».

Tant que le processus de sortie du Royaume-Uni n’est pas arrivé à son terme, les banques britanniques continueront sans doute à exercer leurs activités – souvent de banque de financement et d’investissement- à Londres. « Ensuite, elles pourraient faire simplement le choix de rapatrier leurs équipes dans leur pays d’origine. Par exemple, il ne serait pas insensé de voir BNP Paribas déplacer ses équipes londoniennes à Paris », anticipe un analyste du secteur bancaire européen sous couvert d’anonymat.

Quant aux profils recherchés par les banques françaises qui rapatrieraient leurs troupes vers Paris, « les expatriés français paraissent les plus favorisés, suivi par les britanniques, mais au cas par cas selon leurs compétences et leur degré de mobilité », avance le recruteur de chez Managers by Alexander Hughes Paris.

Déménager prendra un certain temps…

Si transfert d’équipes il y a, combien de temps cela devrait prendre ? Plusieurs mois, plusieurs années ? « Au-delà de la réaction rapide des marchés, les décideurs avec qui j’échange affichent une attitude plutôt flegmatique. Je partage leur avis sur la longue durée que prendra ce rééquilibrage, mais je perçois chez certains une volonté de préparer dès maintenant des stratégies pour réagir vite si la situation l’exige », confie Olivier Coustaing.

« Il a fallu du temps à Londres pour devenir une place financière de premier plan. Il faudra aussi du temps pour qu’elle se déconcentre au profit d’autres places en Europe », explique à l’AFP David Benamou, directeur des investissements de la société de gestion Axiom AI. « Je crois qu’on peut envisager à 5-10 ans un monde plus multipolaire avec un rééquilibrage entre une ou peut-être deux places en zone euro et une place britannique qui jouera son rôle », rappelle pour sa part Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale et président de la Fédération bancaire française.

Les rémunérations suivront-elles ?

Les banques basés en France sont elles prêtes à s’aligner sur les salaires UK ou pas, au risque de voir partir les banquiers londoniens vers d’autres places comme Francfort, Luxembourg ou Dublin ? « Le salaire fera partie du deal mais sera un levier de négociation parmi d’autres. L’environnement économique et culturel, le marché de l’immobilier et de l’enseignement, seront autant de facteurs qui pèseront inégalement dans la balance selon les niveaux d’expériences et d’exigences : les prochaines saisons verront à coup sûr une ‘course aux talents’ entre Paris et ses sœurs européennes », note Olivier Coustaing.

Vers la fin du passeport européen ?

Jusqu’à présent, la capitale britannique était la porte d’entrée vers l’Europe pour les gros investisseurs américains et asiatiques comme pour les start-up nées en dehors de l’Union. S’installer à Londres leur donnait accès aux 28 pays membres grâce au système de passeport européen. Si la City n’offre plus ce passage vers les autres pays européens, dirigeants d’entreprise comme venture capitalists vont se rabattre sur un autre marché offrant ces avantages.

L’avenir risque donc de se révéler plus compliqué pour les établissements basés à la City ayant des clients dans le reste de l’UE. Pour contourner cet écueil, le Royaume-Uni aura à négocier le maintien du passeport pour ces banques mais l’issue des discussions reste incertaine. « La France et l’Allemagne n’auront pas d’intérêt à céder dans la négociation qui s’annonce car elles pourraient en profiter pour récupérer des emplois sur leur territoire », selon David Benamou.

Cela dit, « le Royaume-Uni pourrait très bien imiter la Norvège ou la Suisse qui disposent d’un statut hybride concernant le passporting européen », rappelle Thibaut Verbiest, Avocat associé chez De Gaulle Fleurance et Associés. Quant à ceux qui craignent un isolement du Royaume-Uni, le gouvernement britannique n’a pas attendu le Brexit pour signer des engagements bilatéraux avec certains pays, comme avec Singapour dans les fintechs par exemple. Ce qui pourrait donner des idées aux futures négociations à venir entre Londres et Paris…

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